S’en fout-on, de ces ouvertures lumineuses vers la culture, qui apaisent, surprennent et détonnent ? Comme cette plongée commentée dans le théâtre milanais de la Scala. Au cœur duquel la guide, une Milanaise elle-même éprise de de temple de l’art lyrique, nous confie « enrichir ses présentations en lisant Stendhal, mon fournisseur officiel d’anecdotes ». Les plus passionnés d’opéra et de ballet « viennent plusieurs fois par semaine. Alors, ils prennent les places les moins chères, tout en haut », là où la visibilité est presque nulle et l’assise inconfortable, glisse-t-elle.
On ne le voit pas mais on peut le sentir en fermant les yeux : l’éternelle Maria Calas fait encore planer aujourd’hui « une nostalgie. Elle a incarné un âge d’or, et un âge d’or, par définition, se perd à jamais. Le public milanais peut être exigeant, et a hué, pendant des décennies, toutes les cantatrices qui lui ont succédé ».
Le phare milanais est abrité dans un bâtiment à la façade décevante, comparé à la magnificence d’un Opéra Garnier – ce qui s’explique historiquement par le fait que l’opéra milanais est sorti de terre dans un dédale étroit de rues médiévales, rendant impossible tout effet de perspective. La « loge du maire », centrale et confortable, accueille des hôtes de marque.
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Au lancement de chaque saison, début décembre, le président de la République et le Premier ministre y siègent. En tout cas, « tous les Milanais, même ceux qui n’ont pas un goût particulier pour l’opéra, entretiennent un lien particulier avec la Scala », assure-t-elle. La fermeture pour cause de travaux, entre 2001 et 2004 – afin de créer sur site des zones de stockage de décors, la diversité de ces derniers devenant de plus en plus indispensable à la scénographie – a été vécue dans la capitale lombarde comme « une tragédie », sourit-elle en forçant le mot à dessein.
Avant de devenir cette institution prestigieuse, presque intimidante par ses fantômes légendaires, la Scala a été une sorte de club de nuit, avec casino de jeux et débit de boissons relié à la zone de spectacle. « Les loges, alors propriété de la noblesse lombarde, étaient des lieux d’échanges et de visibilité sociale. On ne venait pas vraiment écouter l’Opéra à la Scala ! C’est Guiseppe Verdi qui a imposé le côté sacré du lieu, en séparant spatialement le recueillement devant la musique, et d’autre part la sociabilité dans des espaces contigus. »
C’est enfin avec émotion que l’on peut lécher du regard les affiches vieilles de plus de 100 ans, exposées dans un escalier étroit : Turandot, Pagliacci, Otello, Aida, Carmen… Le célèbre « Madame Butterfly » de Puccini a été hué pour sa première représentation. « La coutume veut qu’un opéra sifflé une fois n’a pas sa 2e chance. Cela n’a pas été le cas pour ‘Madame Butterfly’, qui a pu être produit et apprécié ailleurs », poursuit Stefania. Avant de revenir en triomphe, 25 ans plus tard, sur les lieux du crime. Une victoire posthume pour Puccini, décédé quelques années auparavant.
En fait, c’est pas mal, le journalisme culturel. Dans une autre vie, j’aurais probablement aimé.