Nordine El Ouachmi, Bureaux&Co (coworking) et French Tech Méditerranée

22 janvier 2024

« Moins d’investissements en early stage »

Enfant du quartier populaire de La Mosson (Montpellier), déscolarisé à 16 ans et aujourd’hui à la tête du groupe Bureaux&Co (espaces de coworking, 60 salariés pour un chiffre d’affaires de 10 M€), Nordine El Ouachmi a gravi tous les échelons pour se hisser, début 2023, à la présidence de la French Tech Méditerranée (FTM). En février 2023, il a raconté son histoire à l’Élysée, devant un auditoire de 300 chefs d’entreprises, de ministres et d’Emmanuel Macron lui-même. Quelles ambitions pour FTM ? « Trois questions à… », la rubrique où le tutoiement est de rigueur.    

Nordine, après un an de présidence de la French Tech Méditerranée, quel premier bilan tires-tu ?  
Une année intense ! Je suis arrivé à un moment de forte reprise d’activité, dans une capitale French Tech qui se démarque par son territoire élargi : le périmètre va de Béziers à Nîmes. À titre personnel, je retiens mon intervention à l’Élysée, en février 2023, lors de l’annonce des Next 40/120, devant Emmanuel Macron lui-même. C’est assez incroyable d’échanger avec le président de la République, de façon franche et directe. Il a même repris dans son discours des choses que j’avais dites juste avant. J’ai pu présenter mon parcours de self-made-man, tout en détaillant la façon dont l’accompagnement de la French Tech m’a aidé. J’ai à ce titre été lauréat de French Tech Diversité (devenu FT Tremplin) en 2017, un prix destiné à encourager les projets portés par des publics éloignés de la tech.  
En 2023, la FT Méditerranée, qui fédère aussi bien les start-up et les grands comptes, est la première capitale en termes de bénéficiaires du dispositif FT Tremplin, avec une quarantaine de dossiers. Notre équipe, dirigée par Laure Lenzotti et composée de six salariés, s’est ouvert aux associations, aux clusters, à tout ce qui touche à l’entrepreneuriat.  
L’année a aussi été marquée par le déménagement à la Halle de l’Innovation (HDI), dans le quartier Cambacérès à Montpellier. C’est le futur hub métropolitain de l’innovation. Nous y avons reçu plusieurs délégations, de Belgique, de Corée du Sud… Jean-Noël Barrot, ministre du Numérique, est venu y annoncer, le 15 décembre dernier, les lauréats nationaux de FT Tremplin. C’était un beau clin d’œil à mon parcours. Nous nous sommes aussi déplacés, début décembre, à New York, avec Ad’Occ et la French Tech Toulouse. La Maison de la Région Occitanie implantée là-bas est un vrai accélérateur dans la connaissance du marché et de l’écosystème.  
Cette année, nous organiserons à nouveau Hello La Tech, un événement numérique régional qui attire de plus en plus de monde.  

Quel est selon toi l’état global des start-up du Grand Montpellier ?  
Plutôt bon. Mais, sur la partie financements, je remarque que les fonds reviennent sur des valorisations plus raisonnables, cherchent à accompagner des entreprises avec un modèle économique déjà éprouvé. Il y a moins d’investissements en early stage (premier financement, note). Cela dit, de belles opérations ont été conclues, dans l’agritech, l’énergie, l’IA, la deeptech… Quelques exemples de pépites dans ces secteurs à impact : Bulane, Kinvent, Quantum Surgical ou encore Numalis.  

Tu as 43 ans. Ton parcours d’autodidacte serait-il encore possible aujourd’hui ?  
Bien sûr ! Je dirais même qu’il est plus simple aujourd’hui de faire ce que j’ai pu entreprendre au tournant des années 2000. On a désormais accès à l’information plus facilement. Quand j’étais adolescent, nous n’avions pas Internet ! Par ailleurs, en France, beaucoup de dispositifs existent pour accompagner l’entrepreneuriat. Le vrai sujet, c’est de les faire connaître à tous, notamment auprès des femmes, et auprès des publics éloignés de la tech, dans les quartiers sensibles et en zone rurale notamment. Dans ces zones, les jeunes entrepreneurs optent très souvent pour des activités traditionnelles et artisanales. Ils ne pensent même pas à la dimension innovante et digitale. Heureusement, les choses bougent. Par exemple, Montpellier Méditerranée Métropole a implanté une antenne du BIC (Business Innovation Center) dans l’espace Gisèle Halimi, dans le quartier Mosson. C’est là que nous avons lancé la Prépa FT Tremplin. Je compte me rendre disponible pour faire connaître ce dispositif encore davantage.  

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