Reprise des Ateliers Wasser (Montpellier) :

13 novembre 2023

« Ici, on revient à une taille humaine, et il y a du panache »

Ateliers Wasser, dernier usineur-chromeur de la métropole de Montpellier, a été repris voici un an par deux diplômés de l’IMT Mines Alès, Julien Vallée (39 ans) et Victor Beauvie (37 ans). Comment se passe la reprise, un an après ? Ne regrettent-ils pas leur décision ? Comment transformer un outil industriel qui excelle, mais commençait à prendre la poussière ? Les Indiscrétions sont allés les interviewer, le 4 octobre. 

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Les deux diplômés de l’IMT Mines Alès, dans leur atelier, rue du Lantissargues à Montpellier. Ateliers Wasser fêtera ses 80 ans en 2028. ©Hubert Vialatte

Ils ont lâché leur confort. Avant de reprendre cette boîte familiale indépendante de 14 salariés (2 M€ de CA), cachée dans une impasse de Près d’Arènes à Montpellier, les deux trentenaires menaient des carrières confortables depuis une quinzaine d’années. Julien Vallée comme directeur régional chez un ascensoriste et Victor Beauvie comme ingénieur d’affaires dans des groupes de construction. Pas vraiment de connexion directe avec les Ateliers Wasser, spécialisés, eux, dans l’usinage de pièces mécaniques, la remise en état et la fabrication de vérins hydrauliques à l’unité ou petites séries (maximum d’une centaine de pièces).  
 
Pourquoi reprendre Ateliers Wasser ? « Dans un grand groupe, j’avais peu de latitude pour changer le quotidien des gens. Les décisions étaient orientées sur la seule rentabilité. J’ai connu un rachat par un fonds de pension, et cela a été une expérience difficile. On nous demandait de faire plus avec moins. En reprenant une PME industrielle, la rentabilité reste bien sûr une préoccupation, mais on revient à une taille humaine, et il y a du panache. Et c’est bien de garder des industries sur le territoire, qui en compte peu », glisse Victor Beauvie dans son atelier. Leur projet de reprise a d’ailleurs fait partie des lauréats 2023 de Réseau Entreprendre Occitanie Méditerranée (50.000 euros remis en septembre 2022, à relire en cliquant ici). Un an après, le codirigeant n’exprime « aucun regret. Certes, les journées sont pleines, avec toujours des surprises ! » 

Pourquoi l’industrie ? « Il est vrai que nous aurions pu devenir consultants. Après 15 ans d’ingénierie, c’est même facile. Mais nous avons la volonté de produire. » Ateliers Wasser a été identifié via la CCI de l’Hérault et une société mettant en vente des entreprises.

Réseaux. Les deux dirigeants ont relancé le compte LinkedIn, refondu le site web, repris le référencement sur Google… Mais il n’y pas que la Toile. « Nous avons discuté avec les clients, en leur demandant qu’ils nous présentent des gens. Et en leur rappelant notre cœur d’activité : certains clients ne savaient pas qu’on était chromeurs, par exemple ! Par ailleurs, on s’appuie sur notre réseau professionnel. L’IMT Mines Alès, cela reste une grande famille », souligne Julien Vallée. Les deux associés étaient par exemple présents à l’AG de l’UIMM Méditerranée Ouest, le 19 septembre dernier à Baillargues (34).  

Il manque le 06 au début.

ERP et FAO. C’est l’un des bienfaits de la reprise. Sous l’impulsion de ces deux propriétaires, Ateliers Wasser connaît une profonde modernisation, avec, notamment, le passage en fabrication assistée par ordinateur, la mise en place de procédés métrologiques avec de la 3D, et d’un nouvel ERP (logiciel de gestion de tâches). Ce dernier permet une mention des heures d’usinage, un chiffrage du coût de main-d’œuvre de façon automatique… « Avant, il fallait jongler entre les tableaux Excel… Nous n’en sommes qu’au début de la digitalisation de l’entreprise. L’objectif, c’est que la PME puisse tourner sans nous à terme », projette Victor Beauvie.

Promotion interne. Autre décision, managériale celle-ci : la promotion interne de deux salariés ‘historiques’ de l’entreprise, l’un sur le tournage et l’autre sur le fraisage. Tous deux ont été nommés responsables de production. « Nous nous appuyons sur eux sur la partie technique, les devis, la partie outillage… », explique-t-il.  

L’avantage du duo. « Reprendre seul aurait été compliqué. À deux, on s’entraide, on se dit les choses, quitte à changer d’avis s’il le faut », précise Victor Beauvie. Parmi les gros chantiers lancés en 2023 : « Du rangement et du nettoyage. Nous prenons ce qu’il y avait de bon dans nos anciens métiers. » 

Matériel de pointe. Cinq tours numériques produisant des pièces faisant jusqu’à 5 mètres de long et 1 mètre de diamètre, centres d’usinage, aléseuse, bain de chromage dur, machine à roder les cylindres, machines conventionnelles, banc d’essai pour vérins, poste de soudure électrode, polisseuse…En sillonnant l’atelier, les équipements, répartis de façon hétéroclite, se dévoilent.  

Passage en Iso 9001. Parmi les priorités : le passage, en 2024 ou 2025, en Iso 9001 (management de la qualité). « Nous réécrivons nos procédures dans cet état d’esprit. Cela nous permet de démarcher de nouveaux clients, notamment certains industriels à gros potentiel, comme Genvia à Béziers, EDF ou le CEA. Il faut diversifier l’activité. Actuellement, le carnet de commandes ne dépasse pas les deux mois, il y a beaucoup d’urgence », détaille Julien Vallée. L’enjeu est aussi de sécuriser la clientèle actuelle. À ce jour, Ateliers Wasser dépend à 50 % de Cameron (Schlumberger). Parmi les autres clients récurrents : Arcelor, Michelin, ou, localement, MIHS ou Acropole Fluides (réparations hydrauliques, de vérins…).

Déménagement à l’étude. Un déménagement est à l’étude, pour disposer en propriété d’un bâtiment d’environ 2.000 m2, avec une activité de traitement de surface modernisée et un pont roulant. « La zone des Prés d’Arènes est en plein chamboulement. Nous devons réfléchir à l’avenir, explique Victor Beauvie. Aujourd’hui, la rue de l’Industrie qui dessert l’atelier n’a plus d’industrie que le nom. Il y a des bâtiments résidentiels à nos portes. Les usines ont plutôt leur place en périphérie. Mais nous souhaitons rester dans la métropole de Montpellier, à la fois pour nos salariés et pour notre business. » Une discussion est amorcée avec la Serm. « Nous attendons beaucoup d’eux », glisse le cogérant.  

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