Municipales : les candidats à Montpellier se frottent aux attentes des entrepreneurs du Medef

16 février 2026

Transition écologique, fiscalité des entreprises, mobilités, développement économique, sécurité et logement : voici les six thèmes abordés par cinq des candidats aux élections municipales de Montpellier, ce 10 février, lors du Grand Oral organisé par le MEDEF Hérault Montpellier, au Domaine de Verchant, à Castelnau-le-Lez (34), sur la base de son Livre Blanc (à consulter en cliquant ici). Ont répondu présents : Michaël Delafosse, maire (PS) sortant, candidat à sa réélection, Thierry Tsagalos (RN, dissident), Isabelle Perrein (sans étiquette), Jean-Louis Roumégas (Le Printemps montpelliérain) et Nathalie Oziol (LFI).  

Grand Oral du Medef Hérault Montpellier
©Jules Mestre (Les Indiscrétions)

Pour les autres : « soit ils se sont déclarés trop récemment par rapport à l’organisation de cet événement (Philippe Saurel et Rémi Gaillard ont annoncé leur candidature quelques jours avant ce rendez-vous, note), soit ils n’ont pas répondu favorablement à notre invitation », précise Jean-Marc Oluski, président du MEDEF Hérault Montpellier.  
Les Indiscrétions étaient là, tout comme de nombreuses têtes connues de l’économie de Montpellier : Hugues Galambrun (PDG Septeo), André Deljarry et Mohamed Afennich (MBS et CCI), Thierry Iacazio (président de la FPI OM), Samuel Hervé (président MEDEF Occitanie), ou encore la garde rapprochée de Michaël Delafosse : Julie Frêche (conseillère municipale), Sébastien Cote (adjoint à la protection de la population) et Christian Assaf (conseiller municipal). 

Développement économique. Sur fond de recul du marché de l’immobilier d’entreprise et du foncier commercialisé, la question du dynamisme territorial s’est invitée au débat.  
Michaël Delafosse fait du développement économique « la priorité du prochain mandat », avec un objectif de 30.000 emplois supplémentaires et la poursuite de filières identifiées (énergies renouvelables, MedVallée, French Tech, tourisme, art de vivre). Il met en avant un « welcome package » pour attirer les entreprises (lycée international, services aux familles, bail réel solidaire pour les entreprises) et un accompagnement à l’internationalisation. 
Nathalie Oziol met en garde contre une attractivité « de façade » fondée sur la qualité de vie, qui masquerait « les réalités économiques et sociales » : explosion des loyers commerciaux, spéculation immobilière et concurrence qu’elle juge « déloyale » fragiliseraient les TPE-PME, au profit des grandes enseignes, laissant des vitrines vides dans certains quartiers.  
Thierry Tsagalos défend, lui, une stratégie d’équipements structurants – montée au capital de l’aéroport, extension du tramway jusqu’à celui-ci – et la création d’un guichet unique par fusion de services pour simplifier les démarches des entreprises. Il propose également des quotas de foncier économique dans chaque ZAC, une prospection internationale mutualisée et un renforcement de l’agence de développement économique, dans une logique d’alliance élargie de Perpignan à Marseille. Jean-Louis Roumégas appelle à un territoire « équilibré », à davantage de transparence dans la mobilisation du foncier et à une commande publique plus accessible aux PME. Il propose aussi une banque des stages et de l’alternance pour favoriser l’emploi des jeunes et soutenir l’économie locale « plutôt que la rente ». Isabelle Perrein, enfin, conditionne l’attractivité à une ville « sécurisée, propre, accessible et tournée vers l’international », avec une simplification administrative accrue et un engagement renforcé en direction de la jeunesse.  

Je lis tous les sujets abordés ici 

Fiscalité. Point très attendu par les chefs d’entreprises présents, le MEDEF rappelle que la fiscalité atteint aujourd’hui 1.712 € par salarié sur le territoire. Michaël Delafosse s’engage à conserver un taux de CFE stable « à 36,5 % », rappelant que cette fiscalité a permis de connecter la gare sud de France, de construire la ligne 5 de tramway et de desservir la ZAC Millénaire.  
Jean-Louis Roumégas ne souhaite pas non plus augmenter la fiscalité : « On veut assurer une fiscalité visible. Les habitants n’ont pas nécessairement le retour sur la fiscalité. La TEOM est injuste, et nous la remplacerons par une redevance ». 
Isabelle Perrein ne souhaite pas augmenter les impôts de son côté et déplore une TEOM qui augmenter malgré le non-ramassage des déchets.  
Nathalie Oziol parle d’une injustice fiscale : « Plus on est gros, moins on paye d’impôt. Les TPE et PME versent 23 % de leur bénéfice déclaré, contre 18 % pour les grosses. De la même manière, les CIR, les CICE ont été capté à 50 % par les grosses entreprises. Je ferai en sorte de flécher les aides publiques », souffle-t-elle.  
Enfin, Thierry Tsagalos propose de supprimer la taxe TEOM si le service n’est pas rendu. « Nous voulons un moratoire sur les entreprises du centre-ville qui ont suffisamment été fragilisées », plaide-t-il.  

Sécurité. 87 % des répondants au Livre Blanc estiment que la sécurité impacte l’activité de leur entreprise. Jean-Louis Roumégas souhaite une police municipale de proximité « avec 7 antennes de quartier, 24h sur 24, avec de la prévention, je pense à l’éclairage, au cheminement, aux parkings. Et les points noirs à traiter : zones sombres, un comité de zone en matière de sécurité ».  
Isabelle Perrein veut 400 policiers et 1.100 caméras « minimum ». Elle veut identifier des personnes dans chaque quartier, « commerçants, présidents d’association », pour « faire remonter ce qu’il se passe ». Elle déplore aussi un manque d’outils administratifs : « Quand on ferme un commerce pour narcotrafic, il ne ferme que 10 jours. Il ne devrait jamais rouvrir. » Nathalie Oziol penche plutôt pour un changement de paradigme : « Les opérations place nette n’ont servi à rien, tout comme la vidéosurveillance. Il faut changer de logiciel ». Thierry Tsagalos souhaite 600 policiers municipaux pour 1.500 caméras, le candidat veut s’aligner avec Béziers et Cannes sur ce domaine. Enfin, Michaël Delafosse rappelle la création de la police municipale des transports et le bouton SOS dans les transports.  

Logement. Sujet brûlant pour le tissu économique, il demeure un problème pour 64 % des collaborateurs interrogés, dont 90 % évoquent des difficultés très régulières, au point d’en faire l’un des principaux freins à l’attractivité et à la création d’emplois. Thierry Tsagalos alerte sur une tension extrême : « 70 dossiers pour un seul logement, nos étudiants restent sur le carreau. » Il plaide pour la construction de logements étudiants afin de « libérer le centre-ville pour les actifs ». Michaël Delafosse replace la crise dans un contexte plus large, la qualifiant d’« européenne, dure, violente », et défend son « choc de l’offre » impulsé en 2022 via Altémed. Favorable à l’encadrement des loyers, il met en avant les opérations de réinvestissement (départ d’Union Matériaux à Cambacérès, transformation du site Groupama sur l’îlot Chaptal) et l’effet structurant de la ligne 5 du tramway, tout en appelant à « produire du logement » sans sacrifier « la qualité architecturale ni la qualité de vie ».  
Jean-Louis Roumégas élargit le débat au sans-abrisme, qu’il veut « éradiquer » en sollicitant l’État, soulignant qu’« on ne peut pas accepter que des SDF dorment devant les vitrines », et propose un office du logement pour sécuriser loyers et relations entre propriétaires et locataires.  
Isabelle Perrein pointe un effondrement des mises en chantier, passées selon elle de 4.000 en 2020 à 500 en 2025, et ambitionne de faire baisser les prix de 30 % pour faciliter l’accession des classes moyennes, notamment via la location-accession, tout en dénonçant un encadrement des loyers qu’elle juge pénalisant. Nathalie Oziol, enfin, défend un plan d’urgence face à la forte demande de logements sociaux, avec mise à l’abri et réquisition des logements vacants.  

Transition écologique. Chaque point de l’oral est abordé par une statistique en relief établie par le Livre Blanc du MEDEF : 12 % des répondants estiment que la transition écologique est bien accompagnée par les politiques, quant 50 % répondent partiellement.  
Au cœur du sujet : la taxe d’enlèvement des ordures ménagères, toujours prélevée malgré une suspension de la collecte des déchets. « Nous voudrions étendre le réseau de chaleur aux entreprises. Contre la transition écologique punitive, nous voulons l’accompagner avec un guichet unique. On s’oppose à l’incinérateur plastique de Montpellier (CSR) », entame Thierry Tsagalos, candidat RN-dissident. Pour Michaël Delafosse, maire (PS) de Montpellier candidat à sa réélection, « la transition écologique est indispensable. Après le choc énergétique, j’ai donné l’objectif de tripler notre production locale d’électricité ». Pour Jean-Louis Roumégas, candidat du Printemps montpelliérain, cette transition passe par une « rupture » : « La Ville et la Métropole sont dans une course en avant vers la mégalopole. La marche vers la mer n’a plus de sens. Arrêtons d’avoir une vision de travaux permanents, et s’employer à la création d’une usine photovoltaïque ». Isabelle Perrein, candidat sans étiquette souhaite installer des data centers dans les ZAC de la Ville.  
Également contre le CSR, « je pense qu’il faut s’inspirer des pays du nord de l’Europe. On peut traiter 80 % de nos déchets autrement, en investissant sur les 4 premières années du mandat dans du matériel », explique-t-elle. Enfin, Nathalie Oziol, candidat La France Insoumise, plaide pour une « écologie populaire » : « Je ne veux pas d’une écologie à deux vitesses, avec d’un côté celles et ceux qui peuvent encaisser des contraintes, et de l’autre, des ménages qui souffrent ». Elle estime un besoin de convention populaire sur les déchets, en se questionnant sur le nombre de points de recyclage, une régie publique locale de gestion de déchets, une offre d’électricité.  

Mobilités.  Michaël Delafosse met en avant les grands projets structurants : ligne à grande vitesse Montpellier-Béziers pour augmenter la cadence des trains, COM annoncé pour 2030 avec financement sécurisé par les péages, investissements massifs dans les mobilités et extension du tramway au-delà de la métropole afin d’offrir des alternatives aux salariés. 
Isabelle Perrein estime qu’« on ne peut pas parler mobilités sans véhicule » et veut redonner de la place à la voiture en rouvrant certains axes, en fluidifiant le trafic par de nouveaux ouvrages, une sortie d’autoroute à Cambacérès et un anneau de circulation facilitant l’accès au centre-ville. Elle propose également un système de lecture de plaques pour réguler les accès et revoir le stationnement payant. Nathalie Oziol appelle à « partir des besoins » des habitants, pointant un déficit d’offre et de fréquence des transports en commun, notamment à l’ouest de la métropole, et une intermodalité insuffisamment pensée. Elle défend le renforcement des lignes de bus et une réflexion autour de l’étoile ferroviaire, dans un contexte d’urgence climatique.  
Thierry Tsagalos insiste sur le stationnement comme « sujet économique », évoquant des baisses de chiffre d’affaires de 40 à 50 % pour certains commerces du centre-ville. Il propose un pass dédié aux artisans avec des créneaux réservés, la réouverture partielle du tunnel de la Comédie, la mise à double sens de l’entrée du parking Gambetta depuis Saint-Louis.  
Jean-Louis Roumégas, enfin, souligne l’enjeu économique de l’accessibilité du centre-ville et propose d’élargir l’offre de transports avec les collectivités voisines, comme le Pays de l’Or, via une régie commune garantissant une « facture juste ». Il suggère aussi que les salariés utilisant les parkings d’échange puissent bénéficier d’un accès gratuit au réseau, afin que les entreprises contributrices du versement transport en voient les retombées pour leurs employés.  

Trois minutes pour conclure. Michaël Delafosse présente le scrutin comme « le temps des choix », revendiquant un nouveau mandat « fort d’une expérience acquise en cinq ans et neuf mois », qui l’aurait rendu « plus efficace » dans l’action publique. Il met en avant les investissements engagés pour « rattraper le retard », une « nouvelle gouvernance » rompant avec « la guerre des tranchées », et la création d’outils comme l’agence des transitions pour structurer le dialogue.  
Saluant les coopérations territoriales à venir, notamment autour de la friche de Frontignan, il appelle à « continuer à projeter le territoire » en s’appuyant sur les universités, la recherche et l’innovation montpelliéraine.  
Jean-Louis Roumégas dénonce « un territoire verrouillé » par des outils jugés opaques et le « copinage », plaidant pour davantage de transparence et de co-construction avec les acteurs économiques. Refusant le « greenwashing », il défend une transition écologique ancrée dans l’économie réelle, la relocalisation et des politiques publiques recentrées sur les besoins concrets des habitants et des entreprises. Isabelle Perrein met en avant son profil « jamais encarté », affirmant ne pas vouloir faire carrière en politique et proposer une ville bâtie « avec les entreprises », tournée vers « l’excellence économique, éducative et sociale », valorisant le travail et l’audace. Nathalie Oziol pointe un « manque d’anticipation » qui fragiliserait les entreprises lors des crises, citant l’exemple de l’énergie ou de la rénovation. Elle appelle à répondre à « l’urgence sociale » et à engager une « bifurcation écologique et sociale », en renforçant notamment les partenariats pour la jeunesse et en conditionnant les aides publiques à des engagements précis des entreprises. Enfin, Thierry Tsagalos articule son projet autour de la sécurité, de la liberté d’entreprendre et d’une « ville fluide », tout en alertant sur le niveau de la dette municipale.  

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