
Par Augustin Valero
L’Occitanie Est ne manque ni d’entreprises industrielles, ni de talents. Mais il lui faut un cap clair pour accroître son attractivité.
Nos échanges réguliers avec les entreprises industrielles et les organisations professionnelles – notamment l’Union des industries et métiers de la métallurgie – le confirment : l’Occitanie Est manque de compétences, ce qui est un frein aujourd’hui son développement.
À Toulouse, la stratégie est lisible. L’aéronautique sert de colonne vertébrale. L’écosystème s’est structuré autour de cette filière.
L’exemple de Paul Boyé, toujours en Occitanie Ouest, qui a su se transformer en misant sur de nouveaux marchés et sur la logistique, montre que la modernisation est possible lorsqu’une filière sait se réinventer.
En Occitanie Est, il manque ce cap. Je formule donc un appel : nous avons besoin d’une stratégie industrielle pour les dix prochaines années ! Une stratégie capable d’identifier deux ou trois grands « porteurs » nouveaux, comme nous l’avions fait autrefois avec IBM et Dell à Montpellier, qui ont lancé la dynamique numérique locale, avec, dans leur sillage, la réussite actuelle de Septeo.
Cette stratégie ne peut réussir que si elle associe tous les acteurs : CCI, branches professionnelles, syndicats patronaux, collectivités, État. Chacun agit aujourd’hui, mais trop souvent dans des directions différentes. Il est temps de coordonner les forces.
Contrairement à certaines idées reçues, l’Occitanie Est possède une industrie variée. Elle s’appuie sur de grands noms : l’agroalimentaire, avec Nestlé, Royal Canin, Haribo, mais aussi Cémoi à Perpignan ou Roquefort (Lactalis) en Aveyron ; la chimie, avec Sanofi Aramon ; le nucléaire ; le textile-habillement ; la construction industrielle, avec KP1 dans le Gard ; l’imprimerie, secteur trop souvent sous-estimé alors qu’Exaprintillustre parfaitement son potentiel.
Le territoire compte aussi de belles entreprises innovantes : Genvia dans l’hydrogène décarboné, les acteurs de la robotique médicale comme Zimmer Biomet ou Quantum Surgical, mais aussi des pépites plus discrètes, comme L’Arsoie à Sumène.
Le rôle central du Port de Sète
Le port de commerce de Sète joue un rôle majeur et trop peu reconnu. Sa dimension logistique, ses connexions fluviales et ferroviaires – comme en atteste l’inauguration, le 25 novembre, de la nouvelle plateforme ferroviaire par Jean Castex, PDG de la SNCF et Carole Delga, présidente de la Région Occitanie -, et les 1.000 emplois qu’il représente en font un atout rare dans la région. Autour de lui, l’agroalimentaire – à commencer par Saipol- constitue un socle industriel robuste qui structure un véritable écosystème.
Certaines activités attirent davantage que d’autres : l’aéronautique et le spatial gardent une aura considérable. Les énergies renouvelables, elles, recrutent souvent des talents venus d’autres régions, car les projets locaux sont encore insuffisamment nombreux ou trop peu structurants. La vague des éoliennes offshore flottantes, symbolisée par les premiers parcs installés au large de l’Aude et des Pyrénées-Orientales, ou bien la future gigafactory d’électrolyseurs de Genvia à Béziers, pourrait marquer le début d’une nouvelle ère, même si la filière des EnR traverse une zone de turbulences.
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Muscler l’attractivité industrielle
Pour ces projets majeurs, il faut anticiper les compétences, bâtir des partenariats avec les organismes de formation, et structurer des parcours sur plusieurs années. L’industrie ne peut pas fonctionner par à-coups.
Il manque une coordination durable entre les besoins réels des entreprises et les orientations des filières. Aujourd’hui, les réponses sont encore trop ponctuelles, trop dépendantes des cycles.
Le bassin de l’Occitanie Est souffre d’un manque d’attractivité industrielle. Les jeunes diplômés se tournent plus volontiers vers l’informatique, la biotech, la recherche médicale ou la robotique. De grandes écoles existent pourtant – Polytech Montpellier, IMT Mines Alès, l’École supérieure de chimie, ou à Toulouse, l’ISAE et l’INSA. Mais les débouchés industriels locaux manquent de visibilité.
Pour l’instant, le ralentissement général de l’activité industrielle aggrave ce défaut d’attractivité. Il pèse sur les recrutements, réduit les mobilités entrantes et complique les projets de développement.
Trois catégories de métiers sont particulièrement sous tension :
. L’informatique, où la compétition est permanente. Les ingénieurs réseaux, testeurs, développeurs ou analystes sont très courtisés.
. Les ouvriers et techniciens qualifiés, dont la pénurie est désormais structurelle. Ce sont pourtant eux qui conditionnent le fonctionnement quotidien des ateliers.
. Les ingénieurs industriels, difficiles à faire venir, pour plusieurs raisons : coût de l’immobilier, salaires moins élevés qu’en Île-de-France, à Lyon ou en Paca, contraintes de l’emploi du conjoint. Les grands groupes s’en sortent mieux car ils financent parfois déménagements et accompagnement familial.
La marque employeur, un levier vital
Pour une PME locale, séduire un ingénieur exige désormais une réflexion globale : rémunération, mobilité, services offerts au conjoint, perspectives d’évolution. Il faut accepter de s’aligner, au moins partiellement, sur les standards de toulousains, lyonnais ou sur ceux de la région Paca.
Chez Florian Mantione Institut RH, dans nos missions RH, nous insistons sur la qualité de vie au travail, la marque employeur, la clarté des trajectoires professionnelles, avec une variété dans les postes, de l’autonomie et des projets qualitatifs. Les salariés ne veulent plus d’un management à l’ancienne. Ils demandent aux employeurs : « Quels sont vos projets ? Où en serai-je dans quatre ans ? Qu’apprendrai-je chez vous ? »
Les PME qui souhaitent rivaliser avec les grands groupes doivent ainsi intégrer ces attentes dans leur stratégie : attirer, fidéliser, donner de la visibilité.
Les difficultés se corsent lorsqu’une entreprise recherche dans l’urgence des profils très spécialisés. Dans l’informatique comme dans l’ingénierie industrielle, celle ou celui qui n’a pas anticipé entre immédiatement en concurrence directe avec les autres régions.
Si nous définissons collectivement une stratégie lisible, si nous coordonnons les filières, si nous anticipons les compétences, alors nous pourrons attirer de nouveaux projets structurants et bâtir une industrie plus forte. Nous avons su le faire, il y a une trentaine d’années, avec IBM et Dell. Nous pouvons le refaire !
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