Claire Fita, Européenne et made in Graulhet

8 avril 2024

« Nous pouvons être la surprise des élections européennes »

Conseillère municipale PS de Graulhet (81) – prononcer « Graullet », à l’occitane, sinon elle vous reprend -, vice-présidente de la Région Occitanie déléguée à la culture, au patrimoine et aux langues régionales, et en 12e position sur la liste d’union PS-Place Publique conduite par le député européen Raphaël Glucksmann pour les élections européennes du 9 juin, cette proche de Carole Delga (présidente de la Région Occitanie) s’est confiée aux Indiscrétions, le 29 mars à Montpellier. « Trois questions à… », pour mieux connaître cette élue discrète de 47 ans, née un 31 décembre, petite-fille de réfugiés républicains espagnols (« mon grand-père était commissaire politique dans l’armée républicaine. Toute sa vie, même en France, il a eu peur d’être assassiné par les franquistes »), engagée au PS depuis 2002 et qui aime à regarder les offres d’emploi publiées sur l’application France Travail, au gré de ses déplacements – « c’est une très bonne façon pour identifier les besoins des territoires ». « Trois questions à… », la rubrique où le tutoiement est de rigueur.

Claire, on se dirige vers une forte abstention le 9 juin. Quelle est la bonne raison, selon toi, d’aller voter ?
Le contexte de ces élections européennes. On vote le 9 juin, alors qu’il y a une guerre sur le continent européen ! Et en novembre, les élections américaines peuvent avoir des conséquences très importantes et sur le conflit, et sur l’Union européenne, notamment sur les aspects de défense (en cas de victoire de Trump, note). L’enjeu, c’est la paix, dans la fermeté. C’est une élection qu’il ne faut pas enjamber. En 2019, lors du dernier scrutin, nous avions moins d’exemples pour convaincre les citoyens d’aller aux urnes. Là, ça ne manque pas : Covid, inflation, guerre en Ukraine, crise agricole, hôpitaux en grande difficulté, déserts médicaux, dérèglement climatique, enjeux de souveraineté, sentiment de déclassement…. Ce contexte de crise touche tout le monde.

Comment entends-tu défendre l’Occitanie dans cette bataille des européennes ?
L’Occitanie a besoin de plus et de mieux d’Europe. Sur nos infrastructures de transport, il faut garantir nos deux LGV (Bordeaux-Toulouse et Montpellier-Perpignan, note). Tout est certes acté en matière de financements européens, mais il faut faire preuve de vigilance dans les années qui viennent. Il faut passer à la vitesse supérieure sur les moyens ferroviaires européens, et porter le projet d’« Airbus ferroviaire » cher à Carole Delga. Nous avons aussi besoin de financements sur l’avion vert, d’une reconnaissance européenne des enjeux de transformation de l’aéronautique. La transition écologique doit devenir du protectionnisme écologique, avec une relocalisation de la production d’hydrogène, de panneaux solaires, des trains à hydrogène etc. C’est cette Europe-là qui réussit, pas celle de l’ultralibéralisme qui a détruit notre industrie et notre agriculture. La nouvelle PAC va pénaliser l’agriculture d’ici, qui est plutôt de taille modeste, familiale et de qualité – plus de 250 signes officiels de qualité, soit la première région d’Europe -, avec les revenus moyens agricoles les plus bas de France. Aujourd’hui, la politique agricole européenne rémunère l’hectare, mais pas l’emploi ni la qualité.

Raphaël Glucksmann est plutôt bien placé dans les intentions de vote (environ 12 %), commençant à talonner sa rivale Renaissance, Valérie Hayer. Comment l’expliques-tu ?
Il apporte de la sincérité, incarnant une gauche responsable, proeuropéenne mais critique, avec une vraie volonté d’être dans une réécriture de l’Europe. On travaille pour arriver devant Renaissance. Nous pouvons être la surprise de ces élections.
Raphaël Glucksmann a su mettre en lumière l’impérialisme russe, dans cette guerre qu’il qualifie d’hybride. Il a contribué, avec d’autres, à nous éclairer sur les dangers de la politique russe, sur les cyberattaques d’hôpitaux français, sur le fait que le RN n’avait pas voté la condamnation des attaques des milices Wagner sur nos propres troupes françaises au Mali. Il sait pointer l’hypocrisie de l’extrême-droite française, qui nous parle de patriotisme tout en nous livrant aux mains de l’impérialisme russe, et qui ne voulait pas voter, au début, le soutien à l’Ukraine.
Je dénonce aussi l’hypocrisie d’un RN qui prétend défendre le peuple, mais ne le défend pas, votant contre un Smic européen par exemple, et pour la nouvelle PAC. Jordan Bardella fait des selfies au Salon de l’Agriculture, mais il a voté pour cette PAC qui met les agriculteurs en colère.
En quatre ans, au gré des crises qui l’ont secouée, l’Europe a su construire des solidarités : achat de vaccins, mutualisation de dettes, envoi d’armes à un pays tiers. Des verrous ont sauté et une brèche s’est ouverte. On est à la croisée des chemins. Soit cette brèche se referme, au profit de la rigueur budgétaire alors qu’il faut investir massivement dans la bifurcation écologique, ou dans le repli nationaliste identitaire, soit ce mouvement de solidarités, de transition écologique, de soutien à notre industrie, s’amplifie.

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