
« Le renouvelable à 100 %, c’est illusoire »
Entre volonté d’ « autonomie régionale » et réalité d’un réseau électrique interconnecté, Jacques Percebois, professeur émérite à l’université de Montpellier et président du Centre de recherche en économie et droit de l’énergie (par ailleurs contributeur des Echos, au sein de l’espace « Le Cercle », lire ici) rappelle aux Indiscrétions que la variabilité de la production est une donnée primordiale. « Trois questions à… », la rubrique où le tutoiement est de rigueur.
L’Occitanie produit parfois plus d’électricité qu’elle n’en consomme. Penses-tu que l’on puisse pour autant parler d’autonomie énergétique régionale ?
La production d’énergie renouvelable fluctue énormément selon la météo. En 2024, l’Occitanie a produit 39,5 TWh (en incluant toutes les énergies, dont la centrale nucléaire de Golfech dans le Tarn-et-Garonne, qui produit plus de 11 TWh par an, ndlr), pour 36,5 TWh consommés. Mais en 2023, seulement 22,7 TWh ont été produits, pour 36,2 TWh consommés. D’une année sur l’autre, c’est variable. L’Occitanie est tantôt excédentaire, tantôt déficitaire.
Pourquoi le prix de l’électricité est-il le même partout en France, alors que certaines régions produisent davantage et que les coûts de réseau varient fortement selon les territoires ?
Les réseaux sont maillés. Il est impossible de suivre un électron à la trace. En France, le tarif de l’électricité est péréqué (réparti de façon équitable, ndlr) depuis la loi de nationalisation de 1946. La localisation du consommateur ne conduit pas à une différenciation des tarifs. Dans ce sens, l’Occitanie ne peut pas prétendre à s’autonomiser puisque le réseau est interconnecté. Il arrive que la région ait besoin de la production des autres quelques années. L’autonomie de la France a un sens, aujourd’hui, nous sommes les premiers exportateurs européens, à hauteur de 89 TWh l’année dernière. Celle de l’Occitanie, un peu moins, étant donné que la péréquation de l’électricité s’étend même jusqu’à La Réunion ou aux Antilles.
Les énergies renouvelables peuvent-elles selon toi, à terme, assurer seules l’approvisionnement électrique, et comment sont-elles aujourd’hui intégrées et financées dans le système français ?
Aujourd’hui, il y a deux manières de valoriser les EnR. D’abord, les obligations d’achat. Les EnR bénéficient de subventions, à hauteur de 7 Mds€ en 2026. L’inconvénient : on n’est pas incité à enlever notre injection même quand les prix sont négatifs. Puis il y a les compléments de rémunération. Si le prix de gros n’est pas suffisamment rémunérateur, vous avez un complément pris en charge par la collectivité. En 2022/2023, les prix du gros se sont envolés, et les subventions dépassent largement ce qui a été récupéré. Mais c’est un choix politique. Cependant, prétendre au 100 % renouvelable, c’est illusoire, parce qu’il faut faire face à l’intermittence. Que fait-on pendant une semaine de pluie ?
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