Louise Pernici, Stories Évasion

3 avril 2026
Louise Pernici

Un projet de village-vacances inclusif dans les Cévennes  

Face au déficit d’offres, la start-up Stories Évasion (Alès) veut réinventer le tourisme inclusif. Sa fondatrice, Louise Pernici, confie aux Indiscrétions un modèle mêlant innovation sociale, accessibilité et ambition de déploiement national, avec en ligne de mire le projet d’un premier village, à Gagnières, dans les Cévennes gardoises. « Trois questions à… », la rubrique où le tutoiement est de rigueur.  

Quel est le concept de Stories Évasion ? En quoi ton projet se distingue-t-il de l’offre touristique existante ?  

Stories Évasion part du constat que près de 40 % des personnes en situation de handicap ne partent pas en vacances, faute d’infrastructures adaptées ou par crainte d’un environnement stigmatisant. Mon ambition est de créer un lieu de villégiature inclusif, pensé pour accueillir des publics mixtes – personnes en situation de handicap, seniors, familles – dans un cadre agréable et non médicalisé. Le projet repose sur douze hébergements éco-construits, intégrant des solutions techniques déjà éprouvées, notamment issues des pays nordiques, comme des sols capables de détecter les chutes ou du mobilier à hauteur variable. L’objectif est de maximiser l’autonomie des visiteurs tout en allégeant la charge mentale des aidants. Contrairement à certaines offres spécialisées, il ne s’agit pas d’isoler les publics, mais au contraire de favoriser le vivre-ensemble, dans un environnement ouvert sur son territoire et propice au lien social. Ce village va créer trois emplois à temps plein, et trois saisonniers.  

Comment vois-tu l’accompagnement des vacanciers sur place ?  

Le projet ne se limite pas à proposer des logements adaptés, il intègre également une offre de services pensée pour accompagner les visiteurs dans leur séjour. Trois grands axes ont été définis. D’abord, des ateliers autour de la cuisine et de la nutrition, qui répondent à des enjeux de santé publique importants, comme le diabète ou le vieillissement. Ensuite, la possibilité de faire intervenir un kinésithérapeute, sur ordonnance, afin d’accompagner les personnes dans l’adoption de nouvelles routines ou dans leur rééducation. Enfin, un espace de convivialité, conçu comme un bar, permettra de créer du lien social et de proposer des activités de stimulation cognitive. Par ailleurs, le site s’appuie sur un écosystème local, avec des partenaires associatifs et des professionnels – ergothérapeutes, acteurs du médico-social – afin d’assurer une prise en charge souple et adaptée aux besoins de chacun, sans alourdir l’expérience des vacanciers.  

Quel est ton modèle économique et tes ambitions de développement ?  

Le modèle repose sur une séparation entre la foncière et l’exploitation. La foncière, qui porte l’immobilier, est ouverte à l’investissement via une levée de fonds accessible dès 500 euros sous la forme d’actions, notamment à travers la plateforme Human For Impact, qui garantit une analyse d’impact rigoureuse. L’exploitation, majoritairement détenue par Stories Équipement, versera un loyer à cette foncière. Ce montage permet de concilier viabilité économique et impact social. Le projet global représente un investissement d’environ 3 millions d’euros. À terme, l’objectif est d’atteindre une rentabilité progressive, avec une montée en puissance du chiffre d’affaires sur cinq ans, jusqu’à 700 k€ la cinquième année. Mais au-delà de ce premier site à Gagnières, l’ambition est clairement de dupliquer ce modèle à l’échelle nationale, avec une dizaine de villages d’ici 2030. Le marché est porteur, porté par le vieillissement de la population et les enjeux croissants autour du tourisme accessible et de la silver économie.  

Share This