200 personnes de l’écosystème entrepreneurial et d’accompagnement de l’innovation : pour leur première édition, Les Assises de l’Innovation (Ad’Occ / Région Occitanie) ont fait le plein et mis en lumière des pépites régionales (concours régional ‘Les Inn’Ovations’, le 27 janvier à La Cité (Toulouse). Avec des messages forts à l’appui – sécurité économique, vigilance budgétaire, attitude d’ouverture… Les Indiscrétions y étaient et reviendront (plus souvent) dans la Ville rose.

Doubler les deeptechs en Occitanie. « L’objectif est de passer de 50 à 100 créations de deeptech par an en Occitanie. Nous avons l’écosystème pour cela : Crealia, Satt, BIC, incubateur dans les grandes écoles dont celui de l’IMT Mines Alès, par lequel je suis passé lorsque j’étais doctorant, déclare Jalil Benabdillah, vice-président de la Région Occitanie et vice-président d’Ad’Occ. Il y a beaucoup de création d’entreprises innovantes. L’effort doit se poursuivre, autour par exemple des pôles universitaires d’innovation. » L’innovation « n’est pas que technologique, insiste-t-il. Elle est aussi sociale, organisationnelle et managériale ».
Poids de l’innovation. Jalil Benabdillah rappelle le poids de l’innovation en Occitanie : « 3,7 % du PIB dédié à l’innovation, 11 % du poids des startups industrielles françaises, 50.000 chercheurs publics et privés, plus de 1.000 brevets déposés par an. »
Vigilance sur la recentralisation des budgets. « Il y a une volonté nationale et européenne de recentralisation des budgets et des dispositifs, qui pourraient échapper aux mains des Régions. Ensemble, nous devons jouer collectif pour continuer à garder la main sur les budgets décentralisés. C’est nous qui connaissons l’écosystème », martèle-t-il.
Sécurité économique. « Il arrive que des capitaux et des stratégies hostiles attaquent nos entreprises. La sécurité économique est un autre point de vigilance. C’est une question de souveraineté et de maîtrise technologique. » L’entrepreneur (SD Tech, micro-poudres fines, Alès – 30) insiste sur la « nécessité de rester un territoire attractif, pour faire venir des talents, des ingénieurs, des étudiants… Il faut rester ouvert sur le monde », glisse-t-il sur scène, interrogé par notre consœur toulousaine Priscille Lacombe.
Sur l’agenda. À noter dans les prochaines semaines : la signature du contrat de filière Mobilités, le 17 février, et la 1re édition du Sommet du Spatial (Space Summit for a Resilient Future), à Toulouse, les 23 et 24 juin.

Le palmarès. Le jury pluridisciplinaire est composé de 75 experts régionaux de l’innovation, de la recherche, du financement et des territoires (27 et 28 novembre). Voici le palmarès des Inn’Ovations 2026 :
- Produits ou services du futur : Swan-H (31), spin-off issu du CNRS. Elle a mis au point un procédé vert de production d’ammoniac, combinant des avantages industriels, économiques et écologiques pour les utilisateurs finaux. Priorité pour 2026 et 2027 : finaliser son premier réacteur et assurer la stabilité du process. Il sera testé par Thermi Lyon Développement, expert dans le traitement des métaux, entré au capital de la startup en 2024 à l’occasion de la 2e levée de fonds (480 k€, auprès d’IRDI et Thermi Lyon Développement). « Notre futur réacteur va pouvoir produire de 1 à 20 kilos d’ammoniac par heure. Il pourra s’installer en série chez l’utilisateur final, en le dimensionnant au besoin à couvrir », explique Augustin de Bettignies, directeur général. Swan-H envisage de créer sa propre usine de production d’ammoniac, à terme.
- Innovation et Impact écologique : Petshka (34), qui recycle les textiles imprimés en polyester, via un traitement chimique breveté qui transforme ces déchets industriels en ressource valorisable.
À la base, Philippe Beille est dirigeant de Duo Display, concepteur et fabricant de stands d’exposition pour foires et salons, recherchant une solution vertueuse pour recycler les éléments de décoration en polyester. « Dans mon seul secteur d’activité, les textiles imprimés dérivés du pétrole représentent 40.000 tonnes de déchets annuels en Europe. En discutant avec des chercheurs de l’ICGM de Montpellier, j’ai compris que ces déchets pouvaient devenir un gisement de ressources pour d’autres industries, grâce à la chimie verte », explique-t-il.
Après deux ans de recherche, un procédé inédit de dépolymérisation chimique par glycolyse a pu aboutir. Le produit est notamment utilisé pour fabriquer des mousses polyuréthanes pour l’isolation des bâtiments ou dans l’ameublement.
Petshka est adhérent du cluster textile régional Recycl’Occ, a bénéficié d’un contrat Innovation de la Région Occitanie et d’une bourse French Tech Emergence. L’objectif à terme est de parvenir à recycler des déchets hybrides, contenant de l’élastane ou du coton. L’entreprise table sur 1.000 tonnes de textiles recyclés en 2026, et vise 5.000 tonnes en 2028 en Europe, avec un démarrage en Amérique du Nord (où Duo Display est implanté) en fin d’année. - Innovation et impact sociétal : Boost (Nîmes), la plateforme logistique anti-Amazon. Lire en « J’en apprends plus », ci-dessous.
- Innovation et Territoires : MD Microelectronics (Aveyron), panneau d’affichage alternatif, basé sur la microfluidique. Le fondateur, l’ingénieur Michel Delmas, affiche 27 ans de carrière dans les murs d’images, en production, R&D ou à la qualité. « Les cas d’utilisations aberrantes de ces afficheurs m’interrogent. Pour plusieurs applications, en extérieur ou comme en intérieur, la technologie LED n’est pas pertinente. Plus généralement, ces afficheurs perturbent la biodiversité et leur fabrication nécessite beaucoup de ressources », alerte-t-il. L’ingénieur détourne les technologies microfluidiques de leurs usages en recherche médicale, pour les appliquer à l’affichage. Michel Delmas travaille avec l’écosystème technologique local : Cartelec à Saint-Affrique, Atelier du vallon à Clairvaux… La touche finale est apportée au premier démonstrateur.
- Coup de Cœur : Fertilaine (Aveyron), la laine comme alternative naturelle aux engrais chimiques. Dans le premier département ovin de France, Fertilaine ambitionne d’utiliser la laine de mouton… pour fertiliser les sols. D’où le nom « Fertilaine ». Le projet est porté par la famille Fabry, dont l’exploitation de brebis laitières, sur le plateau de Lévézou, génère chaque année 400 kilos de laine. « L’analyse de la laine en laboratoire a montré qu’elle était naturellement riche en nutriments, en kératine et en azote, comme les engrais chimiques. Cela a été confirmé par les très bons résultats des essais que nous avons réalisés sur les fleurs et au potager », explique Vincent Fabry, qui pilote le projet avec son frère Pierre-Martin.
Sur le même sujet : « Décentralisation, innovation, logement, transitions : tout sur le Forum Dev&Co », Les Indiscrétions du 17 novembre 2025, à croquer ici
J’en apprends plus ici sur Boost
Réinventer la logistique de la livraison de colis en économisant de la place et en n’utilisant que du carton et papier recyclés : c’est l’atout de Boost (Nîmes). L’entreprise fondée à Frontignan a récemment déménagé pour des locaux plus grands à Nîmes. La PME travaille sur plusieurs aspects : « Nous remplaçons les airbags et chips de polystyrène dans les colis par du papier recyclé ou par nos cartons usagés passés dans une matelasseuse. Par ailleurs, nous travaillons sur la taille des emballages pour proposer des cartons au plus proche du produit : on économise du carton et de la place dans le camion », explique un employé dans la vidéo de présentation diffusée. Boost propose également une livraison du dernier kilomètre à vélo pour les clients en centre-ville. Marques et e-commerçants engagés peuvent aligner leurs pratiques sur leurs valeurs, souligne Boost. La société sélectionne des opérateurs compensant leurs émissions de CO2 et tente de privilégier les solutions multimodales. Comme la startup WePost, qui assure le convoyage de colis en TGV – vélo cargo.
La société est également engagée sur le plan social et recrute des personnes en situation d’exclusion, issues des quartiers prioritaires de la ville. « Nous embauchons via un test, sans CV ni lettre de motivation, indique Anthony Lecossois, fondateur et dirigeant de Boost, et spécialiste de la logistique humanitaire. Nous observons les postures des personnes, comment elles gèrent les choses. Pour elles, cela dédramatise le moment, en plongeant directement dans le secteur qui sera leur quotidien. La PME compte 18 collaborateurs, et nous devrions recruter 10 personnes d’ici fin 2026. Cet entrepôt à Nîmes n’a pas vocation à accueillir plus de 50 personnes, alors nous allons en ouvrir d’autres, dans des bassins d’emploi sinistrés, et dupliquer notre modèle. » Une fois recrutées, les salariés sont rendus polyvalents, pour limiter la répétitivité et donc la pénibilité. La politique RH est dynamique : plan de formations, écoute active régulière (le manager fait un point toutes les trois semaines avec chaque salarié, pour échanger sur son bien-être au travail et au niveau personnel), adaptation des horaires, rotation sur différents postes…
Et d’ajouter : « Je n’ai rien inventé, il n’y a aucune ligne de code informatique là-dedans. Nous repensons juste la manière de gérer un entrepôt. Nous avons accompagné entre 40 et 50 personnes sur les dernières années, pour les relancer dans le monde de l’emploi. » L’entreprise réalise un chiffre d’affaires de 2 M€. En trois ans, l’activité a été multipliée par trois, avec 15.000 commandes expédiées par mois.