Réunis au SITEVI le 27 novembre, élus, interprofessions et opérateurs esquissent les stratégies d’adaptation d’un vignoble qui représente 27 % de la production française et plus de 1,6 milliard d’euros de chiffre d’affaires. L’Occitanie aligne 230.000 hectares pour 13 à 15 M d’hectolitres produits annuellement. En 3 jours, le Salon a reçu 51.000 visiteurs, avec 1.000 exposants. Les Indiscrétions ont assisté à cette grande messe du vin.

Une transformation devenue nécessaire. Face au changement climatique, à la déconsommation et à la volatilité des marchés mondiaux, la viticulture d’Occitanie doit accélérer sa transformation. Jean-Louis Cazaubon, vice-président de la Région en charge de la viticulture, a rappelé l’ampleur des enjeux en citant Jacques Chirac : « Les emmerdes volent toujours en escadrille ». La collectivité mobilise chaque année 10 à 12 millions d’euros pour soutenir une filière dont « la pérennité devient existentielle ». Le futur contrat de filière doit structurer cette approche, avec un nouvel observatoire chargé d’évaluer marchés et disponibilités en temps réel. L’objectif : anticiper, fédérer, et accompagner le renouvellement des générations alors que, à l’échelle mondiale, certains experts évoquent une possible pénurie de vin d’ici deux ans. Concernant l’arrachage, « on parle de 30.000 hectares en Occitanie, c’est bien, mais il ne faudrait pas que les autres nous regardent arracher pour nous passer devant ensuite », plaide-t-il.
« La déconsommation, ce n’est pas nouveau ». Pour Hervé Hannin, directeur de la chaire d’entreprises vignes et vin à l’Institut Agro de Montpellier, l’urgence est d’abord économique. Certes, la production est en chute libre – l’ex-Languedoc-Roussillon est passé de 33 M d’hectolitres à moins de 9 aujourd’hui – et la consommation est en recul durable, mais « la déconsommation n’est pas un phénomène récent », rappelle-t-il. Longtemps compensée par l’export, elle est désormais aggravée par des marchés plus incertains : tensions douanières américaines, concurrence chinoise, montée des vins sans alcool, succès de la bière chez les jeunes, influence du Dry January ou du Sober October. « Le vin ne doit pas être traité comme un ennemi public au même titre que le tabac. » Mais il doit repenser son discours : « Le consommateur ne comprend plus rien parce qu’on a oublié de lui parler. » Il estime que la baisse du temps passé à table joue également son rôle.

À l’export, la France produit 16 % du vin mondial. Les marchés clés affichent des exigences hétérogènes : blancs et écoresponsabilité en Allemagne ; élégance et raffinement au Japon ; ultra-premium ou entrée de gamme en Chine, où le nationalisme pèse ; marchés jeunes en Asie du Sud-Est. « Il n’y a pas vraiment un marché mondial du vin, mais une mosaïque de besoins, il faut savoir à qui parler », résume Catherine Machabert, responsable du Département Marchés Agroalimentaires et Viticoles chez Ad’Occ.
Une marque ombrelle pour les vins d’Occitanie ? Côté réponses, Denis Carretier, président de la Chambre régionale d’agriculture Occitanie, plaide pour un contrat de filière renforcé : « Mettre tout le monde autour de la table, parler d’une seule voix. » Le projet Viticulture 2035 doit s’articuler autour de quatre défis : résilience climatique, adaptation aux marchés, meilleure valorisation des externalités positives — emploi, aménagement du territoire, biodiversité — et innovation. Pierre Bories, président du Conseil interprofessionnel des Vins du Languedoc, insiste sur la nécessité d’une marque ombrelle pour réduire la complexité de l’offre régionale et soutenir la segmentation. L’Occitanie est le premier vignoble mondial pour les vins sous signe de qualité.

L’IA pour aider les exploitants. Enfin, la filière mise sur la data. Des ingénieurs ont intégré l’observatoire, avec l’ambition — soutenue par la Région — de créer une plateforme d’informations enrichie par l’IA afin d’éclairer les décisions des exploitants.
Le SITEVI récompense également l’innovation. Le salon organise également ses prix de l’innovation, avec plusieurs entreprises qui ont été saluées. À commencer par Mycea (PDG : Aline Bsaibes), et son service Mycoterroir, qui permet de booster la régénération des sols à partir de champignons mycorhiziens. Le groupe Terral (Le Pouget, 34) repart avec une médaille d’argent pour son « PFA », une machine combinant une pailleuse, une faucheuse et un andaineur : l’engin permet de protéger les ceps en coupant les plantes. L’entreprise catalane Diam Bouchage (Céret, 66), reçoit une médaille de bronze pour son bouchon Diam Collection. Il a été commercialisé lors du SITEVI. La société Ferrand Viticulture (Villemoustaussou, 11) reçoit aussi une médaille de bronze pour sa machine « Taille intégrale » qui associe prétaillage et taille mécanique de la vigne en un seul passage. À noter également la présence de l’IGP Pays d’Oc (président : Jacques Gravegeal), pour présenter sa tireuse à vin, une solution permettant de réduire les emballages carton.
La Chambre d’agriculture de l’Hérault signe deux conventions de partenariats. La première avec Enedis possède quatre objectifs : sensibiliser les agriculteurs aux risques électriques, mieux accompagner les projets liés à l’électricité, soutenir le développement des énergies renouvelables et encourager la mobilité électrique agricole. La deuxième convention, signée avec Cerfrance afin de contribuer au développement économique des entreprises agricoles du territoire.
Sur le même sujet : « Pays d’Oc : la bulle d’air de la viticulture française », Les Indiscrétions du 3 novembre 2025, en cliquant ici