Olivier Torrès, Amarok

26 mai 2026
Olivier Torres - Les indiscretions

« Le risque d’épuisement des entrepreneurs ne cesse d’augmenter »

Il y a un petit moment que Les Indiscrétions n’avaient pas échangé avec le ‘Pmiste’ (spécialiste des PME) et universitaire Olivier Torrès, fondateur de l’observatoire Amarok (santé des dirigeants). Retard rattrapé ce 22 mai au matin : 1 heure d’échanges à bâtons rompus. Voici un condensé en « Trois questions à… », la rubrique où le tutoiement est de rigueur.

Amarok observe de façon scientifique l’évolution de la santé des dirigeants de PME, commerçants, indépendants et artisans, sur la base d’un instrument de mesure. Olivier, selon toi, quel est l’état de santé des chefs d’entreprises en France ?

Le risque d’épuisement professionnel des dirigeants, qui était stable (autour de 7 %), ne cesse d’augmenter. Il oscille désormais entre 11 % et 11,5 %. Je parle là de risque d’épuisement sévère. Il y a une dégradation de la santé mentale du patronat français à partir de la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024 par Emmanuel Macron. S’ajoute un contexte d’inflation et de faible consommation. Mais le brouillard politique national joue beaucoup sur leur moral. Les chefs d’entreprises sont dans l’expectative. Ils attendent un changement de politique, et qu’il y ait enfin quelqu’un qui tienne le gouvernail. Le fait que la dette et les déficits dérivent perturbe beaucoup de décideurs.

Sur les 2.972 déclenchements d’alerte en 2026, environ un dirigeant sur deux contacté par nos services saisit la main tendue. C’est bien, même si j’aimerais davantage, mais on ne peut pas refaire la nature humaine. Les dirigeants, soucieux d’incarner un leadership, résistent en moyenne plus longtemps que les salariés à ce risque d’épuisement. Ils ont un rapport souvent existentiel à leur entreprise. Mais quand ils chutent, le burnout est d’autant plus violent, avec des symptômes édifiants. Certains n’ont plus d’énergie pour se lever le matin. D’autres restent dans leur voiture, sur le parking devant le bureau, parfois pendant des heures. Les secteurs du bâtiment et des transports routiers sont très impactés en ce moment par les dépôts de bilan et les liquidations.
Le dispositif Amarok e-santé, un questionnaire simple, rapide, gratuit et anonyme, a déjà été testé par 34.000 dirigeants. Sur les 34.000, 19.000 affichent une balance positive, et 15.000 sont en négatif – mais tous ceux qui sont en négatif ne présentent pas forcément un risque élevé de burnout. Et je me souviens qu’Agencehv a été parmi les tout premiers à le tester, en 2021, dans nos locaux rue de l’Industrie, à Montpellier ! Avec bien plus de « satisfactomètre » (satisfaction au travail) que de « stressomètre » (stress au travail).

Tu donnes énormément de conférences. Quelle est l’actualité d’Amarok sur ce point ?

En Occitanie, j’interviens en juin auprès de la FFB Tarn (stade Pierre Fabre) à Castres, à La Grande-Motte le 10 juillet pour la compagnie des commissaires aux comptes, ou encore à Toulouse le 9 octobre pour France Défi (experts-comptables).

Après une intervention le 5 décembre à Bordeaux auprès de la compagnie des commissaires aux comptes, qui m’a valu une standing ovation des 1.000 participants (ce qui m’arrive rarement !), nous avons signé un partenariat pour collecter des données auprès de la profession. Est-elle plus ou moins exposé aux risques professionnels que d’autres professions ? Ce partenariat m’amène à effectuer un tour de France, les compagnies régionales me demandant d’intervenir lors de leurs assemblées générales. L’intérêt de cette profession est son côté hybride, au carrefour entre professionnel du chiffre et du droit.
Autre actualité, avec la CCI Nord-Isère, nous mesurons l’incidence de l’insécurité informationnelle sur la santé des dirigeants : la multiplication des canaux et outils de communication, les enjeux croissants de cybersécurité…

Quels sont tes nouveaux sujets de recherche, avec tes équipes ?

Mon ambition est de faire de Montpellier la place forte de la recherche sur la santé des élus locaux. Car les élus locaux sont aussi des dirigeants !
Nous venons de lever un budget de 500 k€ pour le financement de trois thèses de 4 ans, pour encadrer trois thèses sur la santé des maires, avec François-Xavier Lesage, médecin au CHU de Montpellier, et Tasmine Akbaraly, épidémiologiste à l’Inserm et élue à la Ville de Montpellier. Parmi les sujets de thèses : « Épidémiologie de la fonction d’élu. Est-ce qu’être maire rallonge ou réduit l’espérance de vie ? Les maires font-ils plus d’insomnies, développent-ils plus de maladies chroniques ? » ; « Orientation entrepreneuriale de l’élu local et son impact sur la santé ».

Autre projet, déclenché en septembre prochain, une étude sur la santé spécifique des femmes chefs d’entreprise, avec l’appui des réseaux patronaux.

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