L’énergie, essentielle à notre quotidien, nécessite une filière industrielle complexe pour son acheminement des centrales aux maisons. Celle-ci garantit la continuité du service mais est confrontée à des difficultés techniques et politiques. Un thème abordé le 21 novembre, lors de la table ronde « La filière industrielle de l’énergie à l’épreuve des transitions nationales et mondiales », avec, comme intervenants, Sébastien Poggio (RTE Méditerranée), Ludovic Tessier (Google Germany) et Sylvain Panas (TotalEnergies Occitanie).

L’énergie, ce n’est pas que l’électricité. « Quand on emploie le terme ‘énergie’ en France, les gens pensent électricité. Or, l’électricité ne correspond qu’à 25 % de l’énergie consommée. 10 % provient des réseaux de chaleur, et 65 % d’énergies fossiles – carburant et gaz », remet en perspective Sylvain Panas (TotalEnergies Occitanie), ingénieur nucléaire de formation, et ex-créateur d’entreprises dans l’efficacité énergétique industrielle (dans des entreprises ayant compté jusqu’à 50 salariés). Il rappelle que « le charbon est la matière première la plus utilisée au monde pour produire de l’électricité. Décarboner l’électricité est un vrai sujet. »
Revenant sur la hausse de la consommation de carburants, observée au 1er semestre 2025 par rapport au 1er semestre 2024 en Occitanie : « On peut l’expliquer par la croissance démographique. Cela signifie aussi que les gens vivent de plus en plus loin de leur lieu de travail. Par ailleurs, les véhicules hybrides se généralisent, or, ils sont plus lourds. Les utilisateurs ne les rechargent pas assez, et roulent à l’essence la plupart du temps. Au lieu de consommer du 8 litres aux 100 km, ils sont plutôt à 12 litres / 100 km. »
« Pour la moitié de l’humanité, la priorité, c’est l’accès à énergie. » La mission de TotalEnergies « est de fournir une énergie fiable, abondante, pas chère et décarbonée », mais « il ne faut pas rêver » à propos de la transition énergétique. « Cela ne se fera pas en 5 mn. Il n’y aura pas de grand soir. » Sylvain Panas rappelle les enjeux à l’échelle mondiale : « 1 milliard d’êtres humains n’ont aucun accès à l’énergie, à l’éducation, aux soins médicaux. Pour 4 des 8 milliards d’êtres humains, ces paramètres sont insuffisants. En clair, pour la moitié de l’humanité, l’enjeu n’est pas la décarbonation, mais le seul accès à l’énergie – et il y a un lien direct entre richesse et accès à l’énergie -, pour faire chauffer de l’eau, un frigo, quelques litres d’essence pour leur mobylette… Et la mauvaise nouvelle, c’est que les énergies fossiles sont les moins chères. TotalEnergies essaie de jouer sur les deux tableaux : investir dans les énergies d’aujourd’hui pour la moitié de l’humanité, et dans les énergies de demain, qui seront décarbonées, pour l’autre moitié. »
Le modèle chinois. « La Chine a réussi son électrification, alors que le pays vient du tout charbon », a rappelé Ludovic Tessier. « Seule la Chine parvient à faire absorber sa hausse de consommation d’énergie par sa hausse de production électrique. La Chine a les matières premières, les batteries, le savoir-faire, la fabrication de panneaux solaires, les véhicules électriques… »
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Dimensionner les réseaux électriques au plus juste. Sébastien Poggio a confié l’importance de « dimensionner les réseaux électriques pour évacuer la production, sans qu’ils soient surdimensionnés pour autant. Il vaut mieux un peu sous-dimensionner le réseau, et quand un maximum de production est atteint, on demande à une production de baisser, quitte à la dédommager. Il faut de plus en plus gérer le réseau électrique de façon intelligente, en introduisant de la probabilité. »
« La hausse des EnR n’absorbe pas la hausse de la consommation d’énergie ». À quelques jours du salon Energaïa, « la hausse des énergies renouvelables en France n’absorbe pas la hausse de la consommation d’énergie, compare Sylvain Panas. Le renouvelable que nous mettons en place ne vient donc pas se substituer au nucléaire, au pétrole et au gaz. Il participe juste à absorber une partie de la consommation d’énergie ».
Le rôle de l’autoconsommation dans l’acceptabilité des projets. Via l’autoconsommation, « les gens comprennent comment fonctionne la production d’énergie renouvelable. Cela fait office de formation et de sensibilisation. Par exemple, via l’autoconsommation, les gens vont comprendre l’intérêt de faire fonctionner leurs machines à midi (heures creuses) plutôt que le soir (heures de pointe) », détaille Sylvain Panas.
RTE : 100 Md€ investis d’ici 2040. Le gestionnaire d’infrastructure prévoit 100 Md€ d’investissement d’ici à 2040 dans les raccordements de réseaux et la résilience de ses infrastructures face aux aléas climatiques. « Les pylônes électriques ont entre 75 et 105 ans. Il faut les renouveler, en prenant en compte les inondations, les épisodes de chaleur de plus en plus fréquents et intenses, les incendies… », détaille Sébastien Poggio. Un débat public (Schéma de développement du réseau) est en cours sur le sujet.
Parmi les enjeux de décarbonation : la récupération de chaleur fatale (produite par un process industriel, et rejetée dans l’atmosphère), par l’industriel lui-même ou dans un réseau de chaleur. Si l’Occitanie « est faiblement émettrice en chaleur fatale, comparée à d’autres régions plus industrielles » (Sylvain Panas), « les futurs data centers, fortement émetteurs de chaleur, pourront faire l’objet de dispositifs de récupération. C’est le cas en Finlande, où des datas centers alimentent des réseaux qui chauffent des villes » (Ludovic Tessier).