Pour sa 19e édition, EnerGaïa met l’accent sur l’innovation, dans une période tourmentée pour les EnR. Le 10 et 11 décembre, le Forum attire 560 exposants, 24.000 participants pour 120 tables rondes, conférences et pitchs.

Tripler la production d’ENR et réduire de moitié la consommation d’ici 2050. Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, rappelle l’ambition de la Région, aux côtés d’Agnès Langevine, vice-présidente en charge de l’Urgence climatique, du Pacte vert et de l’Habitat durable : devenir la première région d’Europe à énergie positive à horizon 2050. Cela implique, à terme, un triplement de la production d’énergie décarbonée, et une réduction de moitié de la consommation par habitant. « Nous devons être mobilisés pour cette transition. C’est par la science et le progrès que nous pouvons répondre aux défis actuels et bâtir un nouveau modèle de développement : une production et une croissance durables, et un meilleur partage de la richesse créée », estime-t-elle.

L’acceptabilité des projets ENR dans les territoires. L’acceptabilité a été au cœur des débats. Alors que l’entreprise allemande BayWa r.e. annonce le 5 décembre renoncer à un projet éolien, à Sainte-Colombe-sur-l’Hers, dans la Haute-Vallée de l’Aude, en partie à cause de la mobilisation d’une association, farouchement opposée à ce projet, d’autres entreprises évoquent le repowering comme solution. C’est le cas de Q Energy qui s’apprête à remplacer six de ses éoliennes à Cuxac-Cabardès, également dans l’Aude. L’entreprise prévoit également l’installation de 4 nouvelles éoliennes.
« Il n’y aura pas d’accord de Paris honoré si l’Europe ne s’engage pas dans ce sens », lance Michaël Delafosse, maire (PS) de Montpellier et président de la Métropole de Montpellier, lors de sa prise de parole sur le stand d’Altémed et de 3M. « J’étais au Maroc récemment, et ils ont une politique exemplaire en matière d’EnR : 55 % de leur énergie consommée est renouvelable, et ils visent les 70 % », ajoute-t-il.
Promotion de Henera. L’occasion également pour lui de saluer la deuxième promotion d’Henera, incubateur dédié aux porteurs de projet et aux jeunes sociétés innovantes dans le domaine des énergies décarbonées. Cette année, 4 projets ont été retenus. Parmi eux, ild.is robotics (Barbara Indignoux et Mathieu Lovet-Durbet) développe une solution de protection des actifs photovoltaïques. « Nous allons lancer un prototype en situation réelle à la fin du premier trimestre 2026. L’entreprise n’existe que depuis août 2025 », expliquent-ils. À côté, Colvert développe un système de stockage par batterie. « Notre idée, c’est de valoriser des batteries pour leur offrir une seconde vie, livre Yann Dedouche, dirigeant, aux côtés de Louis Raymond. C’est du stockage comme service : je vends le stockage en énergie, mais pas le conteneur. Nous réutilisons des batteries de véhicules électriques ». L’entreprise Look Up Geoscience (dirigeants : Sébastien Lacaze et Ehssan Mesbahi), développe quant à elle un logiciel pour faciliter l’accès à la connaissance du sous-sol pour l’exploration des énergies bas carbone. « Nous sommes une dizaine à travailler sur ce projet : des développeurs, des scientifiques, explique Fabien Cubizolle, géophysicien. Nous espérons sortir une V1 du logiciel début 2026 ». L’entreprise Anirion (Bertrand Montagne et Rohirkumar Jadhav) est la dernière sélectionnée pour ces neufs mois d’accompagnement au sein d’Henera. Elle conçoit des films photovoltaïques ultra-fins ayant les mêmes performances que les panneaux classiques.
Bientôt une usine de production de e-kerosène à Laudun L’Ardoise ? L’appel à manifestation d’intérêt en cours, lancé par le Gard Rhodanien en lien avec Ad’Occ, prévoit la réhabilitation de la friche industrielle d’Arcelor-Mittal, à Laudun-L’Ardoise, au bord du Rhône. « Il y a une délibération début 2026. L’idée de notre projet serait de produire du e-kerosène, à partir de l’électrolyse de l’eau. Plus globalement, le projet verrait arriver sur place une usine, un peu plus petite que celle que nous possédons déjà au Maroc. Pour le moment, nous n’en sommes qu’à la phase 2 de l’appel à projet », souffle une source interne à MGH Energy aux Indiscrétions.

Sur le même sujet : Friche d’Arcelor à Laudun-L’Ardoise (30) : quelles sont les 8 activités fléchées ? À relire juste ici, dans Les Indiscrétions du 15 juillet 2024.
L’Arec Occitanie, machine à partenariats. L’Arec Occitanie, agence régionale énergie climat, signe de nombreux partenariats sur ce Forum EnerGaïa, visant à développer et pousser les projets et initiatives régionales liées à la décarbonation. Le 10 décembre, Christian Assaf, président de l’Arec, signe deux partenariats pour aider au développement de réseaux de chaleur et de froid, et des solutions d’autoconsommation photovoltaïque. La première avec Pascal Girault, président fondateur du groupe Alliaserv, et la seconde avec Laurent Viguier, directeur développement NGE.
L’Arec s’associe également avec Enedis (Karine Ascarategui, directrice régionale) pour renforcer l’accompagnement des collectivités grâce à TerriSTORY, une plateforme numérique unique dédiée à la stratégie territoriale énergie-climat. La structure régionale lance également la première plateforme régionale de compensation carbone volontaire, portée avec Inuk, renforcé son Observatoire Climat Énergie, aux côtés de l’Ademe et la Dreal, en plus d’un partenariat avec la Banque des Territoires pour accélérer la transition énergétique avec Fiteo, un dispositif pour accompagner les projets d’efficacité énergétique des acteurs industriels et tertiaires.
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« Il y a un besoin de donner corps à la filière de l’éolien flottant ». L’une des tables rondes réunit Benoîte Chenut (EDF Power Solutions), Dominique Moniot (Ocean Winds) et Petru Notingher (UM) au sujet de l’éolien flottant. Ils ont discuté du passage des fermes pilotes aux projets commerciaux et des conditions pour faire émerger une filière. Dominique Moniot estime qu’il ne faut pas « renier » la Chine : innovation et automatisation peuvent aider à baisser les coûts. Il a demandé à l’État d’attribuer les projets pour sécuriser les investissements et les supply chain, et a cité l’automobile comme exemple de partenariats Chine–Europe « gagnant-gagnant ». Il a aussi pointé une dépendance : « les aimants, que nous ne produisons toujours pas en France ».
Benoîte Chenut rappelle que, dans les appels d’offres, la concurrence est forte et que le prix de l’électricité pèse lourd. Pour « donner corps » à la filière, elle insiste sur le volume (AO6 attribué, attente de l’AO9 puis de l’AO10) et sur la mise à niveau des ports, soutenue par l’Ademe. Elle indique aussi que les flotteurs béton et acier suivent des logiques industrielles différentes, mais peuvent être « autant compétitifs les uns que les autres ». Le débat aborde enfin l’équilibre entre ouverture et protection du marché. Petru Notingher met en avant des besoins en analyse de données, cordage, drones et robotique, et des formations régionales (BTS maintenance éolienne, licence pro en maintenance des énergies marines).
Bientôt un nouveau parc photovoltaïque à Montredon-des-Corbières. Il sera porté par l’entreprise montpelliéraine Elements. « Nous allons investir une ancienne casse automobile à Montredon-des-Corbières, dans l’Aude. Ça a aussi été une décharge sauvage, alors nous allons la dépolluer et la désamianter puis y installer une centrale au sol d’environ 5MW. On loue le terrain sur 30 ou 40 ans, avant de le restituer au propriétaire », explique Arthur Colin, chef de projet construction chez Elements. L’entreprise compte une soixantaine d’employés et gère d’autres installations en Occitanie, dans les Pyrénées-Orientales, dans le Tarn et le Gard notamment. « Par exemple, nous avons aussi installé des ombrières sur un gardiennage de caravanes, à Vias, dans l’Hérault », ajoute-t-il.
« Le contexte fait peur aux investisseurs », pense Mehdi Boulaaouali, dirigeant d’EG Solaris, entreprise de conception et d’installation de parcs photovoltaïques. « Ce contexte impacte tout : les taux d’intérêt, la rentabilité des projets, le coût des matières premières… Heureusement, le marché de l’énergie est porteur, c’est en partie pour cela que nous arrivons à avoir un chiffre d’affaires en hausse ». Son entreprise, créée en 2006, propose une approche globale autour des projets photovoltaïques : « on fait des audits sur la consommation, on se demande si le bâtiment peut supporter une installation photovoltaïque », ajoute-t-il. L’entreprise emploie 12 collaborateurs, et réalise 1,6 M€ de chiffre d’affaires en 2024. « Nous prévoyons 10 % de hausse du chiffre d’affaires en 2025, donc environ 1,8 M€ », estime Mehdi Boulaaouali.
ERT Energy espère lever 1 M€ en 2026. L’entreprise nîmoise développe Hevios, une solution de pilotage intelligent qui permet de mieux tracer la production d’énergie renouvelable. « Nous travaillons déjà pour cette solution avec Sorégies (Poitiers (86), fournisseur d’électricité et de gaz). Cette levée de fonds nous permet de déployer à grande échelle cette solution, mais aussi de rester indépendant, et de certifier une fabrication française. Avoir du hardware français, c’est une forme de souveraineté », appuie Richard Huttler, président d’ERT Energy.
Des chèques remis pour Challenge Énergie Solidaire. En Occitanie, 15,3 % des ménages sont concernés par la précarité énergétique dans leur logement. « Il s’agit de la deuxième édition de cette levée de fonds, après trois ans d’expérimentation à l’échelle régionale », souligne Aurélie Lerebourg, directrice générale d’Energie Solidaire. « Sur des fonds privés, nous venons de mobiliser en 3 ans, 400.000 € », indique Lucie Mendes, responsable développement d’Énergie solidaire. Au total, l’initiative a soutenu 11 associations, avec trois nouvelles en 2025. La première est Gefosat (Groupement d’Études pour les Fours solaires à application tropicale), basée à Montpellier, qui reçoit 50.000 €. Le soutien porte sur deux ans, et devrait aider une vingtaine de ménages. Dans le Gard, l’association Bâtir Vivant reçoit également 50.000 € sur deux ans, pour aider une vingtaine de ménages. Amélie Perrault, coordinatrice de l’association, développe l’intérêt du projet « Rénova-terre » porté par cette association : « il vise à accompagner des familles modestes dans l’auto-rénovation. Une fois qu’on quitte le chantier, les gens savent faire. Cette somme va servir à l’achat d’un camion, de matériel, et à salarier un premier technicien ». Enfin, le projet Quatorze, sur le territoire de Montpellier, reçoit 25.000 €. « Nous travaillons sur la transformation de logements vacants en logements temporaires », indique Julie Rodriguez, coordinatrice du projet. Au total, cette année a enregistré plus de 100.000 € de promesses de dons.
Comment s’adapter à la montée en puissance des réseaux de chaleur et de froid, valoriser la chaleur fatale, et faire une place aux pompes à chaleur et à la géothermie dans cet environnement ? Voici la thématique abordée lors de la conférence « Feuille de route chaleur fatale – géothermie – pompes à chaleur », organisée par la Métropole de Montpellier, ce 11 décembre. Frédérick Cauvin (SERM), Rokaya Toubale (3M) et Patrice Guionnet (3M) présentent une feuille de route articulant objectifs territoriaux, chiffres et projets opérationnels. 1,3 million d’unités de pompes à chaleur vendues en 2023, et moins d’un million en 2024. Frédérick Cauvin détaille notamment la logique retenue sur la ZAC Eureka / extension Castelnau-le-Lez, fondée sur la récupération de chaleur d’un data center via des pompes à chaleur réversibles capables de produire chaud et froid, avec des échanges « inter-îlots ». Il évoque aussi le projet de bureaux Le Liner (Pérols), où le choix se porte sur des sondes géothermiques installées sous le bâtiment et intégrées au chantier. Sur le cadre de planification, Rokaya Toubale signale l’arrivée en 2026 des plans locaux de chaleur et de froid (PLCF), appelés à s’inscrire dans les PCAET, avec diagnostic, cartographies, objectifs stratégiques et identification des moyens financiers. De son côté, Patrice Guionnet cite des actions d’animation et de communication autour de la géothermie, ainsi que des indicateurs de suivi et un travail de « vrai/faux » pour répondre aux idées reçues.