Impact de la guerre au Moyen-Orient, importance du mutualisme dans une économie dans les mutations s’accélèrent… Échange, le 23 avril, avec Evelyne Guilhem et Richard Laborie, nouvelle présidente et directeur général du Crédit Agricole du Languedoc. Les Indiscrétions n’étaient pas les seules à y être. Mais elles y étaient, en mots et vidéo. Ce qu’il faut en retenir.

Parcours mutualiste. Élue présidente du Crédit Agricole du Languedoc (CAL) lors de l’assemblée générale du 27 mars, l’audoise Evelyne Guilhem est agricultrice aux côtés de son fils, et est issue d’une famille d’agriculteurs depuis plusieurs générations. Située à Castelnaudary, son exploitation s’étend sur 118 ha irrigables. Elle y produit des cultures diversifiées : oignons de consommation et des semences pour la recherche. « Evelyne Guilhem est la première femme présidente du CAL, mais c’est un non-événement, souligne Richard Laborie. Elle a été choisie pour son implication, sa connaissance du territoire, sa dimension agricole. »
La coopération comme fil rouge. La valeur ajoutée de la coopération ? « Pas uniquement la performance financière, mais aussi être utile sur le territoire, en privilégiant le long terme, sans décision automatique – ce qu’on voit de plus en plus ailleurs – mais avec la place au jugement humain », décrit-elle. Des valeurs qu’elle a fait vivre dans différentes fonctions et mandats, dans des instances syndicales, agricoles, coopératives et associatives :
-Engagement agricole de long terme (syndical, coopératif, chambres d’agriculture).
– Responsabilités nationales et internationales (réseau CUMA, coopération internationale agricole à l’AFDI, jusqu’à fin juin). Elle invite les agriculteurs « à adhérer au réseau CUMA (coopérative d’utilisation du matériel agricole). Je ne comprends pas pourquoi ils ne sont pas plus nombreux à se lancer. C’est une façon de réduire les charges », lance-t-elle.
-Un engagement local de 18 ans comme maire adjointe à la mairie de Castelnaudary, en charge du développement durable et de l’environnement. Elle y a notamment impulsé le projet alimentaire territorial. « Tout ce qui touche à l’alimentation me tient à cœur. Sur ce plan, les enfants sont les meilleurs vecteurs de communication », souligne-t-elle.
Ascension au sein du CAL. Arrivée au Crédit Agricole du Languedoc en 2017, Evelyne Guilhem a été successivement administratrice de Caisse locale, administratrice de la Caisse régionale, vice-présidente de la Caisse régionale représentante de l’Aude, jusqu’à en devenir la présidente. « Dans un monde où les mutations sont nombreuses, notre modèle qui privilégie l’humain est un levier d’avenir, assure-t-elle. La cohésion, la proximité, sont essentielles dans le contexte actuel. »

Trois défis à relever, selon elle : « Le renouvellement de la clientèle par la captation de clients jeunes sur un territoire très dynamique démographiquement ; Le maintien de la proximité humaine dans un environnement de plus en plus digitalisé ; Les enjeux liés à l’eau, au climat et aux transitions. Il faut aller vers d’autres productions agricoles, moins consommatrices d’eau. Des appels à projets sont lancés, pour voir ce qui peut être fait économiquement. »
Crise agricole : des pauses crédits. L’an dernier, 872 pauses crédit ont été mis en place auprès des agriculteurs en difficulté, pour 37 M€ de capital restant dû. Autres mesures déployées : prêt bonifié visant à étaler les PGE viticoles, prêt de consolidation (82 dossiers pour 10 M€), ou encore dispositifs adaptés aux crises, notamment sur la dermatose nodulaire contagieuse (élevage) et la conchyliculture sur le Bassin de Thau.
Installations de jeunes agriculteurs. « Malgré ce contexte, l’année 2025 est restée dynamique en termes d’investissements et d’installations : la Caisse régionale a installé 118 jeunes agriculteurs et octroyé près de 220 M€ de financement à l’agriculture dont 4 M€ pour les jeunes agriculteurs », détaille Evelyne Guilhem. L’accompagnement, chapeauté par une commission agricole régionale composée d’experts, est multiple : modernisation des exploitations, transitions environnementales et énergétiques (« une exploitation agricole sur quatre produit de l’énergie »), notamment autour de la gestion de l’eau. « Le matériel moderne coûte cher, mais apporte un plus », insiste Evelyne Guilhem. Le renouvellement des générations est « capital pour la sécurité alimentaire. Or, sur 5 départs, 3 sont renouvelés. Si on n’a pas les personnes pour produire, ça va devenir compliqué ».
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La guerre au Moyen-Orient « nous ramène à la réalité », selon Richard Laborie. Quatre paramètres évoluent, alors que « chaque semaine de guerre en plus nous impacte : Le cours du pétrole et de l’énergie, ainsi que le coût des produits dérivés, de l’aluminium et des engrais ; Le commerce maritime est fortement perturbé, alors que les chaînes d’approvisionnement sont déjà fragiles ; Le commerce aérien mondial est très touché, entre 16 % et 20 % du trafic mondial aérien transitant par cette zone. Cela impacte le tourisme, un secteur de poids pour la France et l’Occitanie ; Enfin, la volatilité des marchés financiers, qui ne se portent pas si mal que ça. Ils restent à des niveaux élevés, preuve d’éléments de résilience dans l’économie mondiale. Le commerce mondial est néanmoins très perturbé. En France, l’inflation, qui était passée sous la barre des 1 %, pourrait bondir à 1,8 %, soit le double de ce qui était prévu ».
Remontée des taux ? « La BCE regarde la valeur de la monnaie. Les taux d’intérêt sont en train de remonter. Deux hausses de taux sont annoncées dans les prochains mois, mais il est difficile de tracer des tendances longues avec une actualité à la journée. »
Impact psychologique. « Un impact plus difficile à lire : l’impact psychologique, la perte de confiance, analyse Richard Laborie. Toutes les décisions des acteurs économiques sont modifiées, avec des reports, annulations, changements de décisions d’investissements, d’embauches, de nature de projet… On le voit dans la remontée du chômage, dans une zone où le taux est déjà au-dessus de 10 %. »
Défaillances d’entreprises au plus haut. Les défaillances d’entreprises progressent de 8,7 % au premier trimestre 2026, par rapport à la même période l’an dernier, en Occitanie Est. « Le bâtiment est très affecté par la hausse des matières premières. Les entreprises ralentissent leurs programmes d’investissement, ce qui n’est pas une bonne nouvelle. Seuls les secteurs de l’aéronautique et de l’armement tirent l’industrie française », complète-t-il.
2025 dans le rétro. « L’année 2025 a été marquée par une croissance économique modérée, des tensions sur le pouvoir d’achat ainsi que par une hausse des taux d’intérêts », indique le Crédit Agricole du Languedoc dans son information financière annuelle. Malgré ce contexte économique perturbé, le Crédit Agricole du Languedoc (CAL) a accueilli 45.000 nouveaux clients. Le CAL se positionne comme le premier financeur de l’économie locale, avec 3,5 milliards d’euros de nouveaux crédits distribués en 2025, portant l’encours total à 27 milliards d’euros fin décembre 2025. Sur ces 3,5 Md€ de crédits distribués, 1,5 Md€ l’ont été pour l’habitat, soit une forte croissance (+ 40 %) par rapport à 2024.
La part de marché crédit reste stable à 34,2 % (chiffres d’octobre 2025). Le produit net bancaire s’élève à 657 M€, en progression de 3.8 % et le résultat net à 177 M€ (+ 0.9 %).
Crédit à l’investissement : 1,6 Md€ en 2025, dont 762 M€ aux entreprises de moins de 3 M€ de CA, 587 M€ ont été octroyés aux entreprises de plus de 3 M€, 220 M€ aux agriculteurs, et 50 M€ aux collectivités.
Assurance en hausse. L’activité assurantielle a également connu une dynamique, avec 15.300 nouveaux contrats souscrits en 2025, portant le portefeuille total à 742 000 contrats. « Cette
croissance illustre la demande croissante des ménages et des professionnels pour des solutions de protection adaptées, dans un environnement économique où les risques (climatiques, sanitaires, ou liés à l’activité) se multiplient », indique le CAL, qui affiche 458.000 sociétaires et 1.019.000 clients.
Sur le même sujet : « Appel à projets du Crédit Agricole du Languedoc : les transitions environnementales et agricoles à l’honneur », Les Indiscrétions du 15 décembre 2025, à croquer ici