On s’en fout

20 juillet 2026

Un petit monument aux morts de la Grande Guerre, d’une bourgade d’Auvergne. Avec, comme des millions d’entre nous, gravé dessus, en lettres dorées sur le noir de la pierre volcanique, le prénom et le nom d’un aïeul. Tombé pour la France, ou tombé pour rien, selon l’angle de vue. Bêtement, après l’armistice du 11 novembre, victime de combats résiduels. Il y a bientôt 108 ans, donc. Si loin et si près.

Et puis, découverte assez incroyable au creux de juillet, dans un carton de la maison familiale nichée face à la place de ce monument aux morts, mon père me montre les lettres manuscrites que cet aïeul écrivait à sa femme. C’est qu’il lui écrivait chaque jour, et longuement. Dans le carton, tout est consigné, répertorié, mois après mois, entre l’été 1914 et l’automne 1918, dans des enveloppes à peine jaunies par le temps.
On a déjà tout dit et tout lu des lettres des Poilus. Mais découvrir une correspondance si régulière, si dense, si bien tournée, d’un Poilu portant son nom, revêt bien sûr une dimension tout à coup singulière. Pour un peu, on en aurait raté des matchs de cette Coupe du monde du fric et des pauses fraîcheur / pub.

Il serait déplacé d’en dire davantage quant à ses lettres, surtout vu la légendaire discrétion auvergnate. Juste, qu’on ne peut être qu’ému du ton attendri des missives. Alors que ses camarades mouraient par dizaines, comme dans la bataille de la Somme – qu’il endura -, lui restait très discret sur l’atrocité des combats. Et préférait s’enquérir de la santé de sa douce restée au pays, avec leurs deux nouveaux-nés. Il faisait des projets d’avenir, et parlait de son retour, comme une obsession de trêve. Jusqu’au bout, y compris sur le lit d’hôpital, dans une lettre datée de la veille de son décès. C’est un témoignage à la fois tragiquement commun, et exceptionnel par la qualité du verbe et la noblesse d’âme. Un monument aux mots, en quelque sorte. 

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