Capacité de mise en réseau (pas électrique, mais pour les startups accompagnées), formation, recrutements, projets hydroélectriques dans l’Aveyron et l’Ariège, PPE 3 bientôt signée… Tour d’horizon de l’actualité d’EDF en Occitanie, avec Bastien Toulemonde, directeur de l’action régionale d’EDF.

« Nos trois mots-clés : décarbonation, souveraineté et prix maîtrisés », pose Bastien Toulemonde, ce 3 février à Montpellier. Ces priorités structurent l’action du groupe, à la fois sur le développement des usages électriques, la flexibilité du système énergétique, le recrutement et le rôle d’EDF dans l’innovation territoriale.
La France structurellement excédentaire en électricité. La France a produit l’an dernier 500 TWh d’électricité, pour une consommation de l’ordre de 400 TWh. Un grand écart assez exceptionnel. « La France est plutôt structurellement excédentaire de 50 à 51 TWh », tempère Bastien Toulemonde. Un excédent qu’il interroge : « C’est une bonne chose, mais nous préférerions que cette électricité serve en France, à la place des énergies fossiles que nous importons massivement. »
Les importations de produits pétroliers « représentent environ 70 milliards d’euros, quand les exportations d’électricité génèrent près de 5 milliards d’euros. Aussi, dès qu’on peut éviter de consommer des produits fossiles, qu’on paie cher et qui polluent, mieux vaut consommer une électricité produite en France de façon décarbonée », tranche-t-il.
Un mix régional dominé par le nucléaire et l’hydraulique. En Occitanie, la production d’électricité atteint environ 28 TWh en 2025, soit un niveau équivalent à la consommation régionale. « On produit autant d’électricité que l’on en consomme », résume Bastien Toulemonde, en précisant que cette situation repose largement sur le nucléaire. « Golfech (Tarn-et-Garonne) est un pilier, avec 11,4 TWh d’électricité produite en 2025, soit l’équivalent de la consommation annuelle de 2,3 millions de foyers », résume-t-il. La centrale compte deux tranches, dont la seconde vient d’être remise en service, à l’issue de sa visite décennale, après 490 M€ d’investissement. Le site de Golfech fait partie des sites étudiés pour l’accueil potentiel de futurs réacteurs EPR2. Les études en cours portent sur le foncier disponible, les capacités de refroidissement et d’évacuation de l’électricité.
À l’est de la région, l’écosystème industriel de Marcoule, dans le Gard, complète cette filière, avec une excellence dans les combustibles nucléaires et le traitement des déchets. L’hydroélectricité constitue l’autre socle majeur du mix régional. Une centaine de centrales et 12 centrales hydroélectriques sont en effet réparties dans les Pyrénées et le sud du Massif central.
En Occitanie, la production d’énergie décarbonée provient du nucléaire (30 %), de l’hydraulique (39 %), des énergies renouvelables (28 %) et autres sources (3 %).
Trois projets de STEP en Occitanie. EDF porte trois projets de STEP, stations de transfert d’énergie par pompage. Dans l’Aveyron, l’extension de la STEP de Montézic, mise en service en 1982, est le projet le plus avancé, avec le début des travaux de galeries. La technologie se distingue par sa réactivité. « On allume ou on éteint la puissance en quelques minutes ». Le projet Montézic 2 vise à ajouter environ 460 MW, pour atteindre 1.300 MW, avec un investissement prévisionnel de 500 M€, et 400 emplois mobilisés au plus fort du chantier. La mise en exploitation est envisagée entre 2032 et 2035, selon les procédures administratives.
Un deuxième projet est envisagé au Pouget, dans le sud de l’Aveyron. Un troisième est à l’étude à L’Hospitalet, en Ariège. « C’est un projet commun France-Andorre, destiné à sécuriser l’alimentation hivernale de l’Andorre et à soutenir l’étiage du bassin Adour-Garonne l’été », détaille-t-il.
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Hydroélectricité et sortie du blocage des concessions. Le développement de l’hydroélectricité a longtemps été freiné par le régime des concessions. « Sans visibilité, les industriels qui exploitent ces ouvrages ne peuvent plus investir », constate Bastien Toulemonde. La France était sous le coup de deux injonctions de la Commission européenne, liées à la mise en concurrence et à des accusations d’abus de position dominante. Un accord de principe a été trouvé l’été dernier. Il se traduit par une proposition de loi française, avec un passage au régime de l’autorisation. « L’exploitant aura 70 ans devant lui. Cette évolution remet en perspective 4,5 milliards d’euros d’investissement pour construire 4 GW de puissance supplémentaire, en complément des 20 GW existants. »
Diversification des productions. L’éolien et le photovoltaïque complètent ce socle, avec 19 parcs éoliens et 18 centrales solaires, représentant 959 MW de capacité renouvelable installée. « Ce sont des productions intermittentes et fatales », rappelle Bastien Toulemonde, en soulignant les contraintes qu’elles imposent au système. À Colombiers (34), EDF exploite un centre dédié à la maintenance prédictive et au pilotage des installations d’énergies renouvelables à l’échelle nationale.
EDF est également présent sur l’éolien offshore. Le groupe a remporté l’un des deux lots de l’appel d’offres AO6 et attend désormais les résultats de l’AO9. La production de chaleur est aussi intégrée dans le paysage énergétique régional. Des installations de thalassothermie sont en service à La Grande-Motte (34), en lien avec Dalkia. Ce réseau couvre les besoins de près de 2.000 logements, avec une part d’énergies renouvelables supérieure à 60 %. À Nîmes, le réseau urbain de Dalkia, d’une puissance de 90,6 MW, alimente l’équivalent de 6.000 logements, en utilisant la chaleur récupérée de l’incinérateur Extension.
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Réseaux électriques et poids de l’emploi. Enedis gère 180.000 kilomètres de réseaux électriques en Occitanie. L’entreprise emploie 4.500 salariés dans la région, auxquels s’ajoutent environ 5.000 collaborateurs d’EDF, de Dalkia et d’EDF Power Solutions. L’absence de visibilité sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie 3 a créé des tensions. « Quand une situation persiste aussi longtemps, ça fait des situations inconfortables », résume-t-il. Le Premier ministre Sébastien Lecornu annonce ce weekend dans la presse régionale la signature de la PPE 3 pour cette fin de semaine.
Place persistante des énergies fossiles. La consommation énergétique régionale atteint 115 TWh. L’électricité n’en représente que 30 TWh, le reste reposant encore sur des usages fossiles. Bastien Toulemonde souligne le contraste entre une production d’énergie largement décarbonée et des usages encore très carbonés. « Un des cœurs de nos sujets, c’est de fournir une énergie abondante, décarbonée, à prix maîtrisé », affirme-t-il. Cette ambition ne s’oppose pas à la sobriété. « Il faut limiter les usages. Et à chaque fois qu’on en consomme, il faut privilégier une énergie décarbonée plutôt que carbonée ».
Sobriété énergétique et électrification des usages. « Il faut faire comprendre qu’on doit baisser la consommation énergétique… Mais ce n’est pas antinomique avec une augmentation de la consommation d’électricité ». Il reconnaît le caractère contre-intuitif de ce raisonnement. « Transformer des usages carbonés, coûteux, polluants et qui nous rendent dépendants, en usages d’électricité ». Cette logique est contrainte par une réalité physique : « L’électricité se stocke très mal », rappelle-t-il. « Produire n’a de sens que si des clients achètent. On ne pousse pas à consommer, mais à consommer de l’électricité plutôt que du pétrole et du gaz ».
Les transports, premier levier de décarbonation. En termes d’objectif de décarbonation en Occitanie, les transports arrivent en tête, devant les bâtiments et l’industrie. « Dans le transport, le taux d’usage des produits fossiles est très fort. C’est l’usage qui émet le plus de dioxyde de carbone. Nous mettons une importance particulière à accompagner la décarbonation des transports. »
Deux solutions sont identifiées pour décarboner les transports : « Batterie ou hydrogène décarboné. La batterie est depuis longtemps identifiée pour la mobilité légère. Le passage à l’électrique se fait progressivement, mais pas aussi vite qu’on l’avait imaginé ». Pour la mobilité lourde, l’hydrogène a longtemps été présenté comme la solution privilégiée. Le diagnostic évolue. « Aujourd’hui, on se rend compte que l’hydrogène n’est pas encore mature », explique-t-il, en évoquant des raisons technico-économiques.
Retour d’expérience de transporteurs à Nîmes. Bastien Toulemonde s’appuie sur des retours de terrain, notamment lors d’une matinée organisée à Nîmes le 3 février. Des transporteurs, des représentants de Volvo, de la FNTR Occitanie, de Deki, d’Izivia ou encore d’Océan Propreté y ont témoigné. L’argument économique est central. « Certes, l’achat d’un véhicule électrique est plus cher, mais il n’y a plus de coût carburant. Au final, c’est deux fois moins cher ». Au-delà du calcul, un autre ressort apparaît. « C’est aussi la capacité à passer à autre chose », résume Bastien Toulemonde.
EDF insiste enfin sur l’équipement des copropriétés en solutions de recharge. « Les solutions existent », rappelle Bastien Toulemonde, « la question, c’est la fluidité du process ». L’enjeu est massif, puisque « la moitié des Français habitent en appartement ». En Occitanie, 200.000 points de charge pour véhicules électriques sont déployés.
Flexibilité du système. Le développement des énergies renouvelables intermittentes renforce le besoin de flexibilité. « Il faut développer les flexibilités dans les énergies renouvelables intermittentes. L’électricité se stocke mal, il faut donc adapter la production à la consommation ». Or, cette souplesse manque encore, selon lui. Le sujet s’impose indépendamment des arbitrages à venir sur la PPE 3. L’hydraulique est identifié comme un levier central, tout comme l’adaptation des consommations, par exemple via les heures creuses. « Le blackout espagnol illustre le besoin de rendre le système flexible pour répondre à des aléas », observe-t-il.
Innovation et stockage : appui aux start-up. Membre de l’incubateur Henera (Montpellier), et partenaire à Toulouse d’Aura Aéro, spécialiste de l’aviation bas carbone, EDF met en avant l’écosystème d’innovation régional, avec un espace dédié sur son stand, lors du dernier salon Energaïa à Pérols (34). Bastien Toulemonde cite l’exemple de la start-up Colvert. « Ils vendent une capacité de stockage, peu importe pour le client la façon dont on la gère. » La solution inclut la gestion, la maintenance et le remplacement des batteries. Le modèle est jugé pertinent. « On ne rachète pas de nouveaux matériaux, on limite le besoin de retraiter. Ce modèle économique peut trouver son marché ». EDF revendique un rôle spécifique dans les territoires : « Notre valeur ajoutée est dans la mise en réseau, plus que dans les quelques sous qu’on peut mettre ».
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Fiscalité et choix énergétiques. Bastien Toulemonde plaide pour un cadre fiscal plus cohérent avec les objectifs de décarbonation. « La compétitivité des énergies décarbonées doit être incitée et accompagnée ». Il y voit une possible composante de la PPE 3. EDF appelle à « la revisite du taux de taxe sur l’électricité par rapport au gaz. Sur la facture d’un client domestique, les taxes représentent un tiers du prix ».
Recrutement et tensions sur les compétences. EDF recrute 500 salariés et 200 alternants par an, principalement sur des métiers techniques, à tous les niveaux, du bac au bac + 5, « avec une forte demande sur les profils bac + 2 et bac + 3 ». Les besoins concernent ainsi « les soudeurs pour les projets nucléaires, les spécialistes des pompes à chaleur pour la décarbonation du logement et du tertiaire, mais aussi la cybersécurité, l’électrotechnique et la maintenance », confie Bastien Toulemonde. Les difficultés sont plus marquées en zone rurale, notamment sur les niveaux bac. EDF travaille avec les lycées pour adapter les formations. « Les classes dédiées existent, mais on a du mal à les remplir », constate-t-il.
Attirer les jeunes et développer la féminisation. Bastien Toulemonde préside le campus des métiers et des qualifications « Énergie, Réseaux et Décarbonation ». Il s’agit de « donner envie aux jeunes de s’engager dans ces filières qui embauchent et qui font sens », autour de la transition énergétique, de l’énergie maîtrisée et de la souveraineté nationale. « Donner envie, ça se fait jeune, dès le début des années collège », en associant parents et enseignants. Le dispositif s’organise en trois temps : attirer, adapter les formations et garantir l’intégration dans les entreprises. Des ingénieurs EDF sont aussi mis à disposition du rectorat, « pour parler des métiers, du concret ».
Par ailleurs, une opération dédiée à la féminisation des métiers techniques est annoncée à Toulouse le 12 mars avec le Rectorat. « Ça ne se fait pas naturellement. La féminisation des métiers techniques n’est pas naturelle », alerte Bastien Toulemonde.
Data centers et nouvelles opportunités énergétiques. Quid des data centers ? Leurs contraintes portent sur la rapidité d’implantation, la disponibilité des réseaux, le foncier et le refroidissement. « Nous n’avons pas de site identifié en Occitanie pour les très grosses installations de date center », indique Bastien Toulemonde. EDF propose des sites d’anciennes centrales, déjà raccordées et disposant de puissances suffisantes. « C’est un débouché pour l’électricité ». Un projet est évoqué à Aramon, dans le Gard.
Coupler data centers et réseaux de chaleur. Bastien Toulemonde défend une approche intégrée. « Ce n’est pas interdit de faire des choses intelligentes », sourit-il. Les data centers consomment beaucoup d’énergie… mais produisent aussi beaucoup de chaleur. Laquelle peut alimenter un réseau de chaleur, qui sert aussi au refroidissement du data center. L’exemple de Toulouse Montaudran est cité, où la chaleur fatale émise par le data center universitaire hébergeant le supercalculateur de Météo-France alimente le réseau de chaleur de l’Université et de la Ville. Ce réseau de chaleur, mis en service en octobre dernier, fournit un tiers des besoins du quartier.