Créations et reprises d’entreprises : cette énergie venue des territoires 

24 novembre 2025

Les Indiscrétions ont assisté aux tables rondes « Entreprenez en Occitanie ! » (réseau Cortex by Ad’Occ – Région Occitanie), au Hup ! d’Alès Myriapolis le 18 novembre et Perpignan (la Maison de ma Région, Centre del Món) le 20 novembre. Des témoignages de terrain, qui insistent sur l’impérieuse nécessité d’être accompagné pour réussir son projet dans un contexte incertain. Un vade-mecum à consommer sans modération. 

photo news 24 nov 2025 - Les indiscretions
©Hubert Vialatte (Les Indiscrétions)

Astucieuse fleuriste. La fleuriste alésienne Élise Jeaunau (Myosotis Flora), qui a passé un BTS Communication avant de se reconvertir dans l’art floral, a repris début 2022 l’affaire où elle était salariée. Elle a su transférer ses compétences de communicante dans son nouveau métier, en contactant l’agence locale de Midi Libre pour suggérer un article. Non pas sous l’angle de la reprise d’activité, mais sur des valeurs qui lui sont chères : « L’approvisionnement locale en fleurs, la mise en place d’une démarche environnementale… »  

Montage juridique. Yannick Hersche, qui a repris Natura Lodge (hébergements insolites, Barjac – 30) en mars 2024 avec son épouse, souhaitait reprendre à deux une affaire dans le tourisme, sans salarié, après avoir été « usé » par la gestion des équipes lorsqu’il était à la tête d’une entreprise de nettoyage industriel à Tahiti. Le cabinet spécialisé Kanté l’a aidé à identifier Natura Lodge à Barjac. « Il ne faut pas se tromper dans une reprise d’entreprise. Il vaut mieux prendre son temps. Avant d’avancer, il faut bien construire le projet, et prendre des conseils », insiste-t-il. Un courtier l’a aiguillé vers un changement des statuts juridiques, « avec la création d’une SARL regroupant le fonds de commerce et l’immobilier. C’est la meilleure option ». La CCI Gard l’a mis en relation avec Initiative Gard pour l’obtention d’un prêt à taux zéro. « Je ne pensais pas en avoir besoin, mais finalement, sans ce prêt, les choses auraient été plus compliquées, car des frais non prévus sont apparus. » L’organisme consulaire a aussi été utile pour cibler l’affaire, en fonction de l’apport.  

Reprendre l’entreprise… de ses beaux-parents. Priscilla Brini a repris en 2021 Net Services, PME spécialisée dans la propreté et le nettoyage industriel basée à Alès, après de… ses beaux-parents. Elle a bénéficié au Pass Rebond Occitanie (Région Occitanie).  
« Mon mari n’était pas intéressé, ayant vécu dans son enfance les conséquences du rythme de travail de ses parents », confie-t-elle. Une transaction à la dimension familiale très particulière. « Mon beau-père demandait beaucoup plus que la valeur réelle de l’entreprise, qui était déficitaire. La valeur d’une entreprise, ce n’est pas la rémunération du dirigeant multipliée par sept ans. Il a fallu l’intervention de tiers experts, notamment les banques et la Chambre de Métiers et de l’Artisanat, pour aboutir à un accord sur le prix. Cette période de négociation, qui a duré plusieurs mois, a été difficile à négocier. D’autant plus que j’étais en même temps salariée de l’entreprise. Le soutien de mon mari a été déterminant. Il n’a pas pris parti pour ses parents », confie cette mère de famille de 3 enfants, dont deux de 6 et 3 ans. Ses résolutions pour 2026. « Essayer de déléguer un peu, de prendre du temps pour moi. Je vois peu mes enfants, et j’ai conscience de perdre des années. Il ne sert à rien de s’épuiser au travail. On n’est pas plus performant, bien au contraire, on risque de ne plus voir les possibilités », explique Priscilla Brini.  
En cinq ans, la PME est passée de 13 à 28 salariés (temps partiels) et de 350 k€ à 750 k€ de CA. 

AdOcc entreprendre Perpignan - Les indiscretions
©Hubert Vialatte (Les Indiscrétions)

Marmiton Coopérative des Saveurs, une reprise réussie en Scop. Accompagnée par l’Urscop Pôle Méditerranée (Jean Huet et Céline Gaillard), la reprise, en décembre 2024, de Marmiton (livraison de plats cuisinés dans les Ehpad et les CCAS, siège social à Nîmes, CA : 2 M€) à travers une Scop réunissant 11 des 25 salariés, est une réussite. L’affaire n’était pourtant pas gagnée : il s’agit d’une reprise à la barre du tribunal de commerce, alors que l’entreprise était en redressement judiciaire. « Nous voulions garder l’emploi, une équipe soudée, un savoir-faire forgé depuis 1999 », explique Frédéric Scotto, nouveau co-actionnaire, qui avait été pendant 15 ans salarié en charge de la partie livraison. « Il a fallu aller vite. Des concurrents voulaient se positionner sur le rachat. On a monté le dossier en deux mois. Cela a été très intense », complète Laura Khachatryan, en charge de l’administratif et des RH. Chacun des 11 salariés repreneurs a versé 5 k€. « Ceux qui ne sont pas devenus actionnaires nous ont soutenus dans la démarche, en s’impliquant davantage dans le travail. Même sans rentrer dans la Scop, ils ont été à nos côtés », insiste Frédéric Scotto. Partenaires financeurs : France Active, Crédit Coopératif et Socoden.  

Casiers Locaux Ethiques : distribution des produits locaux 24h/24. Lancé par Natanaël Tortevoie, Casiers Locaux Ethiques (CSE) est un concept de distributeurs automatiques à casiers de produits alimentaires et non alimentaires, disponibles 24h/24, avec l’engagement d’une distribution à moins de 20 km du lieu de production. « Cela vient combler un manque dans le monde agricole. Les agriculteurs ont besoin d’aide pour vendre leur produit et être mis en valeur. Ils sont déjà surchargés de travail », analyse-t-il. Les distributeurs réfrigérés distribuent viandes, poissons, œufs, produits laitiers, huiles, pain, savon, vinaigres… CSE travaille avec 65 producteurs et déploie trois distributeurs dans les Pyrénées-Orientales.  

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Raisonances Cosmétiques : basée à Thuir, cette gamme de cosmétiques naturels utilise du marc de raisin, « connu pour ses propriétés anti-oxydantes pour la peau », glisse Valérie Bannier, professeure des écoles venue à l’entrepreneuriat. Cette fille de distillateur de Cognac, qui « ne voulait pas reprendre l’exploitation familiale mais voulait travailler avec la vigne », insiste sur la qualité de l’accompagnement et l’importance de ne pas rester seul pour réussir son projet : laboratoire collectif monté avec la mairie de Casteil et l’association « Sauvages et Cultivées », coopérative Perspectives pour déléguer les missions administratives, comptabilité, communication et marketing, et se centrer sur son cœur de métier. « C’est un appui très sécurisant. Ils mettent à disposition un numéro de Siret et une structure d’accompagnement. Je ne suis pas toute seule à réfléchir. Ils sont de bon conseil », déclare Valérie Bannier. Ses produits commencent à être distribués en pharmacie, dans des magasins de cosmétiques et aussi « chez des cavistes qui trouvent un intérêt à cette autre exploitation de la vigne ».

Viti-Valorisation : du combustible à barbecue à base de sarments. Faire du commerce à partir d’une ressource gratuite. C’est l’idée maline de Steve Legrand, dirigeant de Viti-Valorisation, une entreprise qui produit des combustibles de barbecue à partir de déchets viticoles. Créée en 2022, la SAS a déjà levé 100 k€ l’an dernier, et est accompagnée par le BIC Plein Sud Entreprises, dirigé par Anne-Sophie Neveu. Une aide précieuse, « qui met en relation avec des experts qualifiés, sur les questions marketing, fiscales, juridiques, commerciales, etc. Cela m’a apporté les bons acteurs pour répondre aux bonnes questions », appuie Steve Legrand. Il cite aussi le décrochage d’un prêt participatif Initiative Eco Solidaire et des aides de Bpifrance (amorçage industriel).  
S’il faut être accompagné, le dirigeant insiste sur l’engagement nécessaire du chef d’entreprise. « Pour le règlement d’une facture qui se faisait attendre depuis plusieurs mois, je me suis déplacé physiquement chez le client, et ai attendu que le patron sorte de son bureau, même si la secrétaire faisait barrage. C’était plus efficace qu’une lettre recommandée », raconte-t-il. Pour sa recherche de locaux, afin de passer au stade industriel, il a trouvé lui-même ses nouveaux locaux, à Montredon-des-Corbières (11), sur… leboncoin. Avant de conclure : « Le temps, l’énergie qu’on y passe, fait que l’on s’attache à son projet. »   

Origines Tissages : une multi-entrepreneuse s’installe à Argelès. Spécialiste du tissage de tissus en matière naturelle (chanvre, laines, lin…) pour les professionnels, Lucile Martin s’implante dans la zone d’activités d’Argelès-sur-Mer. Sommelière de profession, elle s’est reconvertie pendant le Covid. Le projet ne s’est pas concrétisé sans difficulté : gros retard dans la livraison d’une machine italienne, absence de formation dans son secteur – échanges avec France Travail pour créer un circuit de formation en interne. « Mais je me sens à l’aide malgré tout. J’ai déjà créé d’autres entreprises », sourit-elle. Origines Tissages réalise déjà un CA de 100 k€, et a injecté 180 k€ au total pour le lancement de son activité.  
Côté accompagnement, elle cite « Initiative Pays Catalan (14 k€ de prêt d’honneur à taux zéro), l’espace de coworking Le Cap / Pôle entrepreneurial, France Active, Bpifrance Axe Innovation (diagnostic innovation, pour subventionner une partie de l’adaptation du métier à tisser) et les associations Les Cigales et EGEE ». Cette association d’anciens chefs d’entreprises lui a prêté 3 k€ et des experts lui prodiguent des conseils à titre gratuit. « Ils regardent par exemple mon plan de trésorerie. C’est très précieux, car je suis en production, et il est compliqué de jongler entre la fabrication et la gestion. Il est très important de prendre tous les leviers existants mis à disposition. »

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