
« L’Occitanie ne transforme pas assez sa production agricole »
Rémunération agricole, Mercosur et gestion de la DNC… Chaque année, le Salon International de l’Agriculture permet de prendre la température de l’agriculture française au plus près. Parmi les élus présents, Claire Fita a la particularité d’avoir une double-casquette, entre son rôle de conseillère régionale en Occitanie, et son mandat d’eurodéputée du Parti socialiste. Depuis le troisième étage du hall 7, au sortir d’une réunion avec les présidents départementaux des chambres d’agriculture d’Occitanie, elle partage son regard sur la situation actuelle de l’agriculture en Occitanie. « Trois questions à… », la rubrique où le tutoiement est de rigueur.
Nous voilà à un Salon de l’Agriculture particulier par le contexte qui l’entoure. Quel est ton regard sur l’agriculture régionale, avec ta double casquette Europe-Région ?
Il faut rappeler, tout d’abord, que l’Occitanie est la première région agricole de France, avec des certifications de qualité, la première région sur l’agriculture biologique en France. Mais il y a aussi le revenu moyen le plus bas de France pour les agriculteurs : 20.000 € nets annuels de moyenne, contre 33.000 € ailleurs. C’est abyssal. Et la région est l’une des plus exposées de France aux défis climatiques. Il y a une souffrance au niveau des agriculteurs qui existe. Bien-sûr, la colère est légitime. À l’échelle de la Région et de l’Europe, il y a une renégociation de la Politique agricole commune (PAC) afin de reconnaître les spécificités de la Région, tenir compte des revenus agricoles et proposer des aides financières en fonction de cela, plutôt qu’en fonction de la surface de l’exploitation. Le revenu agricole, c’est le principal du combat. On a vécu la désindustrialisation, avec ses effets, je pense qu’il ne faudrait pas répéter le même schéma avec l’agriculture. Le prix du blé est beaucoup trop bas, il faudrait fixer des prix plancher au niveau européen pour réévaluer. C’est facile à dire, mais il faut le faire. Aujourd’hui, l’Occitanie est une région qui produit bien, mais qui transforme peu. Nous importons beaucoup de produits transformés… à partir de matière première qui vient d’Occitanie. C’est un comble, et il faut travailler là-dessus. Ça permettrait, en plus, de développer l’emploi, surtout sur l’agroalimentaire.
Le contexte est marqué par la signature de l’accord sur le Mercosur. Quelle est ta position, et comment portes-tu les intérêts de l’Occitanie à l’échelle européenne ?
La position est claire sur le Mercosur : nous sommes en opposition, et nous militons pour avoir des clauses de sauvegarde même si ça ne reste pas à la hauteur. Le Mercosur met notre population en danger. Sur cet accord, le Parlement Européen a saisi la Cour de Justice, et a réussi à suspendre cet accord pendant une année, le temps de l’instruction et de l’évaluation. En l’état actuel, la Commission européenne a choisi de scinder le traité en deux : une partie politique qui doit être adoptée à l’unanimité, et une commerciale qui ne demande qu’une majorité qualifiée. La Cour de Justice ne rendra sa décision pas avant 12 mois. Alors vigilance : certains états membres, comme l’Allemagne, ont demandé une exécution provisoire. D’autres pays vont suivre. Est-ce que le Parlement (et la démocratie) va être contourné ?
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Et sur la dermatose nodulaire contagieuse ?
Il faut rappeler avant toute chose que la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) est une maladie tropicale, et qu’elle ne se développerait pas sur notre territoire si le réchauffement climatique n’existait pas. Aujourd’hui, la phase de vaccination est terminée, et nous pouvons nous satisfaire d’être souverains sur les vaccins à l’échelle européenne : le vaccin pour la DNC est européen. Malgré cela, il faut dire que cette épizootie a été gérée trop tardivement. Il faut faire évoluer les protocoles, nous travaillons avec le Cirad et l’Anses dans cet objectif. Nous avons indemnisé les éleveurs qui ont eu des bêtes abattues, maintenant, on se demande comment reconstituer les troupeaux. Mon point de vue, c’est qu’il faut faire appel plus vite à l’Europe. Aujourd’hui, dans les textes, la DNC est classée parmi les maladies à éradiquer, pas parmi celles avec lesquelles on peut vivre. C’est pour cela qu’on doit abattre systématiquement. Certains syndicats demandent de la déclassifier, nous demandons juste que les éleveurs soient indemnisés à leur juste valeur. Et il faut garder à l’esprit que si demain, ce n’est pas la DNC, ce sera une autre maladie tropicale, avec le réchauffement climatique qui s’aggrave chaque jour.
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