
Le lancement de la concertation publique relative à la phase 2 (Béziers-Perpignan) du projet de ligne ferroviaire nouvelle Montpellier-Perpignan, officialisé le 7 avril à Narbonne, marque la relance d’un vieux projet ferroviaire de ligne ferroviaire nouvelle à grande vitesse. L’infrastructure de 160 km, évoquée dès les années 80, doit permettre de doubler l’unique ligne ferroviaire actuelle, et de finaliser l’axe à grande vitesse européen entre Séville et Amsterdam.
Sous l’égide du catalan Jean Castex, alors Premier ministre, un protocole d’intention de financement a été signé en janvier 2022, avec un financement de l’État (40 %), des collectivités locales (40 %, la Région Occitanie assurant 40 % de cet ensemble) et de l’Union européenne (20 %). Les collectivités locales partent unies pour porter le projet. « Les atermoiements de l’agglomération de Sète n’avaient pas favorisé le projet (du temps de François Commeinhes, ndlr), relève Carole Delga, présidente de la Région Occitanie. Avec Loïc Linarès reconduit à la présidence, il y a désormais une volonté politique affichée, qui va nous permettre de reprendre les discussions au niveau européen. »
Pression espagnole. De l’autre côté des Pyrénées, l’Espagne et la Generalitat de Catalogne mettent la pression, après avoir fait leur part de travail, en amenant la grande vitesse ferroviaire entre Madrid et Barcelone dès 2008, puis jusqu’à Figueras, à la frontière française, en 2013. Le retard pris, côté français, agace jusqu’au Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez.
« Risque de submersion plusieurs semaines par an sur la ligne actuelle ». En Occitanie, la ligne actuelle, qui longe par endroits des étangs, est submersible. « Ce risque est désormais avéré plusieurs semaines par an. Et avec l’élévation du niveau de la mer, l’intensification des phénomènes de houle et les glissements de terrain lors d’intempéries, la situation ne va pas s’améliorer », anticipe Carole Delga. L’objectif d’une 2e ligne est aussi de soulager l’axe actuel, pour y faire circuler plus de trains régionaux, et aussi pour y réaliser « d’importants travaux de modernisation, sur les voies, les caténaires et les signalisations », détaille Matthieu Chabanel, président de SNCF Réseau.
Financements « actés » pour la ligne Montpellier-Béziers. Dans ce contexte, les travaux de la première phase, entre Montpellier et Béziers (60 km), doivent être lancés en 2029, pour une livraison en 2034, assure SNCF Réseau, maître d’ouvrage. L’appel d’offres, pour un montant d’environ 1,5 Md€, va être lancé en conception-réalisation courant 2026. « Les financements sont actés, y compris au niveau de l’État, via l’Agence de financement des infrastructures de transport. Plus rien ne s’oppose à la réalisation de ce projet, déclaré d’utilité publique en février 2023 », rappelle Carole Delga. La collectivité contribuera à hauteur de 400 M€, sur une facture totale de plus de 2 Md€. « Malgré la baisse des dotations aux collectivités, nous souhaitons continuer à contribuer au ferroviaire, pour massifier et décarboner les mobilités. Le contexte géopolitique international nous pousse à être de moins en moins dépendant du pétrole. C’est un argument que Bercy a du mal à entendre », tacle l’ancienne ministre.
Mixité ou non sur la phase 2 ? Pour le second tronçon, entre Béziers et Perpignan (100 km), la concertation publique qui s’ouvre aborde deux enjeux : la mixité fret/voyageurs, ou non, de l’infrastructure, et le nombre de gares nouvelles à créer, avec plusieurs options à la clé – soit Béziers, soit Narbonne, soit entre les deux, soit Béziers et Narbonne, soit aucune. Sur ces différents points, « les décisions seront prises à l’automne », assure Stéphane Lubrano, directeur de la mission LNMP à SNCF Réseau. L’option mixte, que pousse Delga pour développer le fret ferroviaire, représente néanmoins un surcoût significatif par rapport au tracé initial, uniquement dédié à la grande vitesse voyageurs. « Les trains de fret, plus lourds, n’acceptent pas les mêmes pentes que les trains de voyageurs. Décider une ligne mixte et non pas uniquement voyageurs a des conséquences sur le coût de l’infrastructure : hauteurs de talus plus importantes, viaducs supplémentaires, sections en tunnel plus longues, augmentation des volumes de matériaux extraits lors des travaux… », détaille l’expert.
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Prudence sur les gares nouvelles. La concertation envisage toutes les options pour les gares nouvelles : une à Narbonne, une à Béziers, une à Narbonne et une Béziers, une entre les deux (à Nissan-lez-Ensérune) ou… pas de gare nouvelle du tout. « Pour les gares nouvelles, il faut bien mesurer les incidences sur le territoire et les liaisons avec le centre-ville, une fois que l’équipement est livré », alerte Carole Delga, faisant allusion sans les citer aux gares nouvelles de Montpellier, déconnectées du centre-ville pendant 8 longues années (avant l’extension de la ligne 1 de tramway, inaugurée en octobre dernier), et de Nîmes Pont du Gard. Avant d’ajouter, à propos des navettes gares nouvelles / centre-ville : « D’autant plus que le rail revêt une complexité technique et génère des coûts financiers élevés, à la charge des intercommunalités dans leur périmètre. »
« L’Europe s’impatiente des retards pris en France. » Pour ce tronçon, l’horizon est plus lointain : enquête publique en 2030, mise en service en 2040. « L’Europe s’impatiente des retards pris en France par les projets d’infrastructure qu’elle cofinance. La France est le pays européen qui met le plus de temps à réaliser ses grands projets d’infrastructures, alors que des délais doivent être respectés », s’agace Carole Delga, également présidente de Régions de France. L’enjeu est d’autant plus important qu’elle mise sur un financement de l’Europe « pouvant aller jusqu’à 25 %, ce qui permettrait d’absorber une partie du surplus du coût d’une ligne mixte entre Béziers et Perpignan. L’Union européenne est sur un principe plutôt favorable à des lignes ferroviaires mixtes, pour favoriser le report modal de marchandises de la route vers le rail ».
Le projet LNMP est estimé à 6,12 milliards d’euros (valeur 2020), dont 4,1 milliards pour le tronçon entre Béziers et Perpignan (format uniquement voyageurs).
> Détail des réunions publiques en cliquant ici ; Cette semaine : le 15 avril à Perpignan, sur le thème « Les enjeux économiques et touristiques » ; le 16 avril à Portel-des-Corbières, sur le thème « Les scénarios voyageurs ou mixtes », puis, le 5 mai à Fitou, « La traversée du Massif des Corbières », le 12 mai à Coursan, « Les enjeux de la ressource en eau », les 19 et 20 mai à Narbonne et Béziers, « Les scénarios de gares nouvelles »…