On s’en fout

22 juin 2026

La presse écrite en 2026 va-t-elle vivre ce qu’a enduré la sidérurgie lorraine dans les années 80 ? Les plans sociaux se multiplient, dans des rédactions déjà réduites : La Tribune, Challenges, Centre-France, Bayard, groupe Ebra (Le Dauphiné Libéré, Le Républicain lorrain, L’Est républicain)… Depuis le début de l’année, plus de 1.000 emplois sont menacés de disparition. Le 18 juin, des syndicats de journalistes ont manifesté – dans une relative indifférence, l’honnêteté étant complémentaire de la tristesse – à Paris « pour combattre les dangers qui menacent l’information et défendre une information de qualité ». Vaste programme, qui ne devrait guère mobiliser les candidats au fauteuil de roi de France pour le CDD 2027-2032.

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Le modèle économique de la presse est clairement de plus en plus fragile, et ce de plus en plus vite, pour des raisons connues et dont nous sommes collectivement responsables : baisse de la diffusion et des revenus publicitaires, vampirisation des contenus par les plateformes numériques, accélération des changements dans la façon de consommer l’information via les réseaux sociaux, les vidéos courtes et les smartphones…
Côté actionnaires des groupes de presse, l’arrivée de l’IA semble néanmoins un motif facile pour justifier de telles coupes. Je ne crois guère en ce nouveau Dieu IA, qui rédigerait tout à la place d’humains, devenus inutiles du jour au lendemain. Le bon usage de l’IA, en partie, bien sûr, pour automatiser du sourcing d’infos ou des rédactions simples, mais certainement pas pour des interviews complexes, des infos de première main, des reportages inédits, des problématiques nouvelles. Mes confrères grévistes ont donc raison de rappeler le rôle central du journalisme dans la vie démocratique. Ils pourraient aussi rappeler que les salaires dans le secteur sont ‘raisonnables’, pour employer une litote. En résumé : au regard de ce que les journalistes rapportent, ils ne coûtent pas bien cher, charges comprises.

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