
« Le dispositif Jeanbrun ne suffira pas à relancer l’investissement locatif privé »
Malgré une crise profonde du logement, des maires, et non des moindres (comme celui de Castelnau-le-Lez, 2e commune de la métropole de Montpellier), affichent leur intention de bloquer toute nouvelle opération immobilière sur leur commune, campagne de communication à l’appui. Dispositif Jeanbrun, BRS privé, rôle d’Altémed… Céline Torres, présidente du Pôle Habitat FFB Occitanie, répond aux Indiscrétions. « Questions à… », la rubrique où le tutoiement est de rigueur.
À l’échelle nationale, quel regard portes-tu sur le dispositif Jeanbrun pour relancer l’investissement locatif, notamment dans les zones tendues comme les métropoles d’Occitanie ?
Le gouvernement commence à prendre conscience que le dispositif Jeanbrun, en l’état, ne suffira pas à relancer durablement l’investissement locatif privé. C’est un premier pas, mais il manque encore d’ambition. Sur l’ancien, le principal sujet n’est pas tant le seuil de travaux, déjà assoupli, que l’exigence d’atteindre des performances énergétiques de niveau A ou B. Pour des logements classés F ou G, les coûts deviennent parfois disproportionnés par rapport au rendement locatif attendu. Une cible plus réaliste, autour du DPE C, permettrait d’accélérer beaucoup plus massivement les rénovations. La rénovation est indispensable : elle améliore le confort des habitants, réduit les passoires thermiques et valorise le parc existant. Mais elle ne crée pas de logements supplémentaires.
Pour répondre réellement à la crise, il faut mobiliser tous les leviers : rénovation, logement neuf, habitat collectif comme individuel. La France devrait produire environ 400.000 logements par an pour répondre aux besoins, alors que la production neuve pourrait tomber autour de 125.000 logements en 2025. Les comptes n’y sont pas du tout. Il faut aussi que les dispositifs fiscaux soient suffisamment attractifs face à des placements financiers aujourd’hui perçus comme moins risqués par les investisseurs. Concernant le coût de ces mesures, les méthodes de calcul mériteraient d’intégrer davantage les retombées économiques globales de l’acte de construire : emplois créés ou maintenus, TVA générée, droits de mutation lors des reventes, consommation liée à l’emménagement… Un logement construit génère une activité économique importante pour les territoires. Aujourd’hui, nous avons parfois le sentiment que l’on se satisfait de petites avancées alors que la crise du logement est devenue structurelle. Les ménages doivent se loger toujours plus loin des bassins d’emploi, avec un impact direct sur leur budget et leur qualité de vie.
Quelles solutions peux-tu porter à l’échelle locale et régionale, en Occitanie ?
Avec l’ABCD , le Pôle Habitat FFB Occitanie et le Cercle Mozart Montpellier, nous travaillons actuellement sur un projet de BRS privé. Si le dispositif aboutit, l’Occitanie pourrait être la première région à le mettre en œuvre. L’objectif est d’aller plus loin que les dispositifs nationaux actuels pour favoriser l’accession au logement dans des territoires où les prix deviennent difficiles pour de nombreux ménages. Les anciens dispositifs comme Scellier ou Pinel ont permis de produire du logement avec une réelle dimension sociale. Aujourd’hui, cette capacité de production manque. Le BRS Entreprise porté par Michaël Delafosse est une initiative intéressante, mais il ne couvrira pas les besoins en logement, ils s’agit d’un dispositif prometteur pour faciliter l’implantation des entreprises. Les bailleurs sociaux ne peuvent pas répondre seuls au besoin en logements. Les investisseurs et les promoteurs privés ont eux aussi un rôle essentiel à jouer dans la fabrication de la ville et dans la production de logements. La question aujourd’hui est celle de l’équilibre entre acteurs publics et privés, dans un contexte où les mises en chantier sont historiquement basses.
Julien Miro, nouveau maire de Castelnau-le-Lez, déclare la guerre aux promoteurs immobiliers. Quelle est ta réaction ?
Les difficultés qu’il évoque concernent des opérations qui n’ont pas toutes été réalisées par des adhérents de la FPI Occitanie Méditerranée ni du Pôle Habitat FFB Occitanie. Nos adhérents travaillent dans un cadre exigeant et disposent d’outils pour garantir des pratiques responsables et conformes. Il ne faut pas que certaines dérives ponctuelles conduisent à remettre en cause l’ensemble d’une profession. Le sujet mérite un débat de fond sur la qualité urbaine, les usages et les attentes des habitants. Construire différemment, mieux intégrer les projets et travailler davantage avec les collectivités sont des objectifs largement partagés. Mais arrêter durablement de construire dans une commune située au cœur d’une métropole dynamique poserait rapidement la question du logement des jeunes ménages, des salariés et de l’attractivité économique du territoire.
Le Pôle Habitat FFB Occitanie organise le jeudi 11 juin à 15h à La Grande-Motte un débat sur le thème « Comment développer un territoire sans logement ? »
Sur le même sujet : « L’ABCD sonde les candidats aux municipales sur la crise du logement et le développement économique », Les Indiscrétions du 16 mars, en cliquant ici ; « Ce qu’il faut retenir de l’intervention de Delafosse au Cercle Mozart », Les Indiscrétions du 4 mai, en cliquant là .