Face au déferlement de l’IA et des réseaux sociaux dans notre quotidien, quelle est la place de la diplomatie ? Sujet passionnant abordé lors de la table ronde ouvrant le congrès national JCE (Jeune Chambre Économique) française, le 20 novembre, animée par notre confrère Vincent Coste (Midi Libre).

« L’IA n’est presque pas utilisée, les réseaux sociaux le sont ». « On n’utilise presque pas l’IA au quotidien, confie le consul général de Suisse à Marseille. J’exige de mes collaborateurs qu’ils travaillent avec leurs têtes. La force de l’intelligence biologique, c’est de faire concorder les sources. L’analyse est moins rapide, mais plus profonde et fiable. On ne réagit pas systématiquement aux fake news, et c’est heureux : sinon, mes collègues à Washington seraient en crise de nerf ! (allusion aux fake news distillées par Trump lui-même, ndlr). C’est bien de stimuler son intellect ! Si vous demandez à l’IA de produire 10 pages, vous passez le double de temps à relire. »
Ce qui n’exclut pas le monde feutré des ambassades de se moderniser. « Il y a la façon dont on ‘se vend’ sur les réseaux sociaux. Avant, dans les ambassades et les consulaires, on ne montrait rien sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, si on n’y est pas, on a la réputation d’être une délégation qui ne fait rien ! Y être est fondamental. Avec tous les dangers, aussi, que cela représente. »
Ne jamais rompre le dialogue. Évacué avec son ambassade après trois années passées à Téhéran (Iran), le consul général d’Allemagne a évoqué une expérience difficile, « avec un gouvernement ne voulant pas du tout coopérer. Mais notre travail était de parler avec eux malgré tout, et sans aucun recours aux réseaux sociaux ». Lui aussi prône un usage minimum de l’IA. « Il faut vérifier les informations, et surtout prendre les décisions. L’IA doit rester un outil qui aide. Mais les décisions, au final, doivent être prises par des humains. »
Japon : discrétion et soft power. « Les négociations secrètes peuvent être plus efficaces. Les déclarations ouvertes peuvent durcir les positions et réduire les marges de compromis et de manœuvre », complète le consul général du Japon à Marseille. Comme lors de la libération de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, suite à des tractations menées par l’Allemagne, en lien avec Paris. « Rien n’a fuité avant. Sans image ni prise de parole, l’intelligence collective peut faire des miracles », a glissé le consul général d’Allemagne.
Soft power. Le ‘soft power’ est primordial à travailler, comme en atteste l’image du Japon, très positive en France. « La culture japonaise – véhiculée notamment par les mangas – attire de plus en plus de Français. Elle est un vrai vecteur d’attractivité, c’est un point qui rejaillit positivement sur la diplomatie. Je vois des points communs entre les deux cultures, sur une certaine finesse, un art de vivre, une dimension gastronomique. » Le soft power peut cependant être utilisé à des fins plus que contestables, notamment sur les réseaux sociaux, à travers des influenceurs voyages utilisés pour réhabiliter l’image des États peu recommandables, comme l’Afghanistan.