Décentralisation, innovation, logement, transitions… Tout sur le Forum Dev&Co (13-14/11, Montpellier)

17 novembre 2025

Quelles nouvelles stratégies d’attractivité territoriales à mettre en place ? Comment faire plus avec moins de ressources ? Faut-il jouer plus collectif, ou rester dans une concurrence entre territoires ? Quels nouveaux rôles doivent jouer les agences de développement économique ? Comment retrouver un esprit de conquête ? L’attractivité de la destination France est-elle écornée par son instabilité politique ?
Les Indiscrétions reviennent avec délice sur les deux jours de débats qui ont rythmé le Forum Dev&Co, ces 13 et 14 novembre à Montpellier, organisé par le CNER en partenariat avec la Ville de Montpellier, l’Agence des Transitions, la Région Occitanie et l’agence Ad’Occ.

devco 2025 - Les indiscretions
©Forum DEV&CO

Décentralisation, innovation : le plaidoyer de Delafosse. « À bas bruit, un recul s’opère. Pourtant, les territoires sont parties prenantes du développement économique de la France, indique Michaël Delafosse, maire de Montpellier et président de Montpellier Méditerranée Métropole. Un maire, un élu local, tous les matins, est confronté chaque jour à des habitants qui cherchent du travail ou portent des projets. Il faut être extrêmement attentif au mouvement de recentralisation auquel nous assistons. Bien sûr, Bercy a un rôle majeur à jouer. Il faut absolument que les territoires aient davantage de liberté pour assumer la compétence développement économique. Je mets en garde. Le débat sur les impôts de production est légitime pour la compétitivité économique du pays. Mais à
à trop déresponsabiliser les élus locaux sur le lien entre développement économique et fiscalité, les élus locaux s’occuperont de leurs compétences propres. Et donc, ils s’impliqueront moins dans les enjeux de développement économique. Se joue quelque chose de très important : les territoires pourront-ils demain financer leurs agences ? Pourront-ils demain se sentir parties prenantes sur la recette fiscale pour accueillir des entreprises ? Travailleront-ils à leur internationalisation ? C’est un enjeu majeur qui me semble majeur.

Alors qu’on nous annonce un hiver budgétaire, le développement économique va être au cœur de la fiscalité : CFE, CVAE, le versement mobilité. La disparition de la CVAE, pour les Régions comme pour les métropoles, nous prive d’un levier essentiel. C’est un point de vigilance. L’exécutif actuel a tendance à tout recentraliser. »

Innovation. Pour Michaël Delafosse, « l’innovation économique est aujourd’hui un enjeu pour la France, pour l’Europe. Nous sommes entre une colonie numérique américaine et une colonie industrielle de la Chine, deux puissances qui tirent mieux leur épingle du jeu dans le concert des nations. Il faut des espaces pour stimuler l’innovation. L’innovation, c’est abaisser le seuil d’accès pour le plus grand nombre. Le territoire, par ses ressources universitaires, entrepreneuriales, les forces de sa société civile, l’engagement des élus locaux, est l’un des espaces majeurs de l’innovation. C’est un plaidoyer qu’il nous faut porter ».

Faire plus avec moins de moyens. « Entre 2023 et 2024, les budgets des agences ont baissé de 9 %. Nous continuons à porter vos voix, notamment devant la Cour des Comptes, relaie Mathieu Dejouy, délégué général du CNER, auprès de ses adhérents. Ses baisses sont allées jusqu’à – 22 % pour l’agence de développement économique des Pays de la Loire, qui a perdu presque toutes ses missions. » En 2024, les agences d’attractivité ont traité 4.009 projets (-12 % par rapport à 2023), avec une hausse des projets étrangers (1.165, au lieu de 1.120 en 2023) et une baisse de projets français (2.844, au lieu de 3.431 en 2023).
Le nombre d’emplois créés annoncés à trois ans par ces projets s’élève à 79.280, répartis entre 52.179 (+ 9 %) pour les projets français et 27.101 (- 25 %) pour les projets étrangers.

Alerte sur le logement. La crise du logement s’invite dans les stratégies d’attractivité économique territoriales. « Il y a une vraie préoccupation sur le logement. Les investisseurs sont aujourd’hui confrontés à une pression accrue sur le logement (des salariés, ndlr) », souligne Marie-Cécile Tardieu, le 13 novembre.

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L’attractivité par le développement des mobilités collectives. Delafosse assume les 4 ans de travaux intensifs, lors du dîner de gala, le 13 novembre. « Nous achevons une phase de très grande transformation du territoire (voies cyclables, tramway, bustram, reconfigurations d’espaces publics…, ndlr). C’est la façon diplomatique de dire : ‘ça a été le bordel partout pendant 4 ans’ (rires dans la salle, ndlr). Il n’y a pas un Montpelliérain, je pense, qui n’a pas dit des choses dures à mon endroit. Il faut comprendre. Mais nous développons massivement le transport collectif, les vélos. Le développement de mobilités décarbonées et gratuites sont un élément d’attractivité du territoire. Les PME, startups, ont besoin de savoir, pour recruter, ce que le territoire dit, en termes de sens. La transition écologique, accompagnée par l’Agence des Transitions, est un autre élément de réponse ». Il cite la future plus grande station de géothermie de France, dans le quartier Cambacérès (gare TGV Sud de France), « avec des prix encadrés de l’énergie pour les bureaux, dans ce quartier d’affaires où l’offre est lisible ».

Transitions : être clair et s’y tenir. « Si le chef d’entreprise n’est pas capable d’avoir un plan clair sur les transitions en cours, comme la réduction des émissions carbone, et de s’y tenir – car ceux qui ‘pipeautent’, ça se voit et ça fait partir les salariés -, il n’aura plus d’accès au financement, et ne parviendra plus à recruter, souligne Alex Larue, président de l’Agence des Transitions. La conjugaison des deux est mortifère. Le rôle de l’Agence des Transitions, c’est de mettre en place des outils, des programmes, très concrets. Une Coopérative Carbone a été lancée, avec beaucoup d’acteurs. La Coopérative Carbone de La Rochelle et Bpifrance nous ont beaucoup aidés pour mettre en place cette structure. »

Le branchement du dernier km. « Les agences de développement apportent une stabilité politique, et leur connaissance fine, locale, de leurs territoires, insiste le Toulousain Laurent Saint-Martin, ex-ministre de l’Europe et des affaires étrangères, chargé du Commerce extérieur et des Français de l’étranger (gouvernement Bayrou). À la fin, ce qui compte, pour un investisseur international, c’est de savoir s’il sera accueilli dans un territoire avec des écosystèmes qui lui ressemblent, ou qui lui sont complémentaires. Il n’y a guère que vous qui le savez. Cette complémentarité entre les services de l’État, Business France, les ministères, et les agences, qu’elles soient à l’échelle métropolitaines, régionales, infra-régionales…, compte au quotidien. Des sommets comme Choose France retiennent l’attention médiatique, par les effets d’annonce générés. On oublie un peu trop souvent que ce qui fait le branchement du dernier km, ce sont les agences d’attractivité locales. Dans une forte concurrence internationale, il faut continuer à montrer nos muscles et nos atouts. »

Croire en ses propres atouts. Et Jalil Benabdillah, lui-même entrepreneur (SD Tech, micro-poudres fines, Alès), d’insister sur la dimension psychologique, lors de la conclusion du Forum Dev&Co, le 14 novembre : « Vous n’avez pas à vous excuser, car vous êtes indispensables. » Ce, après que Patrice Canayer (Région Occitanie, ex-manager général du Montpellier Handball) a prodigué quelques préceptes issus de 30 ans d’entraîneur de sportifs de haut niveau : « C’est dans l’inconfort que l’on performe » ; « Dire qu’on travaille ensemble, ce n’est qu’un début. Il y a 4 niveaux de travail collectif : comment vit-on ensemble ? Comment travaille-t-on ensemble ? Comment performe-t-on ensemble ? Comment inscrit-on une performance dans la durée ? À chaque étape, correspondent des niveaux d’organisation managériale. » ; « J’entends souvent les élus dire, à propos de pairs : ‘on s’entend bien’. Mais il ne suffit pas de bien s’entendre pour être efficace ensemble » ; « L’évaluation des politiques publiques est un secteur qui doit être amélioré » ; « Je crois plus, pour une performance durable, à des innovations managériales que technologiques » ; « Il ne faut pas se réfugier derrière des statuts – présidents, directeurs -, mais au final s’intéresser à l’efficience de l’animation et du management ».

Message. Dans son discours lors du dîner de gala, le 13 novembre au soir, Michaël Delafosse amène quant à lui les agences à porter aussi un discours politique, les invitant à dire « aux côtés de nombreux élus locaux, que ce pays est grand, que chaque territoire est une ressource exceptionnelle pour les créateurs d’entreprises, et que c’est une très belle réponse à ceux qui ont voulu nous plonger dans les ténèbres (allusion aux attentats terroristes du 13 novembre 2015, dont on commémorait les 10 ans jeudi dernier, ndlr) ».

La règle des « 5F ». Côté affaires, Business France définit les critères qui déterminent les choix d’investissement par les « 5F », souligne Marie-Cécile Tardieu. « Business France fait environ 5.000 entretiens par an avec des entreprises étrangères, pour recueillir 1.900 cahiers de charges, et ensuite les proposer aux Régions, pour qu’elles puissent faire des offres. Les 5 F, d’abord, et souvent, c’est le foncier. Ce n’est pas que le terrain, c’est aussi l’aménagement autour, l’énergie, la question de l’eau, les services. Le 2e, c’est la formation, la compétence, les talents, les Universités. La qualité de la main-d’œuvre est déterminante pour attirer ou faire rester une entreprise. Le 3e, ce sont les financements, notamment pour combler le fossé de compétitivité. Les Régions peuvent apporter des aides au développement des compétences. Le 4e F, c’est la fiscalité. La France est en compétition avec d’autres pays qui ont des fiscalités plus attractives. Mais on a un très atout, le CIR. En matière de R&D, les choix sont faits en fonction de ce crédit impôt-recherche.
Le dernier F, ce sont les formalités. Comment réussir à fluidifier les process ? Comment être certain que les formalités soient le moins dérangeantes possibles pour les investisseurs ? 
»

Chaîne de valeur à appréhender. Avant de conclure : « À la fin du fin, un investisseur vient parce qu’il a un marché. La France a une profondeur de marché, et a de grandes entreprises multinationales. Ça compte beaucoup pour des investisseurs qui veulent venir compléter la chaîne de valeur. Un territoire doit identifier les acteurs locaux qui peuvent constituer un aimant, qui peuvent avoir des besoins pour créer une chaîne de valeur. Sur deux secteurs dynamiques, la transition écologique et l’économie circulaire, personne n’est circulaire tout seul. Si on veut faire venir un acteur de l’économie circulaire, on doit être certains qu’il y aura une boucle localement d’établie, qui lui permettra d’avoir l’intégralité des clients, fournisseurs…, pour rentrer dans cette économie verte. »
Jean-Marc Dessapt (Ad’Occ) insiste sur l’acceptabilité locale des projets, un point de plus en plus à anticiper. « C’est crucial. Pour l’accueil de data centers par exemple, la réaction entre différents territoires n’est pas la même, étant donné les contraintes, l’impact… »

Rivalité positive. La rivalité entre territoires « est positive, car elle joue le rôle d’émulation. La promotion concurrente des atouts est plutôt une bonne chose, aussi bien au niveau infra-régional qu’entre Régions, avec des règles du jeu. À la fin, c’est l’entreprise qui décide », déclare Jean-Marc Dessapt (Ad’Occ).

Aller vite. « Il ne faut pas donner l’image d’une France éparpillée, avec des dossiers de 150 pages, qui vont perdre l’investisseur quant à sa compréhension de l’offre France, relève Marie-Cécile Tardieu. Un territoire doit d’abord réfléchir à ce qu’est son identité, avant de candidater pour accueillir des projets complexes. Par exemple, Montpellier, qui voit notamment beaucoup d’acteurs de jeux vidéo émerger, est prêt pour accueillir des projets d’ICC.
Par ailleurs, les investisseurs sont dans une logique de rapidité. L’alignement entre les territoires et l’État est un point clé pour gagner des projets. Ça compte beaucoup, d’aller vite. Ça veut dire qu’il faut être prêt. Mais on ne peut pas tout faire. Business France explique à certains territoires qu’ils ne peuvent pas candidater à tel ou tel projet, s’ils ne remplissent pas un critère-clé
 (un port pour une gigafactory, par exemple). »

Preuve à apporter. « La preuve d’une identité économique est très importante, par des investissements publics et privés. Exemple en Occitanie, avec la filière hydrogène » – par exemple, le projet Hyd’Occ à Port-la-Nouvelle, ndlr -, complète Jean-Marc Dessapt.

Logistique. « Beaucoup de territoires ne veulent pas de logistique. Sauf que l’industrie a besoin de logistique. La logistique permet souvent des développements futurs », complète-t-elle.

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