La Grande-Motte : le projet Ville-Port boit la tasse

2 octobre 2023

À force de procédures et d’attente, son exposition au risque est devenue mortelle. La commune de La Grande-Motte revoit drastiquement à la baisse son projet « Ville-Port », initialement qualifié de « Mission Racine 2 ». Raisons invoquées : dégradation du contexte économique, retrait des subventions de l’État et de la Région Occitanie, durcissement des textes réglementaires…  

©Office de tourisme de La Grande-Motte

Abandon officialisé. Porté à bout de bras, depuis huit ans, par Stéphan Rossignol, maire LR de La Grande-Motte, l’ambitieux projet Ville-Port, qui prévoyait notamment 400 anneaux supplémentaires et 480 nouveaux logements (infos en cliquant ici et aussi là), est abandonné, indique le 2 octobre aux Indiscrétions Bernard Rey, adjoint à l’urbanisme de la station.  
 
En cause, le montage financier, « qui ne nous permet plus de mener à bout le projet initial, chiffré à environ 120 M€. 30 % de subventions étaient prévus, à parts égales, de l’État et de la Région Occitanie. La Région conditionnait son aide aux subventions de l’État, sur le modèle ‘Je mets un euro si l’État met un euro’. Or, l’État s’est totalement désengagé… La crise financière internationale est passée par là. Si le projet avait pu être lancé cinq ans plus tôt, nous l’aurions mené à bout. » On vous en parlait déjà, dans Les Indiscrétions du 18 septembre « Enlisés dans la crise » (à croquer ici).  
 
Contexte réglementaire. La collectivité évoque aussi un « contexte réglementaire qui a évolué et des avis reçus au cours de l’instruction des dossiers ». Des auditions ministérielles, à Paris, auraient été, selon lui, « uniquement à charge, sans que nos élus et techniciens de l’Or Aménagement puissent expliquer et se défendre ».  
Le 13 septembre, Fabrice Levassort, directeur départemental des Territoires et de la Mer dans l’Hérault, a botté en touche lorsque nous l’avions questionné sur l’état d’avancement du projet Ville-Port, lors du Lab Immo de Midi Libre. Preuve de la sensibilité politique du dossier. 

Faire venir des familles… mais quand ? Dans sa nouvelle configuration, seuls sont prévus, à long terme (pas avant 2028-2029), 240 nouveaux logements, sur la zone technique, au droit de la Grande Pyramide, dans le secteur du Lidl. « L’enjeu, c’est de faire venir des familles et des enfants à La Grande-Motte. C’est ce qui nous manque cruellement ! » Les logements actuels, conçus dans les années 70 pour un seul usage touristique, ne sont en effet pas adaptés aux attentes des familles d’aujourd’hui.  

Projet de Ville-Port à La Grande-Motte ©Cabinet Leclercq & associés

Pas de nouveaux anneaux, mais une reconfiguration. « On ne parle désormais plus d’agrandissement du port. Il n’y aura pas d’anneaux de plaisance supplémentaires. C’est très regrettable, car la plaisance connaît une explosion, et Ville-Port était le seul projet d’extension de port de plaisance sur toute la façade du Languedoc-Roussillon (Occitanie Est, note). » 

Nouvelle enveloppe. La nouvelle enveloppe financière prévisionnelle de travaux est abaissée à 68 M€ : 13 M€ pour la partie Ville, 25 M€ pour la partie port et 30 M€ pour la partie concession d’aménagement, avec vente de droits à bâtir et perception des loyers des occupants de la future halle nautique, dédiée aux entreprises du port. Le projet, même minimaliste, reste confié à Leclercq Associés (Paris).  
 
Réaménagement du port de plaisance. S’il ne comptera pas d’anneaux supplémentaires, le port de plaisance sera réaménagé, avec notamment la création de trois nouveaux pontons. « Il faut augmenter les dimensions des places, en remodélisant les appontements, pour faire face à l’évolution de la demande. Aujourd’hui, les plaisanciers ont des bateaux plus longs et plus chers », souligne l’élu.  
 
L’œil de l’archi. Architecte associée à NBJ Architectes et enseignante à l’Ensam, Élodie Nourrigat, qui avait candidaté lors de la consultation, ne « comprend pas pourquoi ce projet a bloqué. On n’est pourtant sur une reprise de la ville sur la ville (logements bâtis sur l’actuelle zone technique du port, note), avec la restructuration d’une zone peu esthétique, et peu d’empiétement sur la mer. La trajectoire de ce projet est symptomatique des difficultés de l’aménagement urbain sur le littoral ». Elle préconise de changer de méthode de travail. « Les services de l’État sont souvent montrés du doigt. Mais il arrive aussi qu’ils aient raison ! Le problème, selon moi, c’est la complexité des différentes strates. Il faut passer en mode projet, avec les services de l’État, à travers des ateliers de projets, pour trouver des solutions. Aujourd’hui, un projet est présenté, et on lui dit ‘oui’ ou ‘non’. Il faut inventer d’autres méthodologies pour débloquer les choses. » 

Nouvelle réunion publique. Une nouvelle concertation est prévue, du 18 octobre au 22 novembre prochain. Avec l’organisation d’une réunion publique, qui n’aura plus le feu sacré des réunions initiales. Les détails en cliquant ici

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