Environ 300 décideurs économiques, politiques et institutionnels rassemblés le 27 mai à la Clinique Saint-Jean, dont Lamine Gharbi (Cap Santé et FHP), Anne Ferrer (CHU de Montpellier), Michaël Delafosse (maire de Montpellier), Kléber Mesquida (Département de l’Hérault)…

À dix mois de l’élection présidentielle, c’est l’heure des cartes postales pour François Hollande, ex-Président (2012-2017) et actuel député PS de la Corrèze.
« Dans un mandat présidentiel, rien ne se passe jamais comme prévu. Lors de mon élection en 2012, je ne pensais pas envoyer des troupes françaises au Mali, en Syrie et en Irak. Je ne pensais pas que la menace terroriste serait à une telle ampleur, même si je la savais présente », déclare-t-il, interrogé par le journaliste politique David Revault d’Allonnes, dans le cadre d’une soirée-débat organisée par le Cercle Mozart (président : Jean-Marc Maillot) à la Clinique Saint-Jean Sud de France (Cap Santé, président : Lamine Gharbi).
International : « Le monde d’aujourd’hui est plus incertain ». Répondant à David Revault d’Allonnes sur les désordres du monde, et le fait que « le droit de la force a remplacé la force du droit », pour plagier notre confrère, l’ex-Président à répondu : « J’ai affronté un monde déjà dangereux. Mais celui que nous connaissons aujourd’hui est lourd de menaces beaucoup plus grandes que celles que j’ai affrontées. Le monde qui était le mien, jusqu’en 2017, c’est une Russie qui n’a pas encore envahi l’Ukraine, même s’il a déjà commis un acte de violation du droit international avec la Crimée et avec l’occupation par des séparatistes de l’est de l’Ukraine ; Nous avions l’Iran, déjà menaçant, mais nous avions permis de régler la question de l’accès au nucléaire par un accord, en 2015, avec un système de contrôle sur le nucléaire militaire ; Au Moyen-Orient, la situation était certes tendue, mais la solution de deux États semblait encore possible, avec Israël et la Palestine. J’ajoute que la Chine était certes une puissance montante, mais pas à ce point arrogante, notamment sur le plan militaire, à Taïwan et au-delà. Le monde dans lequel nous sommes est d’une nature hautement plus dangereuse. Au Moyen-Orient, on est dans une situation ‘ni guerre ni paix’, dont on voit bien qu’elle va être durable. Nous sommes entrés dans un monde qui va être de plus en plus instable et dangereux, et dont l’Europe peut être la principale victime. La Russie, les États-Unis et la Chine se tournent vers notre continent pour affaiblir ce que nous sommes, en tant que pays attaché à la démocratie, au droit, aux libertés, affaiblir notre économie (droit de douane, profusion de pays arrivant de Chine, IA via les géants de la tech…) et notre confiance en notre propre avenir. L’élection de 2027 n’est à ce titre pas une élection comme les autres. Le futur président devra bien sûr défendre les intérêts de la France, mais aussi porter une confiance pour l’Europe. »

Parler aux prédateurs. « Les prédateurs, tels que Poutine, Trump ou Xi Jinping, apprécient plutôt les prédateurs que les démocrates. Un prédateur comprend un autre prédateur. Trump et Poutine se parlent presque sans traduction, par un langage corporel. Xi Jinping, qui ne parle jamais, comprend l’intérêt de jouer avec les prédateurs, dont il est. Ce que doivent faire les dirigeants européens, qui ne sont pas des prédateurs, c’est de s’installer dans un rapport de force. Ce que les démocrates européens ont beaucoup de mal à faire. Or, c’est la seule condition pour être respectée par des prédateurs. Quand j’ai annulé une livraison d’armes (affaire des Mistral) à la Russie, alors que les inscriptions en cyrillique étaient posées sur le matériel, j’ai dû annoncer la décision à Poutine. Il a répondu : ‘ça va vous coûter de l’argent, dans le cadre de ce contrat, et pour d’autres contrats, car la parole de la France sera froissée.’ Mais il a compris le rapport de force. Penser qu’on va séduire un prédateur, c’est lui offrir un terrain sur lequel il veut agir. Dans notre manière de vivre, nous préférons le dialogue, la raison, l’argumentation, pensant que l’interlocuteur va comprendre notre langage. Mais non, il ne comprend pas. Il est sur une autre logique.Personne n’est fou. Chacun a juste sa rationalité, différente de la nôtre.C’est douloureux, ce n’est pas le multilatéralisme auquel nous avons été habitués, cela peut avoir des conséquences défavorables notamment sur le plan économique, mais il faut l’admettre. »
Utilité des crises. En matière de dérapage des déficits publics, « chaque fois qu’il y a une crise, la France obtient l’indulgence de ses partenaires européens. De ce point de vue, nous sommes servis par la succession des crises : subprimes, zone euro, puis, plus récemment, la crise sanitaire – justifiant la politique du ‘Quoiqu’il en coûte’ – puis la guerre au Moyen-Orient, qui devrait alléger la pression de Bruxelles. Mais ce qui devient insupportable, c’est le niveau des taux d’intérêt de la dette. Quand le prêteur exige des taux d’intérêt plus élevés, la charge d’intérêt devient chaque année de plus en plus lourde. C’était 40 Md€ par an à mon départ de l’Élysée en 2012, ça sera 80 Md€ en 2027 »
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Vote utile. Pour la présidentielle 2027 française, il faudra, selon le socialiste, « prendre la personne qui amène de la crédibilité, à même de rassurer (…). Dans le moment qu’on vit, il faut être solide. L’expérience sera un atout dans cette élection. Des profils peuvent être plus rassurants que d’autres ».
Il se dit persuadé que le phénomène de vote utile jouera en défaveur de Mélenchon (LFI) au 1er tour. « Il est probable que le RN sera au 2e tour, mais leur victoire n’est pas acquise. Le phénomène de vote utile sera donc très présent dès le 1er tour, pour un candidat à même de battre Bardella ou Le Pen. Ce qui n’est pas le cas de Mélenchon », avance-t-il à l’endroit de son ancien camarade socialiste.
Jamais à court de bons mots, il a coupé David Revault d’Allonnes, lorsque celui-ci commençait une question par « Vous qui connaissez très bien Emmanuel Macron, il a été votre secrétaire général à l’Élysée… », par un tonitruant : « Pas assez !Pas assez ! » Allusion à la candidature express de son ex-ministre de l’Économie en 2016, préparée secrètement, et dont l’efficacité a poussé Hollande à ne pas pouvoir se représenter.
« Remettre du lien, partout ». Selon lui, l’élection de 2027 se jouera sur « une dizaine de mesures, pas plus : la sécurité intérieure et extérieure, l’immigration, l’éducation, la santé, l’économie – sans économie vaillante, difficile de trouver des recettes pour financer les dépenses publiques et assurer des contributions pour la Sécurité sociale -, le rôle de l’Etat face à des IA développées par les géants de la tech extra-européens. Il faut aller à l’essentiel, pour la campagne qui vient ». Il estime qu’il faut « remettre du lien, partout », dans une société « de plus en plus individualisée, avec un risque accru de divisions ».
Très critique à l’égard de Macron, il estime son bilan politique « beaucoup plus lourd que le bilan économique et social. Sur son 2e quinquennat, il n’y a pas de projet, pas de doctrine, et donc pas de résultat. D’où l’échec de la dissolution de 2024, qu’il n’est pas seul à porter. À la fin, il y a un risque sérieux pour la démocratie française. Il a été élu en 2017 sur fond de dégagisme des partis traditionnels. Les Français l’ont approuvé. Mais il ne s’est pas reconstitué un autre système politique, comme l’avait fait le parti gaulliste, ce qui a provoqué la montée des deux extrêmes ».
Il lui reconnaît, pendant le premier mandat, d’avoir obtenu des Allemands « ce que moi-même n’avais pas pu obtenir, c’est-à-dire non pas de financer ensemble nos dettes publiques – demander à un Allemand de financer la dette publique française, ce n’est pas possible -, mais au moins, la Commission européenne a pu emprunter et financer des programmes ».
Interrogé par Loïc Douyère (Florian Mantione Institut RH) sur la difficile conciliation entre performance économique et modèle social, Hollande s’en sort par une pirouette : « Il va y avoir de moins en moins de jeunes sur le marché du travail. La ressource humaine va donc être plus rare. Il faut investir dans le social, la formation, les compétences, les mobilités, ce qui va servir la performance économique. Il est primordial de former mieux, d’insérer plus vite les jeunes, car on va vivre des pénuries de main-d’œuvre. »
Opposé à la taxe Zucman (« si ça suffisait à redresser les finances publiques, ça serait tellement simple »), il dit préférer, pour relancer la confiance des entreprises, un mécanisme de type crédit d’impôt plutôt que des allégements de charges. « Macron a supprimé mon mécanisme CICE par des exonérations de cotisations sociales. C’est un système plus compliqué, et une trappe à bas salaires. Un crédit d’impôt, c’est plus simple et lisible, avec des contreparties », a-t-il détaillé devant 300 décideurs.