
« Aqua Domitia, je le cite en modèle quand j’interviens à Paris »
Trois mois avant de passer la main au gardois Christophe Ruas à la présidence des Canalisateurs de France (exclusivité des Indiscrétions du 23 mars, à croquer ici), l’Ardéchois Pierre Rampa (Rampa TP), également membre du Cercle Français de l’Eau, brosse une situation nationale sous tension, le 18 mars à Pierresvives (Montpellier), lors d’une matinée dédiée aux enjeux de ressource en eau et de qualité des réseaux. « Trois questions à… », la rubrique où le tutoiement est de rigueur.
Pierre, que penses-tu du témoignage des jeunes apprentis, Sarah (CESI) et Melvyn, Noa et Victor (IFTP, lycée Fernand Léger de Bédarieux), lors de la séquence « Génération Bleue » qui a conclu cette matinée ?
Ils ont montré qu’il y a de la passion dans nos métiers, de l’envie. C’est très important de le dire et de le redire. Il faut communiquer beaucoup mieux. En Suisse, le chômage des jeunes est de 3 %. En France, il est de 20 %. C’est une honte. En France, on manque d’ingénieurs. Les jeunes ne sont globalement pas assez attirés par les sciences.
Le plus grand motif de fierté de mon activité professionnelle, c’est d’avoir créé à Lyon le premier Bac Pro professionnel en alternance de France, il y a 35 ans. Puis, on a créé le premier BTS, à La Martinière. L’accueil, à l’époque, était hostile de la part de l’Éducation nationale. Un immense parcours a été fait depuis. Dans notre groupe, à ce jour, nous avons 50 apprentis. Pour améliorer la connaissance, le mieux, c’est de former. À part piquer des gars chez les copains, ce qui est, je trouve, nul (sic).
Quels sont les besoins d’investissement dans les réseaux d’eau ?
D’après une étude du Cercle Français de l’eau (à lire ici), il manque 10 Md€ par an à l’économie de l’eau en France (23 Md€ à ce jour), pour les réseaux et les stations d’épuration (40 % sont non conformes). Il faut faire une révolution sur le financement de l’eau, trouver des bonifications de prêts… Sans eau, il n’y a plus rien. Le Plan Eau du gouvernement est selon moi très « light ». Mais il a le mérite d’avoir suscité une réflexion profonde dans les collectivités : stratégies, plans pluriannuels… Bon courage, ensuite, aux nouveaux élus pour expliquer les augmentations de tarifs. Mais j’ai des exemples concrets, chez moi, sur des syndicats ruraux en Ardèche, des syndicats pauvres, chez qui on a réussi à faire passer des augmentations assez significatives du tarif de l’eau. À une condition : il faut expliquer, expliquer… Les gens ne sont pas au courant de nos sujets.
En France, on compte 1,3 million km de réseaux d’eau, dont 200.000 à 300.000 km de tuyaux en PVC, encore beaucoup d’amiante ciment, et 80.000 km de réseaux qui ne sont pas en séparatif. Ce qui reste à faire est considérable. Sans compter que les épisodes de sécheresse ont un impact sur les sols, qui augmentent le taux de casse des réseaux enterrés. En 2022, la hausse de casse a été de 30 %.
Les Canalisateurs, c’est 360 entreprises en France, 35.000 salariés. Un sujet primordial, c’est la bonne connaissance des réseaux. Bien sûr, il faut remplacer les tuyaux défectueux et réparer les fuites. C’est évident, mais pas simple à faire. La situation la plus préoccupante concerne les réseaux d’assainissement. Leur situation va se dégrader considérablement dans les 20 prochaines années.
Tu as fait le déplacement à Montpellier, à l’occasion de la Journée mondiale de l’eau. Quel est ton regard, plus globalement, sur les solutions apportées en Occitanie face aux enjeux de l’eau ?
Je cite en modèle le canal Philippe Lamour et le projet Aqua Domitia (BRL, pour le compte de la Région Occitanie), quand j’interviens au niveau national à Paris. C’est un exemple de ce qu’il faut faire, en utilisant l’eau du Rhône pour sécuriser la ressource en eau du Languedoc.
Parmi les autres solutions à imaginer, la réalimentation des nappes, une solution pas encore agréée, mais vers laquelle il va falloir tendre pour utiliser les nappes comme des réservoirs, et passer des phases de sécheresse. Il en va de la survie de l’agriculture dans certaines zones, et l’agriculture, c’est notre souveraineté alimentaire.
> Agence a eu le plaisir d’animer, le 18 mars à Pierresvives (Montpellier) la matinée thématique sur la ressource en eau et la résilience des réseaux, coorganisée par le Département de l’Hérault, Les Canalisateurs de France Occitanie Méditerranée et la FRTP Occitanie. Post à lire ici.
> Nos références en matière d’animations de débats, conférences, assises, congrès…, accessibles en cliquant là.