Souverainetés, géopolitique, sport : 300 décideurs réunis ce 10 juin au FDI Stadium (Montpellier)

15 juin 2026

300 décideurs ont répondu présents lors de la 5e soirée réseau Agencehv (5 salariés, Montpellier), organisée ce 10 juin, au FDI Stadium (Montpellier), en partenariat avec TotalEnergies, Allianz Le Grau-du-Roi, Septeo et la Région Occitanie. Les Indiscrétions reviennent sur les temps forts de la soirée.

cocktail dinatoire soirée agencehv
©Eric Durand

Ce sont deux grands patrons, tous deux originaires d’Occitanie, qui ont ouvert les échanges sur le thème « Souverainetés, géopolitique, leur regard sur l’Occitanie » : Isabelle Patrier, originaire de Banyuls-sur-Mer (66) et directrice de TotalEnergies France, et Xavier Unkovic, originaire de Pignan (34) et directeur général de Bonduelle. Autre point commun entre les deux, leur chemin se sont croisés chez Deloitte, cabinet de conseil et d’audit, entre 1990 et 1992.

unkovic et patrier
©Eric Durand

Un marché pétrolier en zone rouge. Le 21 mai, le directeur de l’AIE, l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, annonçait que « le marché pétrolier pourrait entrer dans une zone rouge avec une pénurie d’offre en juillet ou en août en l’absence d’issue durable au conflit au Moyen-Orient. » En réponse, Isabelle Patrier fait le point sur le niveau réel de la menace en matière de pénurie en France. Et rassure : « L’hiver prochain, nous aurons le gaz qu’il faudra, simplement, nous le paierons nous, Européens, plus chers, et nous, Français, un peu plus cher que les autres ». Présent dans 120 pays, TotalEnergies plafonne en France les prix de l’essence à la pompe à 1,99 €. « C’est conjoncturel, en espérant que ça ne devienne pas structurel, ajoute la directrice. Nous nous rabattons actuellement sur le Nigeria, et nous augmentons les importations depuis les Etats-Unis. ».

Anticiper les crises. « Nous utilisons, comme tous les grands groupes, une carte graphique des risques. Parmi ceux identifiés : les sanctions sur la Chine, la Russie, la fermeture du canal de Suez et bien sûr le détroit d’Ormuz. Nous avions donc envisagé ce dernier cas de figure. Notre objectif est de vendre les cargaisons produites dans les pays dans lesquels nous produisons, en gaz ou en pétrole, et d’acheter les carburants, le brut et le gaz. Ce que nous avons fait dès la minute où il y a eu les frappes sur le détroit », explique Isabelle Patrier.

Ce que les crises révèlent. « À chaque fois que nous traversons une crise, le pays prend des bonnes résolutions pour réduire notre dépendance aux énergies fossiles. Et puis quand la crise s’arrête, on continue comme d’habitude. Est-ce que ce choc d’offres va entraîner de véritables changements dans l’approvisionnement, dans la décarbonation, dans la bascule vers l’électricité, vers l’électrification des usages, vers les biocarburants ? Et est-ce que nous allons vraiment faire des filières pour pouvoir basculer ? », questionne la directrice.

Baisse de 10 % du résultat opérationnel courant pour Bonduelle. L’impact du prix de l’énergie sur Bonduelle est « significatif. Nous perdons l’an prochain 10 % de notre résultat opérationnel courant. Il va falloir les retrouver ces 10 % pour au moins être équivalent l’année prochaine. Cela implique d’être performant, agile, mobilise les équipes », lance Xavier Unkovic. Il interpelle également ses partenaires distributeurs, qui, selon lui, captent la majeure partie de la valeur (40% pour la distribution, contre 18% pour l’industriel et 8% pour l’agriculteur, d’après un rapport sénatorial). « C’est dommage, car c’est critique pour la souveraineté agricole française et pour notre capacité à faire vivre nos agriculteurs », rappelle-t-il.
Sur le même sujet : « Xavier Unkovic, Bonduelle / valeur travail », Les Indiscrétions du 17 novembre 2025, à croquer là.

table ronde 1 soirée agencehv
©Eric Durand

La course au pouvoir d’achat, à quel prix ? « On demande à nos industriels de produire et vendre moins cher, pour le pouvoir d’achat. Les distributeurs français vont alors chercher des produits agricoles en Chine, 45 % moins chers que les coûts de production de nos agriculteurs. Conséquence : nos agriculteurs perdent leur job, nos industriels disparaissent, et derrière, on devient massivement dépendant. Ça vient ensuite directement impacter la santé des consommateurs. Oui, c’est important que les produits deviennent accessibles, mais de faire du prix une obsession versus la valeur, je crois que c’est un très mauvais combat », assène-t-il. Et d’alerter : « Une mauvaise alimentation créée du surpoids, des diabètes, des maladies… ce qui coute une fortune à la sécurité sociale, que l’on va payer en impôts. »

Stratégie internationale pour Bonduelle. « Bonduelle est présent aux États-Unis avec la volonté d’exporter notre savoir-faire agroalimentaire en Amérique du Nord pour donner une accessibilité à des produits qui apporteront une meilleure santé », rappelle Xavier Unkovic, qui ne dépriorise pas l’Europe pour autant. Le groupe Bonduelle est présent dans 110 pays.

« Réussir en France, c’est plus compliqué que réussir ailleurs ». Xavier Unkovic, qui a exercé pendant 23 ans en Amérique du Nord pour le compte de Royal Canin (aliments pour chats et chiens ; Aimargues, 30), revient sur les enseignements qu’il a tiré de son expérience outre-Atlantique : « réussir en France est bien plus compliqué que réussir ailleurs. Les entrepreneurs français sont les meilleurs du monde. Il y a beaucoup de bureaucratie et de complexité. Il faut simplifier les choses. Dans le monde d’aujourd’hui, il faut aller vite et être agile. Et en France, c’est tout sauf simple », lance-t-il, avec les applaudissements de la salle.
Sur le même sujet : « Rémi Rocca, Royal Canin », Les Indiscrétions du 15 juillet 2025, à lire ici.

J’en apprends plus ici

Replacer l’entreprise au centre du pays. De retour en France, Xavier Unkovic affirme en souriant qu’il « ne faut pas avoir peur d’aller voir ce qui se fait ailleurs et de prendre l’idée. Aux États-Unis, il y a un maître mot : l’entreprise est au centre de la création de valeur du pays. L’État ne tourne pas autour des gouvernements, il tourne autour de l’entreprise. Parce que quand on crée la valeur, on apporte des emplois, on apporte de la richesse, on apporte des impôts. L’entreprise, c’est le cœur du pays ».

Profiteur de guerre ? Questionnée sur les controverses qui touchent TotalEnergies (en lien avec la hausse de 50 % des profits trimestriels de TotalEnergies, note), Isabelle Patrier réagit : « En 2025, TotalEnergies était l’entreprise française qui a payé le plus d’impôts : 40 % de taux d’imposition, représentant 19 milliards d’euros. La majeure partie est payée dans les pays producteurs de ressources naturelles, qui nous permettent aujourd’hui d’approvisionner sans discontinuer et d’assurer la sécurité énergétique de la France. » Le plafonnement des prix du carburant dans les stations-service en France est financé par les filiales de TotalEnergies à l’étranger (produisant pétrole et gaz), dont les revenus ont augmenté. « Ces filiales sont fortement taxées dans leurs pays respectifs, mais c’est grâce à leurs bénéfices que TotalEnergies en France peut proposer ce plafonnement », explique la directrice.

Un plan d’économie d’énergie de 500 M€. « Nous venons de lancer un plan d’économie d’énergie de 7 milliards et demi, dont 500 millions en France, pour réduire nos coûts, et permettre d’absorber ce que l’on va coûter, c’est-à-dire ce plafond que les autres filiales du groupe nous permettent de financer », répond Isabelle Patrier. « C’est quand même terrible que nous en soyons à défendre les entreprises françaises qui sont là, vis-à-vis de nos propres médias. Je n’ai jamais vécu ça, on est en train de les défendre. On devrait les remercier. L’état d’esprit n’est pas pareil », ajoute Xavier Unkovic.

Nationaliser TotalEnergies, comme le propose LFI ? « Ça coûte à peu près 180 milliards, je ne suis pas certaine que les finances publiques le permettent… », ironise Isabelle Patrier. En réponse à une suggestion de nationaliser les raffineries de TotalEnergies, Isabelle Patrier souligne qu’elles sont déficitaires de 5 milliards, et que l’entreprise les maintient en France pour assurer la continuité de l’activité et de l’approvisionnement. « Nous surtaxer, ça marchera une fois. Et quand on ne sera plus là, on ne sera plus là. Je rappelle que les 5 majors (Exxon, Chevron, Shell, BP et TotalEnergies) représentent 10 % du pétrole et du gaz de la planète et 90% des productions sont faites par des sociétés nationales. La première étant Aramco (Arabie Saoudite). Puis vous avez toutes les sociétés nationales dans le monde. TotalEnergies est un nain : c’est 1,5 % du pétrole et 1,6 % du gaz », conclut-elle.

Défi collectif et politique. Jalil Benabdillah, vice-président de la Région Occitanie délégué à l’économie, l’emploi, l’innovation et la réindustrialisation, président du CNER (la fédération nationale des agences de développement, d’attractivité et d’innovation), a conclu les échanges. Il s’est interrogé sur la manière de réconcilier les citoyens, qui désirent une alimentation de qualité, durable et locale, et une industrie forte, tout en acceptant les coûts et les investissements lourds que cela implique. « On ne peut plus opposer la transition écologique et la compétitivité. La réindustrialisation, est un sujet économique, mais aussi un sujet culturel. J’aimerais qu’on ait de la gratitude, de la reconnaissance pour celles et ceux qui entreprennent, qui créent de la richesse, qui prennent des investissements, qui investissent. »

Le lien entre le sport et l’entreprise, l’intérêt du mécénat pour les entreprises, la recherche de financements, la gestion du stress et de la performance… Des échanges passionnants avec Charlotte Consorti, recordwoman mondiale de vitesse en kitesurf (93 km/h, Namibie, 2010), Stéphane Lebrun, ex-n°7 français de tennis de table, champion de France en double en 1998 et deux fois champion d’Europe avec le club de Montpellier en 2001 et 2003, manager de l’Alliance Nîmes-Montpellier et père de Félix et Alexis Lebrun, Éric Torremocha, agent général Allianz Le Grau-du-Roi (30), et Jalil Benabdillah (Région Occitanie).

table ronde 2
©Eric Durand

Le sport et l’entreprise, un même cercle vertueux. En réaction à une vidéo diffusée d’Hugues Galambrun, PDG de Septeo (legaltech, Lattes, 34), Éric Torremocha, dirigeant d’Allianz Le Grau-du-Roi (30), insiste sur le rôle sociétal des acteurs économiques dans le financement du sport. « Les dotations des collectivités sont en baisse sur le sport, on le sait très bien. Alors nous, acteurs privés, nous devons jouer ce rôle de courroie de transmission. Réinvestir dans le sport, c’est réinvestir dans l’économie locale, je crois beaucoup à cette notion de cercle vertueux », estime-t-il. Et d’ajouter : « J’aimerais ramener un peu des normes américaines que j’ai pu apercevoir pendant mes études au Canada. Là-bas, quand vous rencontrez un entrepreneur, en 5 minutes, vous avez sa carte de visite, vous savez ce qu’il peut vous apporter et il sait ce que vous pouvez lui apporter ».

Pourquoi investir dans le sport ? Éric Torremocha consacre 5 % de son chiffre d’affaires dans le mécénat sportif et culturel. « J’estime que c’est important, parce que les deux seuls endroits où on peut vivre de telles émotions aujourd’hui, c’est dans une enceinte sportive, et à un concert », explique-t-il. Et de poursuivre : « en tant que chef d’entreprise, le résultat, c’est qu’en faisant du mécénat j’ai multiplié mon chiffre d’affaires par 4 ».

La course aux financements. Aller chercher des financements en tant que sportif, « ça ressemble à de l’entrepreneuriat », confie Charlotte Consorti, qui a quitté son poste d’assistante marketing chez F1 (matériel de kitesurf) pour se consacrer à la recherche de sponsors afin de battre le record du monde de vitesse en kitesurf. « J’ai eu un agent pendant quelques années qui m’a beaucoup aidé. Mais c’est vrai que j’aime bien faire les choses seule, bien que ce soit difficile. On devrait passer tout notre temps à s’entraîner, mais finalement, on passe plus de temps à faire des dossiers. D’autant qu’une fois qu’on a des sponsors, ce n’est pas fini, il y a tout le travail derrière : aller les voir, aller sur des salons, assister à plein d’événements… Tout cela prend énormément de temps, mais ça fait partie du jeu », explique Charlotte Consorti. Sport de glisse notamment connu aux États-Unis, le kitesurf peine à se faire une place sur la scène française. « En France, il y a juste quelques sports qui sont médiatisés et sponsorisés. On s’intéresse très peu à la richesse du sport. Aux États-Unis, ils sont beaucoup plus ouverts à la multitude des sports », observe Charlotte Consorti. Du côté Lebrun, le père d’Alexis et Félix, constate que « pour passer du haut niveau à des champions, il faut se professionnaliser, et là, on a besoin de soutien ». Pour atteindre le Top 10 du monde, ils ont créé la Team Lebrun autour des enfants. « Au début, c’était sans moyens, mais petit à petit, nous avons développé notre PME qui a aujourd’hui un budget annuel d’un peu plus d’1 M€ ». Marketing, recherche, administratif, médical… « Il y a 5 personnes au sein de la team, mais derrière, c’est minimum 30 personnes qui gravitent autour d’eux », précise Stéphane Lebrun.

table ronde 2 soirée agencehv
©Eric Durand

Des valeurs différentes mais complémentaires selon les disciplines. « Le kitesurf, c’est surtout un rapport privilégié à la nature. Nous vivons avec la nature, on se tracte à la force seule du vent, c’est écologique », indique Charlotte Consorti. Elle défend une activité synonyme de liberté tout en regrettant que ces bons côtés ne soient pas suffisamment valorisés auprès des annonceurs et du grand public. Pour le tennis de table – qu’il appelle “ping-pong” volontiers -, Stéphane Lebrun, père des frères Lebrun et manager de la “Team Lebrun”, met en avant l’accessibilité et l’universalité de son sport. « Il y a un partage intergénérationnel rare dans ce sport. Là, nous sommes 300, et nous pourrions jouer à 300 si nous avions assez de tables, sourit-il. C’est aussi un sport de transmission, dans lequel nous avançons en famille ». Il met également en avant la fidélité au territoire de ses fils : tous deux bénévoles au sein de l’Alliance Nîmes-Montpellier, ils vivent grâce à leurs sponsors, et refusent des offres d’autres clubs qui pourraient les rémunérer. « Ils sont très attachés à Montpellier. C’est ici qu’ils ont leur vie, qu’ils ont leurs amis, et ils tiennent vraiment à ça. Ils ont un rang qui leur permet de choisir, et c’est un luxe. Nous, on ne parle jamais de sacrifices, c’est un plaisir ».

J’en apprends plus ici

Stress et performance, une exigence quotidienne pour viser le haut du plateau. « Mes photos sur le kite sont réussies, forcément. Il y a le sourire qui va bien. Mais derrière, ce sont beaucoup de blessures, de chutes, et des centaines d’heures d’entraînements », souffle Charlotte Consorti. Sans compter le fait qu’elle est tributaire des éléments : « C’est quelque chose qui est un peu frustrant. Ça arrive que je ne puisse pas aller sur l’eau pendant 2 semaines, mais il faut s’adapter, et on en profite pour aller démarcher des sponsors… », ajoute-t-elle. Stéphane Lebrun, de son côté, raconte comment l’équivalent d’une petite PME s’est organisée autour de chacun de ses fils. « Il y a 250 jours de compétition dans l’année. Pour vous donner une idée, l’année dernière, Félix a passé 30 jours dans un aéroport en 2025, mis bout à bout », souffle-t-il. Et d’ajouter : « Cette équipe autour d’eux, qu’on appelle Team Lebrun, a pour but de leur permettre de ne penser qu’au ping-pong, et de garder 100 % de plaisir. On s’occupe de toutes les sollicitations extérieures, et on en refuse 90 % ». Il raconte notamment avoir refusé une proposition de tournage pour le film “Marty Supreme”, avec Timothée Chalamet. « On a proposé à Félix de jouer dans ce film. On était très heureux qu’un film se fasse sur le ping-pong, mais ça a été plutôt facile à refuser, car c’était en pleine préparation des Jeux Olympiques », souligne-t-il.

Élargir le nombre de d’entreprises mécènes. « Tout le monde a surfé sur la réussite des JO 2024, déclare Jalil Benabdillah. Le sport n’est pas seulement pour le bien-vivre et la santé, c’est également un apaiseur de tension sociale et un moteur d’ascension sociale. » En Occitanie, le sport représente 22.000 emplois directs. « Sur le territoire, nous avions identifiés 900 entreprises qui gagnaient leur vie, et parmi elles, moins de 6 % ont été mécènes dans le sport, la culture, etc. Notre objectif est d’aller chercher ceux qui n’ont pas cette culture, qui n’identifient pas la valeur ajoutée… », appuie Jalil Benabdillah.

soiree agencehv 1 - Les indiscretions
©Eric Durand

300 décideurs. Cette 5e soirée réseau a réuni quelque 300 décideurs. Difficile de citer tout le monde, mais on a vu : Jean-François Rezeau (CCI Occitanie), André Deljarry (CCI Hérault), Jean-Marc Oluski (Medef Hérault Montpellier), Gilbert Comos (FFB 34), Gwenaëlle Guerlavais (maire des Matelles), Martin Venzal (ToulÉco), Bertrand et Matthieu Fassio (Métropolitain), Bertrand Religieux (IRDI Capital Investissement), Yann Fortunato (Racines de France), Marion Redwitz (journaliste animatrice, ex-directrice de la communication de l’Académie de Montpellier), Florian Mantione (Florian Mantione Institut RH), Julie Dubois-Sanchez (Redman), Amandine Raynaud (Clelya), Grégory Calonges (président du Cercle international des jeunes leaders, coordinateur régional MEDEF France), Jean-Michel Setbon (Caisse d’Épargne Languedoc-Roussillon), Jean-Christophe Gay (Human For Impact), William Arditi (Humeos)…

Share This