Avant la mise en place, en avril, des exécutifs intercommunaux, Les Indiscrétions font le bilan des élections municipales en Occitanie. Depuis deux mois, la rédaction des Indiscrétions s’est prêtée au jeu des pronostics sur les vainqueurs des élections municipales en Occitanie. Si prompts à donner des leçons, les journalistes sont-ils de bons connaisseurs de ce dont ils parlent ?

Par Jules Mestre / Les Indiscrétions
Grandes villes : 4 bons pronostics sur 4
À Toulouse, capitale régionale, jamais deux sans trois pour Moudenc. Le locataire du Capitole depuis 2014 a résisté à l’alliance LFI-PS entre François Piquemal et François Briançon. Les Indiscrétions avaient mis une pièce sur lui juste ici en annonçant un scrutin très serré au second tour. Résultat : 53,87 % à 46,13 %. C’est serré, mais à l’échelle de Toulouse, c’est quand même 14.000 voix d’écart.
À Montpellier, autre métropole d’Occitanie, Delafosse rempile. Dans la préfecture héraultaise, Michaël Delafosse (PS) va connaître un deuxième mandat de maire. Nous avions vu juste (par ici). Loin d’être le pronostic le plus risqué de la liste, cette victoire de Michaël Delafosse apparaît presque logique, tant il a dominé ses adversaires, aussi bien dans les bureaux de vote du centre-ville que dans les quartiers populaires.
À Nîmes aussi, Les Indiscrétions ont visé dans le mille (par là) : Vincent Bouget (PCF) est élu maire pour la première fois. Un petit tremblement de terre à l’échelle locale, alors que ce dernier met fin à 25 ans de mairie UMP puis LR. Franck Proust et Julien Plantier empêtrés dans une guerre fratricide pour la succession de Jean-Paul Fournier sont partis dispersés, Julien Sanchez, eurodéputée RN, a réalisé un score historique. Suffisant pour permettre à une gauche unie (hors-LFI) de s’imposer. Un résultat qui vient aussi récompenser – il faut le dire – une campagne sérieuse de Vincent Bouget menée depuis 2024, et des réunions publiques, interviews d’habitants et construction d’un questionnaire participatif. Carole Delga, présidente de Région, était ce 22 mars dans la 3e ville de la région pour saluer cette victoire, la plus probante de la gauche en Occitanie par sa dimension symbolique.
À Perpignan, Louis Aliot confirme malgré les déboires judicaires. Louis Aliot, premier vice-président du Rassemblement National, a plié l’affaire dès le 15 mars et le premier tour. Fort de 50,61 % des suffrages, il repart pour un second mandat à la tête de la préfecture catalane. Les Indiscrétions ont, là aussi, visé juste (ici). Reste qu’il pourrait être déclaré inéligible par la cour d’appel dans l’affaire des assistants européens du FN. Il devrait alors démissionner, mais nommerait un « fidèle » à sa place. Quatre pronostics corrects sur quatre.
Une montée RN sous-estimée dans les villes moyennes
Bon pronostic à Narbonne, RN sous-estimé à Carcassonne (à retrouver ici). Dans la sous-préfecture audoise, nous avions anticipé l’élection de Bertrand Malquier. Il a d’ailleurs frôlé la victoire dès le premier tour, à 50,00 %. Une seule voix de plus, et les Narbonnais n’auraient pas eu à voter ce 22 mars. À Carcassonne, la tendance au dégagisme se confirme. D’abord au premier tour, où le sortant Gérard Larrat n’a recueilli que 12,27 % des voix. Puis au second tour, où Christophe Barthès, député RN, s’impose facilement. Alix Soler-Alcaraz (PS), a notamment fait le choix (contesté) de se maintenir dans une triangulaire, malgré sa troisième place lors du 1er tour.
Dans les villes moyennes de l’Hérault, marquées par pléthore de candidatures, Les Indiscrétions ont été un peu moins inspirées que dans les grandes villes : un bon pronostic sur trois. Pour Sète, nous avions certes annoncé la victoire d’Hervé Marquès, maire sortant, au second tour (juste ici). Le choix de la stabilité pour les Sétois, après la condamnation de François Commeinhes pour détournement de fonds publics.
À Agde, Sébastien Frey, que nous avions vu gagnant, n’a pas résisté à la montée du RN, et du député Aurélien Lopez-Liguori, ainsi qu’aux conséquences gênantes de l’affaire de la voyante de Gilles d’Ettore, dont il était premier adjoint.
Enfin, à Lunel, où nous voyions un mano a mano entre les deux Stéphane, Muscat et Dalle, c’est Paulette Gougeon, déjà maire, qui est élue. Elle avait succédé à Pierre Soujol (décédé en juin 2025). Stéphane Muscat n’a pas atteint le second tour, et Stéphane Dalle termine troisième, à 26,47 %, derrière Anthony Belin (UDR-RN, 33,99 %).
J’en apprends plus ici
Le RN continue à grignoter des sièges de conseillers municipaux, partout en Occitanie. Un des enseignements de cette soirée électorale : le Rassemblement National gagne du terrain, avec des prises parmi les villes moyennes, comme Montauban, Bagnols-sur-Cèze, Agde ou Carcassonne, et une confirmation importante, à Perpignan. À Alès aussi, le RN réalise un score historique : même si Christophe Rivenq (DVD) s’assure sept ans de plus à la mairie, Anthony Bordarier (44,54 %) le talonne désormais.
LFI perd son seul bastion mais gagne du terrain à Montpellier. René Revol, maire de Grabels (34), est largement battu par Pascal Heymes (Divers, 63,89 %). En revanche, La France Insoumise gagne du terrain à Montpellier, avec la députée Nathalie Oziol qui obtient un peu plus de 25 % des voix, et 8 sièges, alors qu’Alenka Doulain, soutenue par LFI en 2020, n’avait pas réussi à atteindre le second tour.
Seules 4 préfectures sur 13 gardent leur maire. Certains avaient fait le choix de ne pas se représenter, d’autres ont été battus à la régulière : la mairie de 9 des 13 préfectures d’Occitanie va changer de visage, après le 2e tour de ce 22 mars. Toulouse, Montpellier, Perpignan et Albi sont les seules préfectures à avoir choisi de réélire leur maire en place.
Autour de Montpellier, de nouveaux visages. À Saint-Jean-de-Védas, Patrick Hivin (divers) est le nouveau maire, grâce à 32,36 % des suffrages dans une quinquangulaire à suspense. À Castelnau-le-Lez, Julien Miro (DVD) succède à Frédéric Lafforgue, avec 47,52 % des voix. Dans les terres, Gérard Bessière (Divers, 50,68 %) est réélu à Clermont-l’Hérault. Lodève bascule à droite pour la première fois depuis 18 ans, avec la victoire de Claude Laateb (DVD, 55,08 %) face à Fadilha Benammar-Koly (UG, 44,92 %) À Gignac, Jean-François Soto (PS, 71,22 %) n’a eu besoin que d’un tour pour être réélu. Sur le bord de mer héraultais, Michel Arrouy (PS, 51,16 %) est réélu à Frontignan, tout comme l’octogénaire (84, quand même) Christian Jeanjean (DVD, 56,26 %) à Palavas-les-Flots.
À Seignalens, dans l’Aude, prime aux plus âgés. Cas d’école, dans cette petite commune audoise, ce dimanche : au premier tour comme au second tour, les deux listes ont obtenu 16 voix chacune (33 inscrits, 32 votants, note). Pour les départager, la liste dont la moyenne d’âge des colistiers est la plus élevée l’emporte.

Par Hubert Vialatte / Les Indiscrétions
Nîmes : le Medef Gard se mouille. Le président du Medef Gard, Steeve Calligaro, précise certes, dimanche soir sur les réseaux sociaux, « ne s’exprimer qu’au nom de sa propre personne ». Mais vu son statut de responsable de syndicat patronal, la sortie politique est risquée. « La droite ‘républicaine’ réussit l’exploit d’offrir à une gauche unie une ville majoritairement de droite ! Puissent les électeurs de cette ville se souvenir longtemps de cette campagne égotiste et de la stratégie ayant mené à ce résultat. » Avec un brin d’ironie agacée : « Merci au sénateur Laurent Burgoa, à Valentine Wolber (directrice de campagne de Proust, candidat LR défait, ndlr), à Franck Proust et à Julien Plantier (…). Face à une gauche unie, l’union des droites n’était pas une option, c’était une nécessité. » Tout en reconnaissant sportivement : « La gauche unie et Vincent Bouget ont su parfaitement manœuvrer leur union des gauches. » Une source proche précise : « Il va y avoir un 3e tour, pour l’élection du président de l’agglomération. Pas sûr que Vincent Bouget soit élu. »
À lire en cliquant ici : « Nîmes retrouve un maire communiste », l’analyse de Hubert Vialatte
Après les mandats, au siècle dernier, d’Alain Clary (1995-2001) et, auparavant, d’Émile Jourdan. L’élu communiste gardois Vincent Bouget, conseiller municipal d’opposition à la Ville, remporte l’élection municipale de Nîmes, à la tête de la liste de gauche unie (hors LFI) « Nîmes en commun », en recueillant 41 % des voix. Il coiffe le candidat RN, l’eurodéputé Julien Sanchez, qui obtient 37,5 % des voix. Victime de ses divisions intestines, la liste de droite, menée par Franck Proust (LR) et à laquelle s’est ralliée entre les deux tours celle de Julien Plantier (DVD) et Valérie Rouverand (Renaissance), réalise un score historiquement médiocre (21,5 %). Un véritable camouflet, après 25 ans de règne du maire LR Jean-Paul Fournier, qui ne briguait pas un 5e mandat, et n’a jamais tenu une ligne claire sur sa succession.
Une ville gangrenée par le narcotrafic
Proposition phare de Vincent Bouget, l’extension de la gratuité des transports en commun. Actuellement réservée aux personnes de 70 ans et plus, elle sera aussi appliquée aux scolaires et aux personnes précaires. Autre proposition, l’installation d’une maison de santé, « alors que 15.000 Nîmois n’ont pas de médecin traitant », lançait l’élu lors d’une conférence de presse, le 11 mars. Il promet aussi de rénover 30 établissements scolaires d’ici à 2033. Côté festivités, il annonce un rendez-vous le 14 juillet prochain, pour une manifestation populaire, animée par les associations, aux Jardins de la Fontaine.
La sécurité a aussi rythmé les débats dans la Rome française. Y compris pour le candidat de gauche, qui écume les quartiers prioritaires depuis un an, dans le cadre d’une campagne au long cours. La préfecture gardoise est en effet gangrenée par les règlements de compte entre narcotrafiquants, dans l’ombre de l’organisation criminelle marseillaise de la DZ Mafia, qui s’étend désormais jusqu’à Nîmes. Vincent Bouget entend « s’entretenir avec le préfet, pour lui demander des policiers et des magistrats supplémentaires ».
Parmi les autres enjeux-clés, l’adaptation d’une ville minérale aux effets du réchauffement climatique, très prégnants dans le Gard, le devenir du stade de football des Costières, aujourd’hui à l’abandon, le développement d’un réseau cyclable à la traîne ou encore la nécessité – partagée entre tous les candidats – que le maire de Nîmes préside aussi l’agglomération, après des années de duos ratés, d’abord entre Jean-Paul Fournier et Yvan Lachaud, puis entre Fournier et Proust.
Un chef d’entreprise nîmois confie dimanche soir aux Echos : « Difficile de travailler avec des partis qui sont anti-construction de logements. Le manque de constance de certains candidats ont fait passer des candidats qui n’auraient jamais dû être élus. »
Au premier tour, l’eurodéputé RN est arrivé en tête d’un souffle, avec 30,39 % des voix, contre 30,05 % pour la liste de Vincent Bouget. Derrière eux, les listes de centre et de droite ont payé cher le prix de leurs luttes intestines : Franck Proust, premier adjoint LR de Jean-Paul Fournier et président de l’agglomération Nîmes Métropole, a recueilli 19,55 % des suffrages, et la liste de centre droit menée par Julien Plantier (DVD) et Valérie Rouverand (Renaissance) 15,55 %. Ces deux listes ont fusionné en urgence entre les deux tours, forcées par les circonstances, après s’être écharpé publiquement pendant un an. Dans un communiqué le 16 mars, au soir du premier tour, le maire Jean-Paul Fournier, proche de Sarkozy, demandait aux Nîmois « d’empêcher une victoire de l’extrême-gauche (la liste de Bouget est hors LFI, ndlr) », sans citer le RN. Raté.