Alors que de nombreuses enseignes de prêt-à-porter mettent la clé sous la porte, le fabricant lozérien de jeans Atelier Tuffery s’implante à Paris, deux ans après Montpellier. Un aboutissement pour cette PME de 42 salariés, qui a d’abord privilégié la modernisation de l’outil de production et le ecommerce, avant de se lancer dans le commerce physique. Les Indiscrétions ont assisté à la soirée de lancement, le 31 mars.

De Florac, petite commune des Cévennes lozériennes, à Paris. Atelier Tuffery, fabricant et distributeur de jeans, vestes, sacs, T-shirts…, ouvre ce 1er avril sa première boutique parisienne, dans le quartier du Marais, sur une surface de vente de 110 m². C’est le troisième point de vente physique d’Atelier Tuffery, après celui, historique, de Florac, et celui de Montpellier, ouvert en juin 2024.
Disposée au sol, au niveau de l’entrée, des pierres de Lozère viennent rappeler au client l’ancrage territorial marqué de cette PME familiale, née en 1982. Au fond, sur un grand écran, un film montre les ouvriers de l’usine à l’œuvre.

La progression peut sembler à contre-courant, dans un secteur du prêt-à-porter français en pleine déconfiture. Mais elle vient couronner une stratégie au long cours, « et un travail acharné », souligne une proche du couple de dirigeants, Julien et Myriam Tuffery.
L’investissement, conséquent (500.000 euros) pour une PME indépendante de la mode, est l’aboutissement d’un modèle économique bâti avec patience : organisation fine du travail, vente directe, maîtrise de la production, réactivation de fibres locales, récit marketing soigné – « Les mains qui fabriquent sont les mains qui vendent », martèle Julien Tuffery -, stratégie e-commerce.
Relais de croissance. « Cette boutique va être un relais de croissance très important pour nous. 60 % des colis que l’on envoie via les ventes digitales partent pour la région parisienne. Et on estime que 90 % des gens qui adhèrent aux valeurs de la marque – traçabilité, authenticité… – n’achètent pas, du fait de la barrière à l’essayage », affirme le dirigeant. « Il y a des gens, sur une tranche d’âge de 30-55 ans, qui cherchent de l’authenticité, du Fabriqué en France et de la valeur au produit qu’ils achètent – écologie, équitable… Le choix d’implantation de Tuffery, ici, est cohérent », glisse Marc Fesneau, président du groupe MoDem à l’Assemblée nationale, venu assister à l’inauguration.
La boutique parisienne vise ainsi 1 M€ de chiffre d’affaires, et emploie 4 salariés. Ces derniers ont été formés aux spécificités des produits la maison familiale – recours à des fibres locales de chanvre, laine, lin…, rotation sur les machines pour éviter les tâches répétitives… -, depuis septembre en Lozère, pour vendre les produits tout en racontant une histoire. Six mois au pied du Causse Méjean pour des Parisiens : ils sont revenus vivants.
Au cœur de la ‘hype’ parisienne. Côté localisation, le magasin s’insère dans un parcours marchand dense, incontournable dans la capitale. « La clientèle est ici très pointue, et vient en nombre. C’est un lieu de shopping, avec des rues éligibles à l’ouverture le dimanche », souligne Myriam Tuffery. « Je connaissais Atelier Tuffery, mais comme je me refuse d’acheter en ligne, je n’étais pas client. Maintenant que la marque est à Paris, je vais venir découvrir ! », glisse un quadragénaire à la pointe de la mode et résidant dans le quartier, lors de la soirée d’inauguration, le 31 mars. Le couple de dirigeants, Myriam et Julien Tuffery, ingénieurs de formation – ils se sont rencontrés sur les bancs de Polytech Montpellier -, a posté avec malice sur les réseaux sociaux leur photo, elle avec une perceuse à la main et juchée sur un escabeau, semblant enlever la plaque « rue des Blanc Manteaux » (adresse du magasin), lui tenant une fausse nouvelle plaque « rue des Bleus-Jeans ».
Objectif Toulouse. Atelier Tuffery ne compte pas s’arrêter là, avec notamment un projet d’implantation à Toulouse d’ici à 2028. À l’export (17 % du chiffre d’affaires), des négociations sont en cours avec un partenaire japonais. « Les Japonais adorent le ‘Made in France’. Ils nous achètent beaucoup de jeans, sans que l’on fasse beaucoup d’effort. Les consommateurs partagent avec nous le respect des matières, du savoir-faire, des entreprises patrimoniales. Ils sont très exigeants sur la qualité, mais il y a un boulevard à prendre », décrypte Julien Tuffery. Le chiffre d’affaires de 5,4 M€ en 2025, un niveau jamais atteint, est en croissance de 18 % par rapport à 2024. « Le résultat net repart en trésorerie pour négocier des prêts bancaires, et financer de nouveaux projets », insiste-t-il.
Extension de la manufacture lozérienne. Pour faire face à cette progression de la demande, et alors que le fabricant veut limiter au maximum le recours à la sous-traitance, Atelier Tuffery va engager 1 M€ dans l’extension (700 m2 supplémentaires) de son unique manufacture, à Florac, qui fabrique environ 200 jeans par jour. Le projet d’extension, créateur d’une dizaine d’emplois, consiste à digitaliser l’amont de la production, avec l’installation d’outils de découpe automatique. Les travaux sont prévus entre cet été et l’automne 2027. Un 2e site de production pourrait ensuite être étudié à Montpellier, deuxième ville de cœur de Julien et Myriam Tuffery. Après Florac, évidemment.