On s’en fout

8 décembre 2025

« Tu mettras du temps à refuser un marché ne correspondant pas à tes prix ou ne rentrant pas dans ton plan de charge. Pour ma part, il m’a fallu six ans », me confiait, en 2019, l’architecte Philippe Rubio, alors que je venais tout juste de me lancer en indépendant.  

En six ans d’entrepreneuriat, ai-je eu peur du lendemain ? Oui. Me suis-je réveillé parfois la nuit, de crainte de voir le marché se retourner et d’avoir du mal à payer mes salariés ? Oui. Ai-je parfois été épuisé au point de m’endormir à 21h, certains soirs ? Oui. Mais ai-je envisagé d’arrêter, par découragement, pour retourner vers le salariat ? Non, et cela ne m’a jamais traversé l’esprit.  
Au fil des saisons, et l’âge aidant, les fantômes ont tendance à s’estomper. Il aura fallu le temps, mais je suppose que c’est un apprentissage partagé par tous les entrepreneurs. La sérénité s’invite timidement. Après tout, ça va, ça vient. Des marchés, on en a gagné, on en a perdu, et ça se conjugue aussi au futur. Paradoxalement, la période actuelle, marquée par une totale instabilité – intérieure et internationale -, n’est pas de nature à nous décourager. Les lignes bougent. Tout va très vite et de plus en plus vite. Tant mieux. Nous sommes toujours en course. Visibles et à l’affût, avec les autres. À notre place, durement gagnée. C’est l’essentiel.  

Le fait d’avoir su constituer à mes côtés une équipe engagée et solide est à la fois le plus précieux des capitaux et une fierté. Encore plus difficile : il faut aussi arriver à sortir de soi-même, et envisager la façon dont les autres acteurs, publics et privés, nous perçoivent globalement. Est-ce que cette image renvoyée au marché correspond à nos valeurs profondes ? Si c’est le cas, cela signifie que nous sommes alignés avec nous-mêmes.  

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