Les Indiscrétions ont écumé les salons et allées de Roland Garros, les 26 et 27 août, à l’occasion de la REF du Medef. Ce qu’il faut en retenir.

20.000 entrepreneurs se sont réunis Porte d’Auteuil (Paris) à Roland Garros : le Medef a voulu frapper fort et marquer les esprits, à l’aube d’une année incertaine. L’édition 2026 s’est d’ailleurs placée sous le signe du « Courage ». Le Medef Occitanie a affiché une présence record, avec 380 participants, dont certains départements rendus identifiables – code couleur vert pour les quelque 52 Gersois, par exemple.
À l’issue d’une grande consultation (66.000 réponses à un questionnaire), Patrick Martin, président du mouvement patronal, a dévoilé le 26 août, sur le court Philippe-Chatrier, les grandes tendances, jugées « accablantes ». « J’en retiens trois : 82 % des patrons sont inquiets de la politique économique après les élections ; 66 % craignent des difficultés si perdure l’actuel statuquo, complètement bancal ; Plus inquiétant encore, seulement 20 % des répondants encouragent les jeunes à créer une entreprise en France, alors que deux fois plus leur conseillent de le faire à l’étranger ! »
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« La France ne s’adaptera pas à la bonne vitesse si tout remonte à l’État. La méthode, c’est anticiper et faire confiance aux partenaires sociaux et aux collectivités. Sauver l’industrie européenne devient un impératif », estime la députée et ex-Première ministre Élisabeth Borne. Malgré l’échec de la réforme des retraites, elle a défendu son bilan, et jugé possible le fait de réformer le pays. « Nous avons su le faire : réforme de l’apprentissage, du code du travail, transformation du CICE en baisse de charges, réforme de la SNCF… Il faut continuer. Si on attend d’être au pied du mur, nous aurons moins de temps, d’argent et de choix. »
Sébastien Martin, ministre délégué à l’Industrie : « Je mène le combat du Made In Europe, à travers l’Industrial Accelerator Act, à l’intérieur duquel je veille à défendre les intérêts de la France. Nous sommes prêts à sceller des partenariats avec des pays respectant les mêmes règles que nous, et avec des accords de réciprocité. Le monde a changé, avec une surcapacité chinoise qui se déverse en Europe, et les Etats-Unis qui se ferment. Dans ce contexte, il faut s’affirmer. Mario Draghi insiste sur l’innovation, la dérégulation mais aussi la préférence européenne. Nous avons tendance à oublier ce 3e axe du rapport Draghi. Le ‘Made in Europe’ doit soutenir les usines européennes, les salariés et les ouvriers européens. »
« À Bruxelles, les entreprises sont davantage entendues. Business Europe a désormais une réunion personnelle avec Ursula von der Leyen une fois par trimestre. C’était encore impossible il y a trois ans, avec la von der Leyen 1.0 », a ironisé le Polonais Maciej Witucki, nouveau président de Business Europe. Avant d’ajouter : « Il faut faire plus de lobbying, comme le font les ONG environnementales par exemple. Les mouvements patronaux ont été trop complaisants dans le passé. L’Europe doit arrêter d’être dupe avec les Chinois. À un moment donné, il faudra peut-être que les patrons aillent dans la rue pour se faire entendre ! »
« L’industrie française est moribonde. Les difficultés, nous y sommes habitués, c’est notre métier. Mais ce qui est très difficile, c’est d’être empêché dans l’action. Des tonnes de réglementations s’empilent. Ce que je préconise : pour toute nouvelle règle, il faut en supprimer deux pour pouvoir la voter (applaudissements nourris dans les gradins) », déclare Sylvie Bernard-Grandjean (Redex Group).
Ramon Fernandez (CMA CGM) : « Dans notre secteur, l’armement naval, on compte quatre européens dans les cinq leaders mondiaux. Aujourd’hui, la part de la Chine dans les exportations par conteneurs n’a jamais été aussi élevée (38 %, 5 % de plus qu’il y a 5 ans), l’Europe fait chemin inverse (10 %, 3 points de moins en 5 ans). Et la Chine progresse encore. Les choses vont très vite ailleurs. Par exemple, l’Inde a l’ambition de devenir une puissance maritime, ce qu’elle n’est pas du tout aujourd’hui. En 6 mois, un écosystème a été créé, pour que l’on puisse passer une commande d’un porte-conteneurs battant pavillon indien, dans seulement quelques années. À Bruxelles, nous sentons certes un nouveau souffle, de bonnes idées, une stratégie portuaire (et les ports sont vitaux) et maritime. La boîte à outils est extraordinaire, mais nous n’arrivons pas à accélérer. C’est tout le sens du rapport Draghi. »
Didier Katzenmayer (Airbus et UIMM Occitanie) : « Être simple avec les médias » : Les politiques parlent beaucoup, mais les gens n’arrivent pas à comprendre. On a une élite qui utilise un verbatim qui n’est digérable, même par nous, patrons et corps intermédiaires. Nous avons une responsabilité, quand on pratique les médias, c’est d’être simple. » « Il faut faire du gros rouge qui tâche, renchérit Samuel Hervé (Medef Occitanie). Si on commence à parler de CVAE et de surtaxe sur les bénéfices des grands groupes, à la 2e phrase, on perd les concitoyens. »
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Mobilités et transport : « Le sujet des mobilités est fondamental à France Urbaine (dont il est vice-président en charge des Finances), indique Michaël Delafosse lors d’une table ronde sur les mobilités, organisée par le comité des métropoles du Medef. C’est un gisement de décarbonation. »
« Déplafonnement du Versement Mobilités ». « Ce versement nous aide à financer les mobilités, enchaîne-t-il. Il a été déplafonné à Paris et en Ile-de-France, et c’est tant mieux. Nous souhaitons disposer du même levier, pour porter des investissements et développer une offre de transport. Notre pays prend du retard sur ses infrastructures, avec de lourds problèmes de maintenance du côté de la SNCF. Et les retards de trains génèrent des retards de salariés, et fragilisent au final la compétitivité des entreprises. Il n’y a pas de compétitivité économique sans offre de transport performante. Les deux sont liées. »

« Procédure JO pour les sujets d’infrastructures ». Michaël Delafosse fait observer que le chef de l’État « évoque une procédure JO et Notre Dame pour les projets industriels. Il faut qu’il en soit de même pour les sujets d’infrastructures de mobilité. Nous devons avoir une visibilité. Pour maintenir et développer les réseaux, les investissements sont devant nous. » Boris Ravignon (Ardenne Métropole) évoque, comme piste de ressource, « le renouvellement des concessions autoroutières. D’autres modes de transport pourraient y être intégrés, comme les bus à haut niveau de services ».
« Les entreprises participent au Versement Mobilités, mais ont le sentiment d’être noyées dans la masse, et de ne pas avoir grand-chose à dire. Nous voudrions participer à la gouvernance », observe Jean-Marc Oluski, président du Medef Hérault et du comité des métropoles du Medef. Véronique Sarselli (Métropole de Lyon / Sytral) prône « un rapprochement entre le Medef et France Urbaine. Les entreprises ne refusent pas d’être contributrices. Ce qui est important, c’est la qualité du service, et avoir les bonnes lignes de transport au bon endroit. Dans le métro de Lyon, il y a eu des erreurs sur la desserte des zones d’activités. Nous devons admettre des erreurs – la non-prise en compte du besoin de certaines entreprises -, établir une relation de confiance et de travail, en partant du besoin des entreprises. Plus personne ne comprend qu’un système de transport ne soit pas performant, a fortiori dans une situation où la voiture et l’essence coûtent très cher ».