Julien Hostache, Enerfip

4 décembre 2023

«   Lancement en 2024 du fonds Enerfip Gestion » 

La plateforme de financement participatif de la transition énergétique Enerfip (Montpellier) est le leader européen sur son marché. C’est aussi une solide PME, qui emploie 40 salariés pour 3,7 M€ de CA. On a interviewé l’un des associés, Julien Hostache, ce 1er décembre. « Trois questions à… », la rubrique où le tutoiement est de rigueur.

Julien, quelle est selon toi la tendance du financement participatif pour des projets de transition énergétique ? Et les perspectives ?
Depuis la création d’Enerfip, en 2014, 420 M€ ont été collectés. Dont 150 M€ sur la seule année 2023 : il y a une croissance exponentielle, qui ne se dément pas. Nous prévoyons entre 200 et 225 M€ levés en 2024. Cette année, les volumes investis par les institutionnels se sont rétractés de 40 %, mais l’engouement des particuliers a plus que compensé. Les épargnants veulent de plus en plus flécher leur argent sur des projets lisibles, en circuit court, en sachant où va leur argent. La société civile se mobilise pour la transition énergétique. La rentabilité brute par an oscille entre 7 % et 8,5 %. Cela dépend du type de projets financés, et des risques associés. L’argent est bloqué pendant 1 à 4 ans. Nous finançons principalement des projets photovoltaïques. C’est l’énergie en croissance, la plus simple à déployer, avec la compétitivité la plus élevée en termes de coût / KWh produit. Nous nous positionnons aussi sur des projets éoliens, d’hydroélectricité, de méthanisation, d’efficacité énergétique et de mobilité durable. Notre spectre s’étoffe, tout en restant sur le secteur de la transition énergétique. Nous suivons le débat en cours à l’Assemblée nationale sur le projet de loi relatif à l’agrivoltaïsme. Il ne faut surtout pas que cette source de production d’énergie vienne concurrencer la production agricole.
Notre plateforme compte à ce jour 47.000 inscrits. Le potentiel du financement participatif de la transition énergétique est conséquent – les besoins de financement se chiffrent entre 60 et 80 milliards d’euros par an, selon le rapport Pisani-Mahfouz.

Enerfip, c’est aussi une PME, qui va fêter ses 10 ans. Peux-tu nous dire quelques mots sur l’actualité sociale d’Enerfip ?
L’entreprise emploie 40 salariés, dont une trentaine à Montpellier, le siège social. L’agrément européen, obtenu il y a un an, nous a permis d’ouvrir des bureaux à Madrid (4 personnes) et Milan (2 personnes). Le CA d’Enerfip doit passer de 3,7 M€ en 2023 à 9 M€ en 2025. Nos honoraires s’élèvent à environ 3 % lors de chaque opération. Nous venons de nous implanter en plein centre-ville de Montpellier, rue Maguelone, dans l’immeuble du Capoulié, où nous avons acquis 720 m² avec un expert-comptable. Cela représente, avec les travaux de réhabilitation, un investissement de 2,4 M€. Nous étions auparavant dans le secteur Odysseum. Ce déménagement reflète une volonté forte de notre part. On œuvre dans la transition énergétique, je veux donc que les salariés viennent au bureau par des mobilités décarbonées. Venir en centre-ville force à changer les habitudes de déplacement, et à se séparer de sa voiture. Il y a eu des réticences au début, et au final, tout le monde prend le pli. Il y a le choix, entre trains régionaux, tramway, vélo…

Tu as créé le fonds d’investissement Enerfip Gestion. En quoi est-ce complémentaire de l’activité historique, et pour quelles ambitions ?  
Ce fonds d’investissement va se déployer en 2024. Il est destiné à des porteurs de projets qui ont besoin de solutions de financement à plus long terme, entre 6 et 8 ans. Il s’agit de ‘dettes mezzanine’, qui soulagent la part des fonds propres nécessaires pour construire un actif d’EnR. Sur la partie equity, de plus en plus d’acteurs réalisent des augmentations de capital. Il y a, dans ce contexte, un besoin accru de renforcement de fonds propres. Ainsi, le financement participatif propose des solutions sous forme de dette, en obligations simples, sur des maturités courtes, inférieures à 4 ans. Enerfip Gestion vient accompagner les porteurs de projets sur le haut de bilan et en augmentation de capital, pour investir à leurs côtés. Une première enveloppe de 150 M€ est prévue. Nous avons déjà levé 25 M€, alors que la souscription a été lancée il y a un mois et demi. Les tickets oscilleront entre 1 et 5 M€. Notre pertinence ? Il y a de moins en moins de tickets inférieurs à 10 M€. Or, les besoins de financements vont être énormes dans les EnR. Aux côtés des trois autres cofondateurs, nous sommes tous issus des EnR. Nous connaissons donc très bien les besoins et les problématiques des porteurs de projets. Ce n’est pas toujours le cas de fonds qui ont, pour certains, une approche purement financière.

> Dans le cadre du salon Energaïa (13-14 décembre), Enerfip organise ses Trophées, récompensant des projets de transition énergétique utilisant le financement citoyen, le 13 décembre à partir de 19h dans ses locaux montpelliérains (6, rue Maguelone).

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