Nouvelles énergies, décarbonation, formation, foncier, écosystème EDEN… La Loupehv (Agencehv) a fait le plein, avec 150 participants (pour autant de sièges dans l’amphi), le 7 avril à l’IUT de Béziers (34), sur un thème ô combien d’actualité : « Gagner la bataille de la réindustrialisation : les clés du modèle biterrois ». Morceaux choisis.

La réindustrialisation est-elle une question de survie économique ? Quel rôle pour l’IUT de Béziers, sur ce territoire industriel ? Jalil Benabdillah vice-président de la Région Occitanie délégué à l’Emploi, l’Économie, l’Innovation et la Réindustrialisation, et également président du CNER, la Fédération nationale des Agences d’Attractivité et de développement économique, accompagné de Jérôme Azé, directeur de l’IUT de Béziers (600 étudiants), et professeur des universités à Montpellier, au Lirmm (Laboratoire d’informatique, de robotique et de microélectronique), ont introduit cette 3e Loupehv.
Survie économique. « La réindustrialisation, ce n’est pas uniquement implanter des usines ou les agrandir, mais une question d’aménagement du territoire, rappelle Jalil Benabdillah. 70 % d’industries sont implantées dans les territoires ruraux, péri-urbains, avec de l’emploi qualifié et peu délocalisable. En désindustrialisant, nous paupérisons beaucoup de territoires. » Le vice-président de la Région Occitanie rappelle également les enjeux de souveraineté et de décarbonation liés à la réindustrialisation. « Importer une solution industrielle représente 50 % de notre impact carbone ! »
Un accès direct aux décideurs. Les multiples casquettes de Jalil Benabdillah ouvrent certaines portes. « Quand on est membre du comité national d’industrie, nous sommes alors une vingtaine avec deux ministres, et que vous êtes assis à côté de Nicolas Dufourcq (directeur général de Bpifrance), vous arrivez à faire avancer des dossiers de reprise, alors mis de côté, et ce avec une réactivité et un résultat positif », assure-t-il. Jalil Benabdillah rappelle par ailleurs ce rôle de la Région Occitanie à l’international, par exemple durant le froid diplomatique entre la France et le Maroc. « Nous étions la seule délégation autorisée à s’y rendre en 2023, avec une quinzaine d’entreprises, et reçus par Christophe Lecourtier, ambassadeur de France au Maroc. »
Une nouvelle industrie. « L’industrie a changé ! » assure Jalil Benabdillah aux étudiants présents dans la salle. Intelligence artificielle, robotique et domotique… « Les conditions de travail ont évolué, vous êtes bien rémunérés, vous pouvez faire évoluer votre carrière, avoir de réelles responsabilités. Travailler dans l’industrie, c’est aussi un ancrage territorial, vous participez à la vivacité et à la fierté du territoire et à quelque chose de plus grand que vous. L’industrie, c’est donner du sens à votre métier », martèle-t-il. Message repris par Jérôme Azé. L’IUT propose quatre formations dont deux dédiées à l’industrie : BUT Réseaux et Télécommunications, « notamment pour se protéger des cyberattaques très fréquentes dans l’industrie », et Licence Pro (3 ans) Robotique & Intelligence Artificielle. « Ces formations attirent beaucoup. Nous comptons 52 places pour le BUT Réseaux et Télécommunications pour 900 candidatures, et 26 places en licence pro Robotique et IA, pour 450 candidatures », précise Jérôme Azé.
Polytech attendu. L’arrivée à Béziers de Polytech, dans les locaux de l’IUT, proposera aux étudiants des formations en alternance. « Je suis convaincu que cette formule est le meilleur moyen de former les jeunes sur notre territoire, les ancrer dans les entreprises, c’est un tremplin pour l’emploi », ajoute Jérôme Azé, qui rappelle que le taux d’employabilité à la sortie d’une licence pro est de 90-95 % pour l’IUT de Béziers.
Comment accélérer la compétitivité de l’industrie ?

Lors du premier Pitch de cette Loupehv, la complexité réglementaire est au cœur des échanges, avec au micro : Mathieu Dossat, président de Deltanov (solutions d’automatismes, d’électricité industrielle et de maintenance), Jalil Benabdillah (Région Occitanie), Agnès Jullian, PDG de Technilum (conception de mobilier d’éclairage), et Matthieu Ourliac, président du Medef Béziers Littoral Ouest Hérault.
Raccourcir les délais. Jusqu’à trois ans d’instruction pour certains projets, contre un an en Italie selon les échanges. « On ne peut pas tout mettre sur le dos de l’Europe », scande Mathieu Dossat (Deltanov). Également, il décrit « des dossiers surinterprétés » et un « parcours du combattant pour déposer un dossier ».
Les moyens publics sont interrogés. Jalil Benabdillah (Région Occitanie) rappelle que « France 2030 c’est 54 milliards. Est-ce que vous connaissez la part qui a été régionalisée ? Nous sommes sur 1 % ».
Le foncier, un point de blocage ? « On ne peut pas construire et étendre des zones industrielles partout à cause du Zan (zéro artificialisation nette). Ça pose des barrières pour espérer une réindustrialisation », partage Mathieu Dossat. Même si Béziers, avec l’aide de l’État, a réussi à sortir le projet Genvia (usine nouvelle) du calcul du Zan, pour garder une capacité de construction : voilà une clé du modèle biterrois.
Priorité aux projets existants. Agnès Jullian insiste sur les sites existants. « Tout le monde est aligné pour dire qu’il faut pousser les projets et aller dans le sens de la réindustrialisation. Mais il est aussi important de rappeler qu’il y a le « déjà là ». On met souvent plus d’énergie sur les nouveaux projets. Il faut permettre au déjà là de progresser aussi. »
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13 bus hydrogène à Béziers. « On a la chance d’avoir en Occitanie la plus grande usine de production massive d’hydrogène (Hyd’Occ, à Port-La Nouvelle, note) qui a pris le risque de la construire avant même que l’usage n’existe. Elle est dédiée notamment à la mobilité lourde : le site de production est en place, le territoire est maillé avec des stations, et il ne reste plus qu’à développer des transports décarbonés », insuffle Mathieu Dossat. Exemple local : « C’est le choix qu’a fait la Ville de Béziers, avec l’achat de 13 bus hydrogène. L’idée, c’est de porter le risque en amont, ce que font les industriels sans se défiler. »
La perspective de l’éolien offshore. « Développer les usages permettrait de réduire le coût unitaire », analyse Jalil Benabdillah. Il mentionne les perspectives offertes par la fusion des appels d’offres A09 et A010 (futurs parcs commerciaux éoliens offshore en Méditerranée), dont va bénéficier l’industrie biterroise, qui adapte son appareil productif – comme l’Agile Factory de SLB. Une autre clé concrète du modèle biterrois.
Rouvrir les mines. Matthieu Ourliac rappelle que « tout ce qui est produit en industrie vient du sol : vouloir réindustrialiser sans rouvrir les mines, c’est se mentir ».
« Innovation / IA, décarbonation, export… : zoom sur le modèle biterrois »

Innovation, décarbonation et ouverture à l’export. Lors du second Pitch, la Loupehv met l’accent sur le modèle industriel biterrois. Autour de la table, cette fois, Jalil Benabdillah, avec sa casquette de PDG de SDTech (Alès, fabricant de micro-poudres fines), Agnès Jullian (Technilum) Mathieu Dossat (Deltanov), Muriel Laguens, chargée de mission innovation chez Innovosud, pépinière de startups (Béziers), Matthieu Combes, président d’Oppidum Conditionnement (Nissan-lez-Ensérune, 34), Pierre Cappelle, chargé de la production chez Genvia (Béziers, 34), et Benoît Jauzion, Center Engineering Manager chez SLB (Béziers).
Pour ses 5 ans, Genvia s’offre une nouvelle implantation chez ArcelorMittal, à Saint-Chély-d’Apcher (48). Pour le futur site de Genvia dans la zone de Mazeran, le permis de construire a été déposé et validé dans les délais. « Nous attaquons les études détaillées pour préparer d’abord l’installation d’une plateforme de test, puis d’une ligne de production sur ce foncier de 5 hectares », déclare Pierre Cappelle.
SLB veut s’ouvrir aux énergies décarbonées. « Notre projet pour 2026, c’est la transformation du site. Nous voulons nous ouvrir au monde des énergies décarbonées. Notre survie de site industriel en dépend, et ça répond à l’actualité (guerre au Moyen-Orient, qui génère une baisse de 20 % de l’activité chez SLB Béziers sur le premier trimestre). C’est la construction d’un nouveau bâtiment sur le site, équipé de stations de travail, avec un ‘cerveau digital’ greffé », indique Benoît Jauzion. Le bâtiment sera livré fin 2026, la ligne complète mi-2027.
Deltanov s’étend vers le Gard. La PME biterroise va créer une nouvelle agence dans le Gard, à Vergèze, après une agence à Port-La Nouvelle (Aude). « Et si tout va bien, nous allons en créer une autre, l’année prochaine, à Toulouse », ajoute Mathieu Dossat qui a également créé Cablotom cette année, une entité de production basée à Béziers. À côté, l’entreprise porte un projet d’usine à horizon trois ans.
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Oppidum Conditionnement, modèle de reconversion de site industriel. « L’entreprise Refresco, qui faisait des jus de fruits, s’est arrêtée à l’été 2024, explique Matthieu Combes, président d’Oppidum Conditionnement. Nous avons repris ce site pour embouteiller du vin, avec cette nouvelle structure. Notre premier produit est sorti en janvier 2025 ». Il explique avoir commencé son activité avec l’existant, sur site. « C’était un investissement que nous n’avions pas à faire au départ, et ça nous a permis de nous lancer ».
Le 16 avril, sur le salon TAF, Innovosud présente un nouveau programme d’accélération pour startups. « C’est un projet mûri depuis plusieurs mois, un nouveau parcours d’accompagnement pour startups qui s’appelle « 2026, l’année du passage à l’échelle ». On accompagne une trentaine de startups », indique Muriel Laguens. Et d’ajouter : « Avec la CleanTech Vallée, dans le Gard, nous avons des synergies, et nous avons signé un partenariat l’année dernière. »
Pour Technilum, « les projets d’hier ne sont pas les projets d’aujourd’hui ». Pour Agnès Jullian, PDG de Technilum, la priorité est de structurer la partie commerciale, parce que « le chiffre d’affaires, c’est le nerf de la guerre ». Elle estime posséder un site suffisamment dimensionné pour répondre à l’activité, d’environ 8.000 m². Par ailleurs, elle estime que le fabriqué en France n’est pas reconnu à sa juste valeur. « Il faut que ce soit réel, pas seulement des gens qui poussent des cartons en France », lance-t-elle.
« Écosystème EDEN : l’emploi met le cap sur l’industrie »

Face aux difficultés de recrutement dans l’industrie, les acteurs du territoire biterrois, réunis au sein d’EDEN (écosystème durable et énergies naturelles), structurent une réponse collective. Pour en parler : Catherine Bec, DRH chez SLB, Lisa Morlot, chargée de recrutement à France Travail Béziers, Yohan Bousquier, DG de Cablotom, Lionel Torres, directeur de Polytech Montpellier, et Jalil Benabdillah (Région Occitanie).
Les 5 piliers d’EDEN. L’écosystème biterrois EDEN repose sur 5 piliers : « Foncier – le partage d’informations pour savoir qui fait quoi ; Infrastructure – communiquer pour que nos partenaires publics et prévis puissent prendre les bonnes décisions pour le territoire industriel ; Innovation – rapprochement des pépinières ; Attractivité – faire visiter nos entreprises aux partenaires de l’emploi et de la formation, prendre des élèves de troisième, des stagiaires… ; Compétences - mise en place des formations jusqu’à Bac+5 pour coller aux besoins des industriels », détaille Catherine Bec, DRH chez SLB.
Formations sur-mesure à Béziers. Le parcours de réussite EDEN (parcours de formation, note) vise à répondre aux besoins en compétences des industriels en formant des candidats aux métiers précis des entreprises. « Certes, on n’avait pas les publics qualifiés, en revanche le public en recherche d’emploi, on l’a, explique Lisa Morlot. On créé et on finance des places de formation en fonction du besoin. Si une entreprise nous confie 5 besoins, il y a 5 offres de formation. Les personnes qui entrent en formation le font parce qu’elles ressortent avec un emploi derrière. » Particularité du dispositif, il a été créé par une fusion de trois organismes de formation (France Travail Occitanie, l’Union des Industries et Métiers de la Métallurgie et l’Opérateur de compétences interindustriel), aux côtés de la Région Occitanie. Ce parcours de formation est mené sur Béziers. « Les Montpelliérains peuvent aller à Béziers pour chercher de l’emploi, mais les Biterrois ne se déplacent pas trop. Il était nécessaire de former sur Béziers », sourit Lisa Morlot.
Recruter autrement. Autre point sur lequel s’attèle EDEN : convaincre les industriels de recruter autrement. « Il faut passer de chasseur-cueilleur à jardinier, illustre Lisa Morlot. En bref, c’est accepter de ne pas avoir quelqu’un d’opérationnel, donc rentable, dès le lundi matin, mais investir sur le territoire et former ».
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Cablotom recrute 10 stagiaires avec 10 CDI à la clé. Pour répondre à la montée en puissance de l’activité, Cablotom a fait le choix de recruter une dizaine de stagiaires. « Le partenariat avec France Travail a été d’identifier 50 candidats, parmi lesquels 30 ont accepté de venir passer une demi-journée en tant que câbleur pour Cablotom et technicien de maintenance pour Deltanov. Et sur ces 30, 10 sont entrés dans un programme de formation, et à l’issue nous avons 10 CDI à offrir. On a déjà embauché 1 CDI », se réjouit Yohan Bousquier.
Polytech s’implante à Béziers. À compter de septembre 2026, une quinzaine d’étudiant rejoindra la nouvelle école d’ingénieurs Polytech à Béziers, avec l’ambition d’atteindre 60 étudiants d’ici 2029. « L’objectif est d’avoir des étudiants du territoire, mais aussi de faire venir des compétences. C’est ce mix que nous allons chercher », déclare Lionel Torres.
Baisse des financements. « La formation est un enjeu majeur. La Région a perdu des financements sur l’apprentissage, et les entreprises aussi. Ça ne va pas dans le sens qu’on l’on avait imaginé. Tout cela veut dire une remise en cause de cette dynamique. Nous avons perdu 36 M€ sur le budget de la Région cette année, et c’est 200 M€ sur les trois dernières années. On ne peut pas être dans la compensation en permanence. On recentre sur l’essentiel, sur la valeur ajoutée », conclut Jalil Benabdillah.

150 personnes réunies. Dirigeants, institutionnels, étudiants, professeurs… La 3e Loupehv a réuni 150 décideurs dans l’enceinte de l’IUT de Béziers. Sans citer tout le monde, étaient présents : Fabien Portes (IUT de Béziers), Patrice Canayer et Florence Brutus (Région Occitanie), Sylvain Panas (TotalEnergies Occitanie), Alexandre Coulet (Leader Occitanie), Francis Pozo (Medef Béziers Littoral Ouest Hérault), Vincent Mallard (Medef Hérault Montpellier), Stéphane Bozzarelli (Dev’EnR), Gwenaël Loriette (BNI)…
Lire quelques retours des participants
« En Occitanie, nous faisons le choix d’une industrie qui innove, décarbone et crée de la valeur au plus près des territoires. À Béziers, cette dynamique prend tout son sens : l’alliance entre formation, entreprises et ambition territoriale montre que la reconquête industrielle se construit concrètement. Dans un monde instable, réindustrialiser n’est pas regarder en arrière : c’est préparer lucidement notre avenir collectif. Merci aux organisateurs, Hubert Vialatte et son équipe Agencehv, aux partenaires et à l’ensemble des participants pour la très grande qualité des interventions », Jalil Benabdillah (Région Occitanie). Lire son post LinkedIn.
« Les événements Loupehv sont très bien préparés et pertinents. Il y a un cap, un récit. On sait où on met les pieds quand on y va. Agencehv prend une place de plus en plus importante au fil des années. A titre personnel, j’ai pu faire la connaissance de Lionel Torres, directeur de Polytech Montpellier, grâce à cette Loupehv », Sylvain Panas (TotalEnergies Occitanie)
« Un grand merci à toi et à toute ton équipe pour l’organisation de cette soirée, une vraie réussite ! Excellents retours des participants, une salle pleine, et surtout des échanges dynamiques et concrets autour d’un sujet clé. Avec l’intérêt des étudiants ! Bravo pour la qualité de la ligne éditoriale et l’énergie que vous avez su insuffler à ces tables rondes », Mathieu Dossat (Deltanov).
« Merci à Hubert Vialatte et son équipe Les Indiscrétions pour la mise en lumière de l’exemple du modèle Biterrois en la matière lors de cette soirée », Florence Brutus (Région Occitanie). Lire son post LinkedIn.
« Merci pour cette soirée enrichissante et pleine de perspectives créatrices de valeur ! Et bravo pour la sélection des dirigeants et organisations qui sont intervenues. Mention spéciale à Agnès, Jalil et Jérôme. J’ai aimé leur engagement et fierté de co-construire l’avenir de l’Occitanie dont le potentiel est énorme », Murielle Letexier (ML Conseil et Communication)
« Bel événement de très bonne facture. Tables rondes de qualité, public mixte étudiants et entreprises. Bravo aux organisateurs. Ça bouge à Béziers y compris dans l’industrie », Olivier Astruc (Captain Watt)
