La Semaine de l’Industrie à Béziers, ce sont des visites d’entreprises, des sensibilisations aux métiers dans les établissements scolaires… et des échanges autour de la table, avec des industriels eux-mêmes, comme ce 19 novembre, dans les locaux du Groupe Barba (Villeneuve-lès-Béziers, 34). Pour la 3e année consécutive, la pépinière biterroise Innovosud (directrice : Alexandra Desiage), accompagnée de la French Tech Méditerranée (président : Sébastien Lacaze), organisait French Tech Central. Une matinée axée sur les transitions industrielles, l’innovation et la décarbonation. Des notions désormais au cœur de l’industrie moderne ?

50.000 emplois seraient vacants dans l’industrie. « Non pas parce qu’ils sont repoussoirs, mais parce qu’ils sont mal connus. Ne croyez pas que les jeunes sont rétifs à l’industrie, au contraire ! », assure Jacques Lucbereilh, sous-préfet de Béziers. Pour introduire cette journée, il donne le ton. « Il y a 20 ou 30 ans, quand on parlait d’industrie, c’était ‘Penche-toi vers ton passé’. Aujourd’hui pour la 14e édition de la Semaine de l’industrie, c’est ‘Fabrique ton avenir’, et ça signifie beaucoup. » Il fixe trois objectifs : donner une image moderne de la production industrielle en faisant connaître l’industrie de l’intérieur, « et permettre aux jeunes de faire des choix d’orientation éclairés » ; Partager une fierté industrielle, « car c’est une activité d’avenir, de transformation qui embarque le progrès en permanence. » ; Et voir l’industrie comme une opportunité pour le territoire biterrois, un élément essentiel de la souveraineté et de l’indépendance française. Autre point abordé, celui de la décarbonation. « Ce n’est pas l’ennemi de l’industrie : dans le cas du plan de relance, c’est 1,2 milliard d’euros d’aides qui ont été accordées avec une finalité de décarbonation », rappelle-t-il.
Une industrie biterroise en pleine mutation. Quatre entreprises locales – SLB, Delta Automatisme, Brunet Ertia et APS – ont décrit un secteur qui tourne la page du “tout pétrole” pour entrer dans l’ère de la décarbonation et de la souveraineté énergétique.
Une transition qui ne repose pas seulement sur la technologie, mais aussi sur la réinvention des pratiques quotidiennes et des organisations. L’innovation y est présentée comme le moyen indispensable de décarboner, grâce à l’optimisation des process, au pilotage par la data et aux leviers thermiques — récupération de chaleur, cogénération. Objectif : « produire mieux avec moins », comme le souligne Yohan Bousquier, directeur général délégué de Delta Automatisme, spécialiste de l’automatisme et de l’électricité industriels avec la fabrication d’armoires.
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Symbole de cette dynamique collective : l’Agile Factory de SLB, une ligne de production agile de 6.200 m², pensée pour s’adapter aux marchés de la défense, du nucléaire ou des énergies renouvelables. Le projet s’appuie sur un trio local – APS pour l’architecture digitale, Brunet Ertia et Delta pour les moyens techniques – et incarne un modèle public-privé. « L’innovation principale réside dans cette capacité à évoluer, de manière locale, compétitive mais surtout réplicable. Ce projet se veut être un showroom de ce que SLB peut faire, en le redéployant ailleurs », rappelle Benoît Jauzion, responsable du projet Agile Factory.
Une usine virtuelle. Autre signal fort : l’interconnexion industrielle portée par APS, startup qui développe des solutions digitales pour les industriels. Son concept “d’usine virtuelle”, intitulé Glocal (global et local), relie des PME du territoire pour synchroniser plannings, capacités et traçabilité, ouvrant la voie à des réponses collectives à de très grands marchés, comme l’éolien offshore. Le démonstrateur est déjà déployé au sein d’ITS Fusion, réseau d’entreprises de l’Hérault. « Si tout ce réseau-là ne se met pas en marche en même temps de façon synchronisée et efficace, on aura juste sauvé quelques usines », assure Nicolas Navarro, fondateur d’APS. La solution est en test chez plusieurs industriels locaux, pour un lancement d’ici 1 an.
La compétence reste la clé. Formation d’ingénieurs à Béziers, attractivité des métiers, reconversion et stages immersifs : l’écosystème EDEN structure un volet humain qui ancre cette industrie locale. « Il faut parler aux jeunes mais pas que. Notamment à ceux qui veulent se reconvertir et donner un nouveau souffle à leur vie professionnelle », précise Cyril Crassous, responsable d’agence de Brunet Ertia, à Servian.
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Retours d’expérience. « C’est bien joli d’afficher qu’on a des sujets RSE, mais comment concrètement on l’applique ? », interroge Vincent Hugonnet, directeur marketing du groupe Barba. Hôte de cette édition, le Groupe a ainsi valorisé deux startups, intervenues dans ses locaux. Comme WeClean, et son application qui mesure le pourcentage d’engagement citoyen des collaborateurs et valorise leurs actions dans un rapport d’impact. « Plus de 60 % des collaborateurs du Groupe Barba se sont mobilisés, avec 1,5 tonne de déchets collectés. Barba est devenu la première entreprise certifiée Éco-citoyenne argent », rappelle Benoît Schumann, fondateur. Autre innovation, le bilan carbone, réalisé par TakeAir, en « mode commando » : « Vous êtes issus de KPMG, vous aimez quand c’est efficace et que ça file droit », sourit Frédéric Boubila, cofondateur, à Pouya Tavakoli, responsable financier du groupe Barba. TakeAir a ainsi déployé son bilan carbone non pas en 6 mois, mais en une semaine, pour répondre au label PME+. En a découlé un plan d’action pragmatique pour une réduction annuelle de 2,5 à 3% des émissions jusqu’en 2035.