
En pleine canicule, et sur une façade méditerranéenne de plus en plus exposée aux sécheresses, l’annonce arrive à contre-courant. Le pôle de compétitivité labellisé eau Aqua-Valley, basé à Montpellier et couvrant les régions Occitanie et Sud, est liquidé ce 10 juillet par le tribunal judiciaire de Montpellier, après qu’un mandataire a été désigné en mars, indique aux Indiscrétions Olivier Sarlat, président d’Aqua-Valley.
C’est la conséquence de coupes budgétaires drastiques du côté de certains partenaires publics. « Entre 2025 et 2027, la part des financements publics serait passée de 450.000 à 72.000 euros, ce qui est impossible pour le fonctionnement d’une association de 10 salariés, dont je salue le travail formidable. Jusqu’au bout, ils n’ont rien lâché, explique-t-il. La Région Sud nous a informés par écrit, fin 2025, ne plus financer du tout Aqua Valley, au lieu de 120.000 euros annuels. Et l’État, qui versait 258.000 euros par an, n’apporte plus aucune garantie pour le futur. Seule la Région Occitanie aura soutenu Aqua-Valley jusqu’à la fin, encore tout récemment », aux côtés d’autres partenaires : Agence de l’Eau, les quatre Départements littoraux de l’Occitanie, Banque des Territoires, Banque Populaire du Sud, Montpellier Méditerranée Métropole et Nîmes Métropole.
Incohérence du désengagement. Alors que, de source proche, les financements publics ont pesé entre 40 % et 50 % du budget total, la fin de ce pôle de compétitivité, né en 2010, est donc devenue « inéluctable », enchaîne Olivier Sarlat, par ailleurs directeur régional Eau de Veolia. S’il dit « respecter » les choix de ses anciens partenaires publics, l’expert souligne l’incohérence de ce désengagement. « De toute évidence, les pôles de compétitivité ne sont plus une priorité pour le gouvernement. Pour le pôle Eau, c’est contradictoire, au regard des impacts du changement climatique dans la moitié Sud du pays. D’un côté, il y a une volonté politique de mettre en avant le sujet de l’eau, qu’il s’agisse du manque ou des excès d’eau. Et, d’un autre côté, les subventions baissent. » 75 % des entreprises adhérentes sont par ailleurs des TPE et des PME, « pour lesquelles Aqua-Valley aura été le moyen de se fédérer, d’échanger, et de se mettre ensemble pour attaquer des marchés ».
Le poids d’Aqua-Valley en cliquant ici
Fort de 250 adhérents, Aqua-Valley a accompagné plus de 100 projets innovants ayant levé au total 140 millions d’euros, par exemple sur la gestion des ressources et la réutilisation des eaux usées traitées. Les entreprises adhérentes regroupent 5.000 salariés, pour 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires cumulés. La partie académique connecte 1.200 chercheurs et plus de 500 doctorants, répartis entre Toulouse, Montpellier et Aix-Marseille, à l’origine « des deux tiers des publications académiques nationales. La connaissance de l’eau en France se trouve ici », martèle Olivier Sarlat.
Après ce naufrage inattendu, une nouvelle structure, plus légère, pourrait reprendre la suite. « La réalité fait face à nous. Il n’est pas possible que rien d’autre ne se construise derrière. Mais qui va le monter ? Je ne sais pas », déclare l’expert, qui se dit « à la disposition du collectif qui voudra rebondir, en ligne avec les Départements littoraux de l’Occitanie (Hérault, Gard, Aude, Pyrénées-Orientales), l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée et la Région Occitanie », détaille-t-il.
La France compte un autre pôle de compétitivité sur l’eau, Aquanova, couvrant la moitié Nord.