Fin de la librairie indépendante Sauramps, à Montpellier et Alès, actée par le tribunal de commerce vendredi dernier. On ne s’en fout pas, contrairement au nom de la rubrique. Bon, Sauramps n’est pas un cas isolé : le groupe Nosoli a annoncé la fermeture de 11 des 27 magasins Furet du Nord et Decitre. Et Gibert Joseph (ventes de livres neufs et d’occasion) a été placé en redressement judiciaire le 29 avril. Comme le glas d’une époque révolue, que j’ai connue et aimée, celle de l’amour des livres, des mots, des citations annotées au crayon au fil des pages, du temps long, des plongées silencieuses dans la lecture. Dans ma jeunesse, j’étais même interdit de télé. Pas d’écran, donc. Un autre monde.
Doit-on être tristes de ces librairies à l’agonie ? Oui, parce qu’elles incarnent l’ouverture aux autres, la difficulté de l’abstraction, la subtilité des nuances, la salutaire mise à distance. Non, parce que lorsqu’un commerce ne vend plus ses produits, il est logique qu’il ferme. Et qu’il faut vivre avec son temps, avoir confiance en l’avenir et admettre que les jeunes ont leurs propres codes.
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Doit-on se battre envers et contre tout pour leur survie, sous prétexte qu’une librairie n’est pas un commerce comme un autre ? Après tout, on le dit bien du journalisme : si notre profession venait à disparaître, ou à devenir si difficile à exercer que ses meilleurs éléments renonceraient à poursuivre le sacerdoce – on n’en est plus loin -, qu’adviendrait-il de la démocratie ?
Le sujet est bien plus vaste. Le monde change à une vitesse folle, avec ses opportunités et ses monstres tapis. Face aux écrans totaux, seule une opération d’ampleur peut répondre. L’État, pour l’instant timoré en la matière, porte une responsabilité immense. Car il faut limiter les temps d’écran pour les plus jeunes, sans laisser d’autre choix. Interdire les réseaux sociaux pour les mineurs (ce qui a enfin été voté, en janvier). Instaurer des heures de lecture obligatoire à l’école, en donnant du sens pour faire découvrir le goût des mots. La tâche est vitale, mais ne sera pas traitée par les candidats à la présidentielle de 2027. Qui feront campagne sur TikTok.